#Guimauve

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Voilà, à peine le temps de se connaître, de dire ouf, et puis, ça y est, l’année est finie. Une année riche, dense, jalonnée par des rencontres denses, des amitiés naissantes (mes collègues), et puis surtout, vous, toi, les élèves.

À peine le temps de la rencontre, et voilà, il faut nous dire au revoir.

Toi, la roumaine aux cheveux noirs corbeaux, aux ongles longs, peints de façon … très personnelle. Toi qui lis bien, mais n’écris pas sur les lignes, déchire tous les papiers en petits, tout petits morceaux, toi qui fous de la colle partout, sur tes doigts et sur la table. Toi qui perds tous tes cahiers, tous les stylos, les tiens, les miens, et ceux des autres, mais après les avoir réduits en miettes, bien sûr. Toi qui avais mieux à faire que venir en cours : dormir, faire des courses, ou pas envie. Mais qui est venue en ULIS tout le temps, ou presque. Toi pour qui trouver un stage, et une orientation professionnelle a été un véritable casse-tête. Toi qui es si timide, et qui montre tout à la fois : le décolleté, le dos nu, la jupe si courte. Toi à qui personne n’a appris que non, ce n’est pas possible de s’habiller comme ça dans notre société et d’inspirer le respect, même si on est une toute petite fille en dedans, on n’en reste pas moins une jeune fille de 16 ans en dehors. Toi à qui il a fallu que j’explique comment tu devais t’habiller pour passer le CFG *, à qui j’ai donné RV devant le collège et qui est arrivée en bus, une minute trente avant l’heure indiquée sur ta convocation, essoufflée, paniquée, en stress complet, redevenue si fragile à nouveau, de devoir parler à un jury que tu ne connaissais pas, sans moi, non bien sûr, tu dois y aller seule, c’est ton examen, pas le mien.
Je ne t’ai pas appris grand chose, on partait de trop loin; arrivée en France et à l’école à 10 ans pour la première fois de ta vie, trois changements de collèges et de logements (Logements ? Habitations ? Cabanes).
Je t’ai montré des films que tu ne connaissais pas.
Et pour te dire au revoir, je t’ai offert un carnet pour griffonner, écrire, coller, faire ce que tu veux, et toi, tu m’as sauté au cou, avec des larmes plein les yeux. J’aurais tellement aimé avoir 10 ans devant moi avec toi, pour te montrer et pour t’apprendre. Recommencer du début : la maternelle, découper, déchirer, entourer, coller, se socialiser, rester assise, être à l’heure, être assidue, jouer, parler et tout le reste. Tu m’as sauté au cou, et râclé les fonds de tiroir pour m’offrir une énorme tablette de chocolat, avec des grosses noisettes, et une crème anti-âge pour homme (?). Oui.
Merci pour ce geste qui paraît peu, mais je sais à quel point il est coûteux, et important pour toi. Il l’est pour moi aussi.

À toi aussi, le grand timide, dyspepsique et désarticulé, je dois dire au revoir. Tu es bien entouré, ton année de 3ème a coulé, tranquillement, tout le monde t’aime, les profs et les élèves, tu iras en lycée pro l’an prochain, enseignement adapté aussi, tes difficultés sont trop nombreuses pour qu’il en soit autrement. Tu es si sage, si calme. Tellement jeune à l’intérieur que ta maman te protège tout serré.
Je t’ai un peu bousculé, moi. Parce que la vie, ça bouscule. On a parlé d’amour (quand ils s’embrassent dans Twilight, tu te souviens ?). On a parlé de sexe aussi. Élève multidys et prisonnier de ta propre tête, de ta propre bouche, à qui on a posé des questions sur la contraception le jour du CFG, tiens. J’étais avec toi, tu étais dans tes micro-souliers. Mais tu leur a quand même montré tes dessins, tes BD dont tu es si fier, et moi aussi, nous aussi, nous sommes tous fiers de toi.
Je t’ai offert un carnet pour dessiner, avec un crayon en velours, que j’avais rapporté du Danemark. Tu étais heureux, là, devant moi, à ne pas savoir comment dire merci. Tu ne savais pas si tu pouvais me faire la bise, ou me serrer la main, voire verser une petite larme. Tu es resté là, tout dégingandé que tu es, avec tes longs bras le long de ton long corps, embarrassé par toi-même. Et vu que je ne suis pas forte pour les grandes démonstrations, j’ai fait pareil, en moins dégingandée et avec plus de larmes dans les yeux.

Et enfin, il y a toi, dont on avait parlé ici, et dont on a parlé toute l’année tellement tu prends de place. Toi qui a trouvé un projet professionnel qui tient vraiment la route. Toi qui reviens de loin mais qui a tellement de route à faire encore pour entrer dans les cases de l’acceptable par notre société. Toi qui fais tellement de bruit et qui réponds à tout le monde, tout le temps.
Toi qui nous a dit que si tu croises ta mère, la vraie, hein, pas celle qui t’élève, celle qui t’a abandonnée, quoi, elle va « se manger une sifflante ». Mais qu’avant, tu lui poseras plein de questions. Tu m’as dit au revoir plein de fois, tu m’as écrit un poème, en cherchant minutieusement l’orthographe des mots sur l’ordinateur de la classe. Une déclaration d’amour terrible, comme tu sais les faire depuis peu, tu as ouvert les vannes et maintenant tu ne sais plus les refermer.
Je t’ai offert un carnet pour écrire des slams, parce que tu es forte en slams et pauvre en carnets, avec un stylo, minutieusement choisi pour te ressembler, un peu ado mais avec plein de coeurs. Ton père a pris le carnet en décrétant : « Toute façon, tu vas en faire quoi, toi? ». Il ne te l’a pas rendu. Si j’avais su qu’il serait jaloux, j’en aurais pris un pour lui. Mais ce qui t’importait, de toute façon, c’était d’avoir récupéré le mot à l’intérieur.
Merci de m’avoir entraînée à la patience, merci aussi pour tes leçons de vocabulaire. Grâce à toi, je sais aujourd’hui ce qu’est « un bigo de la gratte ». Et au passage, bien sûr que moi aussi, je t’aime, mais je ne pouvais pas te le dire comme ça, voyons.

Il est temps de se quitter, et pour vous de partir, de continuer à grandir, cheminer vers votre vie d’adulte qui se rapproche de plus en plus vite, aujourd’hui si près.
Moi je reste là encore un peu, au chaud, avec les autres, ceux qui restent et aussi ceux qui arrivent. Qu’il va falloir driver, cadrer, guider, aider, et aimer, aussi, un peu.
Même s’ils finiront, eux aussi, par partir.

 

 

Chronique de l’école extraordinaire:Paula

«  Ouaiche.
– Bonjour Paula, tu es en retard.
– Ouais, j’sais, chuis passée en Vie Scolaire.
– Bon, assieds-toi, aujourd’hui on travaille selon vos besoins, comme tous les jeudis. C’est vous qui dîtes ce que vous souhaitez travailler, quels sont vos besoins, et je vous aide.
– Vas-y, j’ai rien à faire.
– On ne dit pas « Vas-y », mais « Allez-y ». Rien à faire ? Tu n’as pas de devoirs ? Ni même besoin de t’avancer ?
– Non, j’ai rien, ils donnent pas de devoirs les profs.
– Bon, je travaille avec Catalina et Antoine, je te laisse réfléchir. On fait la fiche de révision en Histoire, tu la fais avec nous ?
– Nan, elle est déjà faite.
– Ok, alors réfléchis.

Quelques minutes plus tard…

– Oh, vous savez ce qu’il a dit mon père ? Il a dit que dans cette famille, la seule qui aurait son permis ce sera moi.
– Dis-donc, c’est un joli compliment, ça. Tu vois, les choses évoluent vraiment positivement en ce moment. Il n’y a pas longtemps il voulait te mettre dehors à cause de tes problèmes de comportement.
– Ouais, c’est vrai, je me suis calmée. En vrai, j’ai fermé tous les Facebook, les Twitter et tout ça. Franchement ça devenait trop, tout le monde me connaissait, t’as vu.
– « Vous avez vu ». Ah bon ? Mais tu as tout supprimé parce que tu étais obligée ?
– Nan, toute seule.
– Tu deviens vraiment raisonnable, tu te rends compte ? Bon, on continue notre travail.
– Mmmmhhhhhh….Et même les sapes, t’as vu, j’ai fait un effort. Avant, j’étais sapée comme un bonhomme, là t’sais; c’est mieux.
– Oui, c’est vrai c’est joli comme ça, ta veste est jolie aussi, ça te va bien, on voit que tu prends soin de toi.
– Ouais, merci.
– Bon, allez, au boulot.

Une minute plus tard …

– Ouais, après, faut pas exagérer, je continue à me taper quand même hein. Ça, c’est la base. On me cherche, je tape. J’ai tout le temps envie de taper tout le monde.
– Mais, Paula, au collège tu ne te bats jamais ?
– Non, sinon après ils vont me virer.
– Donc ça veut dire que tu as envie de te battre, mais tu réussis à te contrôler.
– Ouais, chais pas. Dès qu’on m’énerve, t’as vu, j’ai envie de taper. Même les profs, tout le monde. Même vous, j’ai déjà eu envie de vous taper. Bon, après je le fais pas, hein. Mais par contre une pauvre meuf qui traîne devant la Dieu* et qui me cherche, j’la défonce, sans pitié. La dernière fois, la meuf elle m’avait trop saoûlée, je l’ai laissée en sang et chuis partie. Fallait pas me chercher.
– Tu te rends compte l’image que ça donne de toi ? Tu fais peur.
– Ben ouais, mais au moins les gens y me laissent tranquille.
– Mais en te comportant comme ça, tu sais que ça ne donne pas aux gens l’envie de te connaître ?
– Mais si, ouaiche, j’ai plein de potes.
– Tu sais que c’est interdit par la loi ? On peut porter plainte contre toi, et ensuite ça laisse des marques, ça, de se battre comme ça dans la rue. Tu as un casier judiciaire ?
– Nan.
– Alors tu vois, au vu de tes projets, il faut absolument que tu arrêtes, il est encore temps. Tu ne pourras jamais entrer dans l’armée si ton casier n’est pas vierge.
– Ouais mais aussi , les meufs elles ont qu’à pas chercher. Vous allez me dire que vous vous êtes jamais battue, ouaiche ?
– Non. J’ai trop peur d’avoir mal.
– Ahahahahahaha, mais vous faites comment alors ?
– Pour me faire respecter ? Bah…Je ne sais pas comment je fais, mais en tout cas, je réussis à te faire lever tous les vendredis matin pour venir faire des maths avec moi, toi qui n’avais pas fait de maths depuis la 5ème. Et sans lever la main !
– Mouais. Et vous faites comment si on vous emmerde dans la rue ?
– J’ignore et je trace mon chemin, l’air très occupé, tu vois, comme si j’étais quelqu’un de tellement intelligent que je réfléchissais à des trucs que moi seule peut comprendre à ce moment-là, tu imagines, avec les sourcils froncés. Comme si je résolvais des équations dans ma tête, et que j’étais tellement préoccupée que je n’entendais personne. Et je marche vite aussi, d’un point A à un point B.
– C’te technique !
– Tu t’imagines comment plus tard, dans ta vie adulte ?
– Ben avec une famille, une maison. D’abord mon taf, t’as vu, ça, c’est le plus important.
– Et tu te vois conduire ? Avoir une voiture ?
– Bah, ouais, c’est la base.
– Bref, tu rêves d’une vie paisible, normale, que tu aurais construite toute seule. Pardon, mais ça n’est pas du tout compatible avec le fait d’aller taper des filles devant la Part-Dieu.
– Ouais, mais ça, ce sera plus tard, faut bien que je m’amuse à mon âge.
– Ben va falloir apprendre à t’amuser différemment, sinon, tu risques de gâches ta vie et celle de quelqu’un d’autre avec un mauvais coup…
– Exagérez pas, vous aussi, là !
– Peut-être que j’exagère…Mais peut-être que non. Bon, assez parlé, on se met au boulot maintenant.

Trente secondes plus tard…

– Au fait, c’est bon, j’ai signé ma convention de stage.
– Super, tu commences quand ?
– Le 3.
– Alors tu vas faire quoi exactement ?
– Ben cette fois, c’est toujours avec les vieux, t’as vu, et sauf que cette fois on va prendre une camionnette et on va aller d’un endroit à l’autre.
– Tu aimes vraiment le contact avec les « vieux », hein ?
– Ouais, grave, ils sont trop mignons. Chais pas expliquer, même je leur coupais les ongles et tout, t’as vu. C’est moi qui faisais leur goûter tous les jours, ils m’aimaient trop ! Vous aussi j’vous aime trop.
– ….
– Ahahah t’as vu, elle est toute rouge la prof !
– Oui, bon, et tu en es où dans la recherche de ton patron pour l’an prochain ?
– J’ai rien trouvé. Et les enfants tout ça, c’est pas possible, j’ai trop envie de les taper. Comme avec mon frère, là. Il saoule lui aussi.
– Ah, oui en effet, ça n’est pas possible…
– Nan mais taper…pas comme mon père y’m’tape avec la ceinture, hein, juste je le remballe mon frère, il m’énerve trop, t’as vu. Je lui mets des fessées.
– Tu n’as pas à taper ton frère !
– Ouais mais il comprend pas, je lui mets une fessée, et après il pleure. Comme ça, il comprend.
– Il pleure, mais il comprend, tu es sûre ?
– Mmmmmhhhhhhh.
– Et puis, ça n’est pas à toi de punir ton frère, c’est le rôle de tes parents.
– Ouais mais ils disent rien, eux, je m’occupe de tout le monde là.
– Je comprends, ça ne doit pas être facile. Bon, on bosse maintenant.
– Vas-y, y’a rien à faire, là.
– Disons qu’on est en cours, donc à part le travail scolaire, en effet, il n’y a rien d’autre à faire.
– Ça m’a fânée, ouaiche.
– Alors tu vois, tu fais des efforts vestimentaires, tu fais des efforts de comportement, tu apprends à mettre des mots quand ça ne va pas au lieu de faire une crise et de tout casser, tu as trouvé un CAP pour l’an prochain…la seule chose qu’il va falloir travailler, c’est la communication. « Ouaiche » , « fânée », « vas-y » et compagnie, et puis ta façon de te tenir, comme un cow-boy, là, tu imagines que pour un employeur potentiel, ça n’est pas possible.
– Ouais mais au moins, ils voient tout de suite qui je suis, t’as vu.
– « Vous avez vu » ! Ah bon, ils pensent que ta personne, ce que tu es vraiment, c’est ça ? Tu crois qu’en te voyant comme ça on s’imagine que tu aimes les personnes âgées, que tu leur fais des papouilles et que tu leur prépares un bon petit goûter ?
– Ouais mais au moins, ils me cassent pas les couilles.
– Ah, non, ça c’est sûr qu’ils ne te cassent rien, mais pas contre, ils ne t’embauchent pas, hein.
– Ouais ben tant pis pour eux.
– Non ! Tant pis pour toi, tu sais très bien que tu joues gros, que tu veux cette formation, que tu veux partir de chez toi et être en internat. Celui qui est en face de toi, il doit choisir entre toi et un autre, si tu lui montres ce personnage, il ne va pas chercher plus loin, il choisira l’autre ! C’est le moment de faire tomber ta carapace, là, on sait tous qu’au fond tu es une vraie gentille, un nounours en guimauve.
– Vas-y, c’est vrai chuis gentille en vrai, mais faut pas qu’ils le sachent, après ils vont m’arnaque.
– Eh bien, il va falloir travailler tout ça, hein. Bon, si on faisait un peu de calcul?

Sonnerie de fin de cours.

* la Part-Dieu, centre commercial très connu à Lyon

Leçon de stylisme à l’égard des enseignants (et de tous ceux qui ont un jour fréquenté l’école et auraient bien envie de se fendre la poire)

L’autre jour, alors que je beurrais mes tartines en écoutant la radio, la voix suave de Catherine Boulet Boullay dans sa revue de presse m’annonçait que je trouverais aujourd’hui dans Le Parisien un article sur les choix vestimentaires des animateurs Télé. Leurs choix vestimentaires ne sont pas simples, tout est lié à l’image qu’ils doivent ou ne doivent surtout pas renvoyer. Je ne précise pas plus, si ça t’intéresse et que t’as que ça à foutre, tu peux lire le bouzin ici. Et sinon tu peux rester dans mes parages, parce que tu me vois venir grosse comme une camionne, je me suis dit :

« ET LES PROFS, ALORS, ON POURRAIT PAS EN PARLER DE LEUR TENUE VESTIMENTAIRE UN PEU DANS LE JOURNAL ? ÇA C’EST UN VRAI PROBLÈME DE SOCIÉTÉ, MERDE. ».

Parce que tu sais bien que nous, les profs, on aime que se plaindre, alors tu vois, je vais mettre encore 10 balles à la machine. D’avance, je présente mes excuses aux profs mecs, peu concernés par le contenu, parce qu’ils ne sont tenus que par un dilemme, toujours le même et que personne n’a encore résolu : t-shirt ou chemise ? (megalolilol)

Tous les jours, depuis maintenant 11 ans, je me demande comment je vais me saper. Paie ton calvaire. Voici donc quelques conseils avisés, à toi qui débutes, ou qui changes de classe d’âge, ou encore à toi, qui souhaites, une fois de plus te foutre de notre gueule en te rappelant les bons souvenirs de Mme Guillet, ta prof d’Histoire du collège, toujours habillée en violet de la tête aux pieds et qui sentait le patchouli, et l’oignon de sous les bras.

1) L’enseignante en maternelle 

Pour travailler en maternelle, « confort » est le maître mot : tu passes ta vie assise sur des chaises de nains et des bancs minuscules : exit donc le taille basse qui dégage ton string ficelle et ton bourrelet ventral, voire dorsal par la même occasion. Ou alors, si comme moi à l’époque, tu viens juste d’accoucher, tu peux tenter n’importe quel futal, mais avec tunique longue O-BLI-GA-TOIRE. Petites bottines ou ballerines (OUI, SI TU VEUX, DES CAMPERS), ou basket type Converse si tu n’as pas le pied plat, contrairement à moi encore (je pense qu’à la fin du billet, je pourrai te donner comme consigne : « Dessine Léonie d’après l’autoportrait physique qu’elle propose dans ce texte », ça pourrait être flatteur.)

Ton accessoire fétiche : le paquet de mouchoirs, essentiel en cas de pénurie de boîtes (au mois de Novembre, donc) (oui, parent, tu en donnes beaucoup des boîtes à morve, mais eux en produisent des litres, le stock est donc vite écoulé).
Ta coiffure : les cheveux attachés, tout le temps, parce que d’une, tu te baisses sans arrêt et que tu risques de bouffer tes veuchs, et que de deux, tu vas pécho des poux.
Ton parfum : l’huile essentielle de lavandin (pour la même raison que ci-dessus).

2) L’enseignante en primaire, version CP

Pour le CP, les règles sont les mêmes que pour les mater (ouais, on dit MATER dans le boulot, prononce MATÈRE).
Non, tu n’es pas obligée de ressembler à un étudiant en école d’Arts avec des collants de couleurs, des jupes à fleurs, des bottes Kickers et des trucs chelous dans les cheveux. Tu peux tenter le jean, le pull loose, voire la chemise, la veste sympa, les bottines. Exit toujours le taille basse, on se baisse encore pas mal sur les petits bureaux.

Ton accessoire fétiche : la boîte à dents qui tombent, pour éviter les pertes catastrophiques et les arnaques à la souris.
Coiffure et parfum : idem que pour la mater, pour les mêmes raisons (les poux ADORENT les CP, va savoir pourquoi, y’a peut-être un rapport avec les dents de lait qui tombent).

3) L’enseignante en primaire, version CE1-CE2

Alors toi, tout dépendra du profil de ta classe : ou tes élèves seront de bons lourdingues bien bébés, auquel cas retourne au point 2, ou bien ils sont en pénultièmadolescence et tu te diriges direct vers le point suivant.

4) L’enseignante en primaire, version CM1-CM2

Alors là, attention, c’est du sérieux. Au sujet du sérieux, d’ailleurs, les instits de cycle 3 ont la réputation d’’être les plus rabat-joie de la bande (du primaire, je précise, parce que plus ça avance et plus la rabat-joierie s’accentue).
Bref, ta tenue vestimentaire devient à partir de maintenant ta carte d’identité aux yeux des élèves. Oui, parce qu’avant ça, quoi que tu fasses où que je sois, tu étais trop belle, maîtresse. Maintenant, il va falloir faire un effort pour conserver ton statut de « belle maîtresse » (oui, on se branle de la pédago, là, arrête de râler, on cause mode). Soit tu choisis d’être une maîtresse trop cool, t’as vu, soit tu décides qu’ils te considèrent comme ta grand-mère. Tu peux également influer sur leur bon goût, et leur transmettre l’envie de se saper correctement. Bon, j’avoue que la limite très vite atteinte quand tu es une prof trop tendance, c’est le risque que tes élèves te demandent : « Wah, Maîtresse, vous avez acheté où vos nouvelles baskets, elles claquent ! ». Pas très professionnel.
Revenons à nos tenues. En cycle 3, deux choix (la tenue grand-mère n’est pas un choix possible) :

  • Soit ta classe est chaude comme la braise, et contient quelques cas qu’il est parfois nécessaire de courser jusque dans la rue*, voire de ceinturer au sol* pour stopper une bagarre : tu devras te munir de baskets.
  • Soit ta classe est plutôt calme, et tu peux te permettre ce que tu veux : jean, pantalon, jupe (et collants opaques, ce qui règle le problème de la longueur de la jupe qui ne fera plus ni tepu ni mémé ), bottes, bottines, baskets, etc. Non, tu n’es pas obligée de porter du Desigual. Non, même pas « juste le sac ».

Toujours pas de taille basse, hein, on sait jamais, si tu dois ceinturer. Évite aussi les décolletés, car si jusque là ils pouvaient juste te dire « On voit tes nénés, maîtresse », là ils risquent de ne pas s’en remettre de suite et de passer quelques nuits agitées. Car oui, les hormones sont déjà bel et bien présentes. D’ailleurs, tu ne te permettras plus de ne pas t’épiler pour les accompagner à la piscine, ou tu feras comme moi : tu préfèreras une tenue confortable au maillot de bain, avec un rechange au cas où tu sautes pour en sauver un.

Ton accessoire fétiche
: ton téléphone, pour la menace hebdomadaire : « TU VEUX QUE J’APPELLE « MAMAN « POUR LUI DIRE QUE TU METS DES PUNAISES DANS LE PAIN ?* »
Ta coiffure : toujours les cheveux attachés, la même histoire.
Ton parfum : tu peux commencer à sentir toi-même, les élèves se frottent moins.

5) L’enseignante au collège

Là, fais bien gaffe, tu vas forger ta réputation pour TOUTE ta carrière. Mais une chose est sûre, il te faut imposer le respect. La tenue est selon moi un bon moyen de prouver qu’on en a, avant même d’ouvrir la bouche. Depuis que je travaille au collège, j’ai découvert les talons. Je ne ceinture plus (pour le moment), je ne cours pas après les élèves, je ne surveille pas de récréation. Je peux donc m’habiller comme je le souhaite, et mettre des talons. Il va de soi qu’après des années de chaussures plates, je ne mets pas n’importe quels talons, hein, il me faut faire une analyse comparative rapport confort-qualité-prix-esthétique-confort. Autant dire que le choix est restreint.
Tu peux porter des jupes, des tailleurs, des jeans. Mais attention aux jeans troués, qui peuvent être LA bête noire de ton Principal, pire que l’absentéisme. Le mien, par exemple, renvoie systématiquement les élèves chez eux lorsqu’ils portent un jean troué.
En parlant de trou, tu seras prévoyante : tu mettras une paire de collants neufs de rechange dans ton casier ; en cas de filage, ils te sauveront. Crois-moi, j’en ai fait les frais, et j’ai fini la journée grimée en punk des années 90. Parce que là, on n’est plus « entre nous ». On est dans la jungle de la réputation.

Ton accessoire fétiche : un carnet de correspondance; entre ceux que tu prends aux élèves, ceux qu’on te rend, ceux que tu oublies de rendre, tu en as toujours un à la main. À porter sous le bras, c’est LE geste fashion.
Ta coiffure : peu importe, mais impeccable et travaillée.
Ton parfum : un parfum bien fort, bien capiteux. Le parfum qu’on pourrait nommer « Castration ».

Voici donc quelques conseils qui ne mangent pas de pain. Je m’arrête au collège, car je n’ai pas encore étudié l’espèce des profs de lycée.

Je soumettrai une grille de tenue vestimentaire aux inspecteurs qui serviront d’évaluation lors des inspections, alors faisez gaffe.

Allez.

* Véridique

Le radeau – Introduction

En arrivant, je pensais trouver des élèves limités, neuneus comme ils disent, bêtes parfois, stupides d’autres fois. Certains d’ailleurs sont très limités en compréhension, c’est vrai, et c’est ce qui les empêche de progresser normalement. Ils sont là pour que malgré cela, je puisse les aider à apprendre et se construire.

Ce n’est pas le cas de tous. D’autres ont des troubles de la mémoire, une carte mère qui n’imprime pas. D’autres ont des troubles du langage écrit (que tout le monde connaît sous le nom de dyslexie), associés avec des troubles de la mémoire et des difficultés de compréhension.

Joli package.

Et puis il y a les autres. Ceux que je ne pensais pas trouver là, et qui sont une rencontre explosive pour moi. Explosion nerveuse, explosion de sentiments, explosion de colère parfois, explosion d’amour. Ce sont ceux qu’on appelle les « empêchés de penser », ceux que la situation familiale ou environnementale a laissés sur le carreau, parce qu’ils n’avaient pas les ressources pour lutter. Ceux qui ont la « pensée figée ». Frozen. Ceux pour qui apprendre, c’est se mettre en danger, et qui ne travaillent plus, ne progressent plus, n’apprennent plus. À tel point qu’on a pu les trouver déficients pour des tests. Et qu’ils sont aujourd’hui ici.

Les voici tous sur mon radeau.
Les déficients, les multi-dys, les figés.

Une partie des éclopés de l’école, en somme.

Sur mon radeau, on rame ensemble.
On rame en Français. On rame en Maths. Surtout moi, en vrai.
On rame en Histoire. On rame en Géo. On rame en Sciences Physiques. Surtout moi encore.

Et puis on parle, beaucoup. Eux parlent surtout, et moi j’écoute. L’injustice, la souffrance, la stigmatisation.
« Ils disent qu’on est handicapés. Quand je viens ici, je me cache. »
« Je sais pas pourquoi je suis là. »
« Un jour, ma mère m’a dit que j’allais changer d’école. C’était en primaire. Et puis, un taxi est arrivé. Je suis monté dedans, et il m’ a emmené dans ma nouvelle école. Et là, je suis entré dans une classe où on n’était que 12. C’était une CLIS, et je comprenais pas pourquoi j’étais là avec ces élèves bizarres. »
« Le prof de techno, il m’a fânée, de toute façons, j’irai plus dans son cours de merde. J’y comprends rien. »
« J’ai rien compris à la leçon de physique et j’ai un contrôle demain. On peut la travailler ? »

J’écoute, je cajole, je recadre surtout. « L’étayage », dit-on en pédago.

Je sors ma boîte à outils, je bidouille, je répare, j’ajoute une rustine, je les regonfle un peu, je leur serre un peu la vis. Ils repartent un peu moins abîmés, au mieux. Jamais remis à neuf.

Je leur fabrique des outils, des aides, des béquilles qui leur permettent d’être moins bancals, au moins pour un instant. Le temps d’une lecture, d’une leçon, d’un exercice.

Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire, de partager ça avec vous, parce que je suis tellement avec eux. J’ai eu besoin de recul pour vous les raconter.

Et ouvrir une nouvelle rubrique que j’appellerai « Le radeau ».

À très vite, alors.

Allez, salut.

Quelques grammes de culture

Suite à la ponte de mon dernier billet sur ma couleur de cheveux qui vous a diablement émoustillés, je souhaite relever le niveau intellectuel de ce blog en y apportant de temps en temps quelques grammes de culture, avant d’être proclamée blogueuse chiffons ou blogueuse koifur-estétchik (réponse préférée de quelques élèves à qui tu demandes ce qu’ils envisagent comme orientation après la 3ème). D’ailleurs, c’est drôle l’effet de ce billet sur les gens qui me connaissent en vrai et qui ne m’avaient pas vue depuis (« Ah, ben oui, EN EFFET, HEIN, HAHAHA tu m’as fait rigoler sur ton blog ! (oubliant d’ailleurs que je suis une taupe infiltrée dans la vraie vie, avec un pseudo et la majeure partie des gens qui m’entourent qui ne connaissent pas l’existence du blog) » ou encore « AH BEN C’EST SÛR QUE C’EST BAS BLOND VÉNITIEN HEIN ». Pire : ceux qui ne disent rien et semblent gênés en jetant de petits regards inquiets sur le haut de mon crâne).

Bref, relevons le niveau, nous courons à la catastrophe.

Cette année scolaire, en plus d’être marquée par le renouveau professionnel qui me permet de vivre une nouvelle naissance spirituelle parmi les Troubles des Fonctions Cognitives, est également placée sous le signe des concerts et spectacles en tous genres. Et quand je dis en tous genres, je déconne pas. En septembre, j’ai réservé des places pour plusieurs concerts et pour plusieurs spectacles « famille » (oui, en septembre je suis pétée de thunes, c’est comme ça), et je ne te parlerai ici que de la première partie, on n’est pas des blogueurs famille ici, merde.

Quatre concerts : Oxmo Puccino, Vianey, The Do (o barré mais j’ai pas trouvé la touche, sa race), et Charlie Winston.

Je commencerais donc par Oxmo Puccino, surnommé Ox’ (on s’en branle mais ça me fait zizir), qui fût la meilleure surprise de l’année pour moi.

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Je connais ce chanteur depuis looooongtemps, c’est à dire depuis l’époque où je remuais mon boule en boîte sans avoir des courbatures et des cernes-chaussettes pendant une semaine (RIP 1998-2004), et j’avoue que je n’aimais pas trop Ox’. J’ai pris des places car il était écrit sur le programme (oui, le programme, fuck you) « concert acoustique » et je me suis donc dit que « rap » + « concert acoustique » + « salle intime de Lyon » = forcément un truc qui claque. Et en effet, des textes, une prestance, du charme, du rythme, de la poésie. Voilà ce que nous avons trouvé ce soir-là. J’y suis allées alors que je n’écoutais pas les albums, maintenant j’écoute les albums et j’y retournerai. C’EST UN OUI.

Ensuite, dans l’ordre chronologique, je suis allée voir Vianey. Je ne sais pas pourquoi mais pour moi, Vianey, c’était bof, un truc bien connu, un air qui te trotte et puis voilà, pas de quoi casser deux pattes arrières à mémé. Et puis, Octobre approchant, l’anniversaire de ma soeur approchant, donc, elle me sort un jour, après trois pisse-mémé : « Rhoo là là là là, en ce moment j’écoute Vianey en boucle, j’a-dore, je connais tout par coeur ».

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Si jamais tu connais pas Vianey (et que tu vis dans ton propre cul), c’est lui.

Ce soir-là, comme par hasard, j’ai ouvert mon programme (fuck you again), et j’ai vu que Vianey passait dans ma salle préférée deux semaines plus tard. BANCO.

Me voilà donc assise au millième rang (au début on était assises par terre, pas loin de la scène mais on avait mal au cul et on voyait rien, mais ma soeur, titulaire d’un BTS Mytho (mention excellent) a réussi à négocier l’affaire avec les vigiles). Alors Vianey, c’est pas mal si t’as envie de chanter, c’est de la chanson populaire mignonne (même s’il utilise « piquette séchée » dans ses textes, ce n’est pas non plus Renaud), qui rassemble les jeunes et les vieilles et nous offre un chamarré de couleurs capillaires ô combien chatoyantes dans ses salles de pestak.

J’ai donc passé une heure et demie à côté de ma soeur, transformée pour l’occasion en véritable groupie du pianiste :

« Rho, là, là, comme il est drôle! »
« Les poussins? C’est trop mignon, ils nous a appelés « Les poussins », il est vachement proche de son public »
« Qu’est-ce qu’il bouge bien… »

Tout ça ponctué de paroles qu’elle connaissait PAR COEUR. Toutes les chansons. La vérité ça m’a foutu un coup au coeur.
À la fin j’ai compris ce qui me gênait chez Vianey. J’ai compris quand il s’est mis à chanter ça :

Mais sinon, le jeu scénique est très bien, il occupe l’espace, le rendu est entraînant (blogueuse concerts, faut bien dire autre chose que des conneries). C’EST UN POURQUOI PAS.

Début décembre, je suis allée voir THE DO (o barré, souviens-toi), avec des copines. LE concert sur lequel je misais. Le groupe que j’ai réussi à écouter en boucle et en boucle dans ma bagnole sans m’en lasser, le groupe dont chaque enfant de ma famille possède une copie CD (pour pouvoir les rayer à loisir sans niquer le mien), mon coup de coeur 2016.

D’abord, on était beaucoup. Ensuite on était debout, tous debout. Et enfin, on était devant. Mais pas devant devant, pas très loin de devant. Avec, devant mon deux options : le grand frisé (je te hais, le grand frisé des concerts) ou le couple qui se galochait à bouche-que-veux-tu-je-veux-bien-ta-bave-sors-donc-ta-langue-que-tout-le-monde-la-voie-bien.

Bref, le concert qui te donne un arrière goût de sapin dans la gorge, le concert de mes 80 ans. Le concert de jeunes ou en tout cas de pas jeunes qui n’ont pas besoin d’être assis ni besoin de bouboules dans les oreilles (c’était fort, très fort).

Mais sinon, c’était super. Oui, à part la claustrophobie, le fait que je ne voyais pas la scène (chou frisé devant, galochage hyper salivique sur les côtés, remember), le fait que le son me vibrait dans l’estomac tellement c’était fort, oui, à part ça, c’était bien. Du rock, un côté Bjorg-japonais sympathique, un jeu de lumières inter galactique. C’EST UN OUI si tu es grand frisé et que tu as 25 ans (ou moins). Tiens, chouf :

Enfin, la semaine dernière, ma copine qu’on appellera Kristina parce que Carole c’est pas très exotique, m’a invitée au concert de Charlie Winston.
Tu dois d’abord savoir, avant de lire la suite, que Charlie et moi avons un passé commun : nous nous étions déjà vus à Vienne (tu sais, le festival de jazz qui fait mal au cul) il y a peut-être 5 ans, avec les copines avec qui je suis allée voir The DO (et qui elles, n’ont pas vieilli, du moins ont souffert en silence), et c’était vachement chouette.
Alors quand elle m’a proposé, et qu’en plus je ne l’avais pas vue (Kristina-Carole) depuis un moment, je me suis dit « Chouette ! Jacasseries + le petit cul remuant de CW = bonne soirée assurée ».

Et bien oui, sache que c’était super, que ce mec a une présence scénique de guedin (oui, je suis vieille, non les jeunes ne disent plus « guedin »), il a même passé un moment debout sur la chaise du mec qui fait le son et la lumière, en plein milieu de la foule, après avoir traversé celle-ci en dansant. Il a repris « Under pressure » de Freddy Mercury, et c’était très bien, il remue bien son bavoule, il joue de la gratte, il tente de parler français et c’est drôle, et tout ça mérite UN GRAND OUI. Chouf :

T’as remarqué le regard de la groupie du pianiste à la 40ème seconde ? On croirait ma soeur.

Bref, on laissera de côté le groupe de la 1ère partie qui nous a bien fait rire (et je crois que c’était pas leur but), que j’ai dû m’asseoir 10 fois parce que j’en pouvais plus et que j’ai perdu ma CB et que j’ai du faire opposition en rentrant (et là, je n’ai toujours pas de CB, imagine l’angoisse : obligée de faire des CHÈQUES. So 80’s.).

Voilà pour ma revue hautement culturelle. Pour les pestak famille, une autre fois, peut-être.

Si tu veux la prochaine fois j’irai voir Louane, sois pas triste.

Les photos et les vidéos ne sont pas de moi, désolée, mes photos de concert sont systématiquement pourries (si tu es une grande marque de téléphone qui fait des bonnes photos concert, je veux bien faire un écart dans ma ligne éditoriale pour toi. Sinon, dégage.)

Allez salut.