Déni de parents

Dédicace aux parents d’un enfant « différent ». Et aussi pour les autres, pour que germe en eux la graine du doute. Tiens, les profs, prenez-en de la graine (du doute).

« Les parents refusent qu’il soit « orienté »?
– Oui, mais faut pas se leurrer, leur gamin est en échec. Il va galérer d’année en année! Ils ne se rendent pas compte les parents, mais on n’est pas formés ! J’en n’ai pas qu’un de gamin, moi, ils sont 26…Et puis, il sait pas lire, il écrit pas, c’est tout juste s’il parle.
– Ouais, c’est sûr, ils sont dans le déni. »

Toc toc toc?
Qui est là?
C’est moi Cascouilla, la petite voix rabat-joie, qui s’immisce dans votre petite conversation pour vous poser quelques questions.

Oui, c’est vrai que le parent est souvent dans le déni. Rideau (musique):
Un couple, qui s’aime (ou pas, mais ça, c’est son problème) et qui fait un bébé. Qui le rêve d’abord, qui le fantasme. Et qui apprend au bout du premier trimestre de grossesse que ce bébé ne « va pas bien ». Qu’en tout cas il sera différent. Qu’il faut prendre une décision : le garder ou l’évacuer.

Ou pas. Certains parents le découvrent à la naissance.

Le couple décide de la garder.

Il arrive, il est mignon. Il pleure beaucoup, longtemps. Le jour et la nuit. Pendant des mois. Le cauchemar commence.
Arrivent les étapes des premiers apprentissages : les enfants des copines marchent à un an, tiennent assis depuis 6 mois. Et veulent manger seuls, et courent partout.

Pas lui. Il ressemble à un nourrisson.

Arrive plus tard l’entrée à l’école. Elle a cessé de travailler pour s’occuper de lui : il n’ira que le matin. Des séances de kiné, de psy, d’orthophoniste, d’orthoptiste viennent perler ses journées. Toutes ses journées.
A l’école, il mord. Il crie et tape les autres. La maîtresse, pourtant douce et expérimentée ne  sait que faire de ce petit « inadapté ». Avec les parents, ils obtiennent une aide, une EVS 6 heures par semaine. Deux matinées, donc. Le reste du temps, il ne fait presque rien
La mère, pour pallier à ce manque, propose elle-même de venir aider son fils en classe. On lui dit non, qu’elle n’est pas habilitée. Elle se sent exclue.
Arrive l’entrée au CP. Il connait quelques lettres, commence à savoir compter. Quant au reste, personne ne s’attend à ce qu’il puisse faire mieux. Il est toujours accompagné de son EVS. Des cris remplacent souvent les mots. Mais les mots ont fini par venir, petit à petit. Alors, il ne mord plus.

Au milieu du CP, on conseille aux parents un changement radical pour le CE1. On leur propose un institut spécialisé pour « ce genre d’enfants ». La mère, dont la vie entière tourne autour de son enfant (« Elle l’étouffe, elle ne le laisse pas vivre. »), est tétanisée à cette idée. L’enfermer dans un centre comme celui-ci risque de l’empêcher de progresser. Mais elle accepte d’aller visiter les lieux. Le père, lui, pense que ce serait une bonne chose que l’enfant soit pris en charge des journées complètes. Ils pourraient respirer un peu, se retrouver. Recommencer à s’aimer, peut-être.

Arrive alors la visite : la mère ne peut détacher son regard de ces enfants qui hurlent au lieu de parler, qui agressent, mordent et se mettent à courir sans aucune raison. Il y a aussi ceux qui ont le visage très marqué, et ceux qui parlent tout seuls. Et des enfants trisomiques. Elle est maintenant sûre que cet endroit n’est pas fait pour son fils. Le personnel est chaleureux, très prévenant. Mais n’empêche, ces barreaux aux fenêtres…

Non, c’est sûr, leur fils à eux n’est pas comme ça. Cet endroit n’est pas adapté pour lui.

« Les parents refusent qu’il soit « orienté »? demande Sabrina, l’EVS de la classe.
– Oui, mais faut pas se leurrer, leur gamin est en échec, répond la maîtresse. Il va galérer d’année en année! Ils ne se rendent pas compte les parents, mais on n’est pas formés ! J’en n’ai pas qu’un de gamin, moi, ils sont 26…Et puis, il sait pas lire, il n’ écrit pas, c’est tout juste s’il parle.
– Ouais, c’est sûr, ils sont dans le déni. »

Mais, BORDEL, qui, dans ce cas, ne serait pas dans le déni? A quel moment avons-nous oublié d’essayer de comprendre, de nous mettre à la place de celui qui a un enfant handicapé, un enfant dyslexique, un enfant précoce, un enfant gros, bref, un enfant différent? A quel moment le déni, forme primaire d’auto-protection humaine devient-il un délit?

Être dans le déni devient une sorte de faille. Mais ne pas l’être c’est aussi accepter. Et parfois, accepter signifie renoncer.

 

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2 réflexions sur “Déni de parents

  1. Difficile d’assumer un enfant différent dans une société où tout doit être uniforme. L’éducation nationale a tendance parfois à vouloir faire entrer les enfants dans des « moules », mais parfois aussi, il va y avoir une instit formidable qui va comprendre et essayer de trouver des solutions pour le bien être de l’enfant.
    Le mot à employer n’est pas le « déni » mais davantage « l’amour ». Comment accepter l’inacceptable quand on est un parent aimant…

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