Achille

Tu t’appelais Achille et tu avais 3 ans. J’étais stagiaire. Et nous étions dans une belle école, au sein d’un beau quartier où les-gens-sont-sympas-comme-dans-un-village-mais-on-est-en-ville-quand-même. Bref, un quartier bobo, avec des parents sympa comme tout, des mamans rigolotes et motivées pour t’accompagner où tu veux, des bébés en écharpe dans tous les sens, des élèves qui t’apportent des CD des Ogres de Barback pour qu’on écoute leur chanson préférée.

Tu étais vif, tu avais le sourire, tout le temps. Quand tu parlais, tu avais toujours un mot pertinent, ou drôle. Un amour d’élève.

Pour ne rien enlever à ce joli portrait, je te l’aurais bien tiré, moi le portrait. Parce qu’en plus du reste, tu étais joli comme un coeur. Tout petit, tout blond, avec des yeux noisettes. Des calots brillants, pleins d’étoiles.

C’était il y a 9 ans, et je m’en souviens encore, je te revois. Je pense qu’à l’époque, si on m’avait dit que j’aurais un fils un jour, j’aurais croisé les doigts pour qu’il te ressemble.

Je voulais te dire que tu avais compté. Que dans ma carrière, certes pas encore très étendue, mais quand même, j’ai gardé beaucoup de visages tristes, de coeurs brisés. D’enfants démolis ou d’autres trop responsables. Sans parler de ceux qui sont, eux, complètement irresponsables. Voire inconscients. Et même handicapés. C’est d’eux que je parle le plus souvent, c’est vrai. Ils ont beaucoup compté. Ils m’ont marquée, ils m’ont construite professionnellement, ils m’ont fait grandir, ils m’ont blindée.

Toi aussi. Parce que c’était si facile de t’éveiller, te faire sourire et te passionner. De t’emmener avec moi dans des histoires, dans des chansons et des projets. Parce que c’est reposant autant de facilité, de légèreté.

Parce que finalement, Achille, dans ma carrière, ce sera toi l’élève « différent ». Des élèves comme toi, je pense que j’en aurais peu dans ma carrière. Par choix, sois-en certain, mais pour cela et pour le reste, je ne t’oublierai jamais.

Il y en a d’autres dont je me souviens, des très discrets, des très discrètes. Des grands timides et même un presque mutique qui braillait sur ses parents en fin d’année scolaire.

Alors, avec tout ce qu’on entend sur les enfants, sur les ados en ce moment. Après tout ce que vous prenez par les médias et par les cons, je voulais te dire, Achille, je voulais vous dire, les autres que vous êtes mon essence.

Vous avez tous compté.

Vous comptez, tous.

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8 réflexions sur “Achille

  1. Mais sérieux comment tu fais pour m’emouvoir aux larmes à chaque fois ?? Tu me drogues ou quoi ?? ^^
    J’ai eu un Achille moi aussi (je ne suis pas enseignante, mais mes différents boulots ont tjs été en lien avec des jeunes. La plupart du temps déglingués ces jeunes..). Il s’appelle Arthur et je ne l’oublierai jamais. Il a compté comme un petit frère. Je ne l’oublierai jamais. Merci de faire remonter ces douces émotions à la surface.
    Et grace à Facebook, j’ai toujours des contacts avec mon petit Arthur (qui a 20 ans aujourd’hui. Ça calme). Je vais lui laisser un message pour lui dire merci 🙂
    Gros bisous. Et merci à toi.

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