Coeur d’artichaut

Elle est rentrée ce soir avec un coeur gros comme ça et des étoiles plein les yeux. Pleine d’amour et pleine d’illusions. Un tas de dix lettres dans les mains. Un cartable qui pèse trois fois son poids sur les épaules. La légèreté d’un moineau.

« Mes amoureux m’ont donné des mots, t’as vu, y’en a dix. »

Il y a L. ton amoureux, l’officiel. Le redoublant de la classe qui mesure deux têtes de plus que toi. Il est gentil, il est prévenant. Il porte ton cartable, trois fois ton poids. Il n’est pas très malin, mais ça, c’est moi qui le dis. Vous avez fait une cérémonie de mariage en récré. Et ça, c’est drôlement important, tu comprends.

Et puis, il y a les autres. Ceux qui te trouvent belle. A qui tu fais des bisous parce qu’ils te le demandent. « Je vais quand même pas leur dire non, les pauvres. » Si, tu peux. Et les garder pour moi les bisous.

Ces secrets ils t’appartiennent, ils m’appartiennent un peu aussi parce que tu les partages avec moi, lors de nos longs câlins, le soir.

Quand je la vois comme ça, amoureuse, en Schtroumpfette qui cueille son bouquet de pâquerettes en pensant à l’amour, mon coeur se fend.

Parce que je sais.

Je sais la place que ça va prendre dans peu de temps, quelques années au plus.

Je sais l’effet du premier « vrai » baiser, échangé dans un escalier ou derrière le collège, les petits mots qui circulent en cours et l’esprit qui vagabonde par la fenêtre, de plus en plus souvent.

Les « Je peux te parler? , les « Tu veux sortir avec moi? « , les « Y’a M. Qui voudrait sortir avec toi, t’es d’accord? ».

Je sais les pensées envahies par lui, puis par un autre, et puis finalement lui, je sais plus où j’en suis là, j’ai besoin de faire le point.

Je sais le premier « Je t’aime. » Le vrai, celui qu’on murmure pour ne pas prendre trop de risques, si ce n’est pas réciproque je pourrais toujours dire que je n’ai pas dit ça.

Je sais aussi le fait de rentrer, de courir se cacher dans son oreiller et de pleurer des heures durant. Je sais aussi que je ne comprendrai pas, c’était l’amour de ta vie et maintenant c’est fini, tout s’effondre.

Je sais les heures que je vais passer à guetter les larmes qui s’annoncent, la pelle et la balayette pour ramasser ton coeur en miettes. À entendre les chansons tire-jus qui t’aideront à faire sortir ta peine, le son monté à fond, les enceintes qui hurlent aussi fort que ton coeur saigne.

Souffrir à n’en plus respirer.

Je sais aussi l’euphorie du grand amour, c’est lui, tu l’aimes plus que tout. Tu l’aimes si fort que si on pouvait, on ne ferait plus qu’un. On se serre tellement fort, on essaie de rentrer l’un dans l’autre. On vivra ensemble, pourquoi pas un bébé, même ?

Et à nouveau le coeur brisé, son coeur à lui s’ouvre à une autre. Tu ne respires plus, les larmes ont envahi ton corps tout entier. Tu te noies.

Tu n’ as que 8 ans, mais je sais déjà.

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8 réflexions sur “Coeur d’artichaut

  1. Tellement de sentiments dont on aimerait les protéger… Mais en même temps les voir vivre, ressentir et vibrer, c’est la plus belle chose au monde !
    L’essentiel c’est d’être la pour eux, quoi qu’il arrive, même dans l’ombre.
    Bisous ❤

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  2. Tu sais déjà, tu sais déjà… Et comment tu sais, d’abord ?
    Le problème avec le cœur d’artichaut, c’est que c’est une maladie qui dure longtemps…

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