Le retour du Projet Blair Witch

Tu vois, chaque année, c’est la rentrée. Comme disait Zizou dans une pub il y a quelques années (à la même époque que « d’abord la jambe goche » ) : « Et oui, c’est la reprise ». Et on va pas en faire un patacaisse, chaque année c’est la même chose, foi de grosse glandeuse de prof qui vient de se taper deux mois de vacances même pas méritées parce que toute l’année déjà elle glande (autoflagellation = anticipation = ça m’évite de virer des commentaires à la con = je gagne du temps pour mieux glander).

Je m’égare.

À chaque rentrée, donc, son lot d’organisation (après avoir acheté ton organisateur familial placardé dans ta cuisine), de négociations d’activités avec tes gosses (maman, je veux faire du rugby, oh pis non, de la piscine, oh pis non, de la danse, oh pis non, du karaté, oh pis non, du cirque, oh pis non, de la gym. Bref, tu vois le tableau), et, et, ô combien importantes, les bonnes résolutions de rentrée. Dont la récurrente, la plus importante :

LE SPORT

J’ai d’ailleurs à ce sujet entendu un sondage (ça fait sérieux de foutre un peu des stats dans les billets, ça crédite) comme quoi que y’aurait 60 % des français qui abandonneraient son sport de rentrée (et le pire c’est les parisiens, BOUH LA LATCHE) au bout de 3 ou 4 mois.

Pour illustrer ce sondage extrêmement sérieux et ô combien emblématique, nous allons donc aujourd’hui parler de ma copine que nous appellerons Ingrid, pour préserver son anonymat et rendre hommage aux pays scandinaves qui m’ont tellement séduite cet été.

Ma copine Ingrid, donc, fait partie des 60 % de français vilains vilains. Et cette année, pour se motiver (car la quarantaine commence doucement à gratter à la porte avec son ongle crochu (et sale), je lui ai proposé de venir participer aux cours de Cuissots. Nous en discutions donc, le pas alerte et les alvéoles pulmonaires allègrement dilatées, à l’occasion d’une promenade sportive mémorable. Nous avions en effet décidé d’aller consumer quelques calories post barbecucu tout en parcourant d’un pas léger les monts vallonnés qui entourent notre chère ville.

BW2

Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme)

Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme). Comme quoi que y’a pas que des fumées chimiques vers chez nous, hein.

Après avoir sélectionné une randonnée dans un guide spécialisé (qui s’avère être de merde) sur les randonnées autour de Lyon, nous voilà parties, gourdes et sac à dos, chaussées de nos plus belles Quechua, en voiture.

On aurait du flairer l’odeur de la merde quand, après 30 km de rase campagne à se dire « Allez,  on a assez d’essence dans la réserve, t’inquiète, y’a sûrement une pompe à Fionfion », on a fini par arriver au point de départ de la rando avec le réservoir de bagnole plus que vide (non, ne cherche pas le rapport avec le réservoir de la bagnole et le fait qu’on est censées marcher à ce stade de l’histoire).

Le début de la ballade flairait mauvais aussi, puisqu’au pied du fléchage de départ, guide à la main, nous sommes restées un bon quart d’heure à chercher le bon chemin pour partir.

Nous voici donc, à 16h27 de l’après-midi (tout le monde ne sait pas lire l’heure en 24 heures), en plein mois d’Août, un guide (de merde) à la main, prêté par une bonne amie commune qui a pour principal défaut d’être maniaque des livres. Détail qui a son importance, la vérité.

Après une montée de la mort durant laquelle, à tour de rôle, il nous a fallu trouver des prétextes bidons pour s’arrêter et respirer (genre : « Fais voir ce qu’ils disent sur le guide ? T’as vu comme c’est joli ? Oh, des moutons, là, en bas! ! »), nous voilà lancées, fières et alertes, à deviser justement sur notre sujet de départ qui nous amène à ce point de l’histoire : le sport de rentrée. Et à dire qu’on irait à l’aquasport, et puis tiens, si on se planifiait une rando par mois ? Viens on cale des dates en rentrant, comme ça on est sûre de s’y tenir. Ah oui, tu vas t’acheter un bâton de marche ? Tu crois que ça marche les bâtons de ski ? Et on est bien d’accord, hein, s’il fait froid, on y va quand même. Seulement s’il pleut on fait sauter.

Ouais, trop bien, trop motivées, les sportives du mois d’Août.

Et puis, on aurait dû se rendre à l’évidence quand, ayant entendu un grattement de mulot au pied d’un tronc d’arbre nous nous sommes conjointement mises à hurler : nous sommes des flippettes.

Des flippettes qui sont parties en rando à 16h30 de l’aprem, fières d’avoir sélectionné une ballade balisée et fières de suivre le balisage comme des grandes depuis le début presque sans problème (le démarrage ne compte pas), fières mais sans boussoles, avec peu de batterie de téléphone et évidemment point de carte IGN. Très mal équipées en somme.

Si bien qu’après un malentendu entre le guide (de merde) et le balisage du sentier, nous nous sommes retrouvées dans un cul de sac paysan (un champ dans lequel nous ne trouvâmes plus une once de sentier) qui nous a conduites à rebrousser chemin et à prendre un autre sentier. Et à nous enfoncer un peu dans les sous-bois.

« Toute façon, on est niquel, la voiture elle est par là. »

Ne voyant aucun balisage durant les 3/4 d’heure suivants, nous avons commencé à douter quand même. A penser que peut-être, nous étions sorties du sentier, et que nous ferions mieux de nous repérer différemment. Avec un GPS par exemple. Enfin l’appli Maps du téléphone. Ah ? Pas de 3G ? Ah, bon, d’accord. Viens, on regarde la mousse des arbres.

« Tu sais, c’était écrit 2h sur le livre, et ça fait bientôt deux heures. Sauf que là, on n’est pas du tout vers la voiture hein. Tiens, j’ai plus d’eau. »

Et petit à petit, le sous-bois s’est épaissi. Nous étions donc en pleine forêt. Le soleil déclinait sérieusement, et aucun fléchage n’existait plus. Il était l’heure de la pause pipi.

Après avoir fait pipi chacune dans notre coin (épreuve qui nous a fait nous sentir prêtes pour Koh Lanta, puisque nous n’avions pas de mouchoirs), je n’ai plus vu Ingrid. Je n’ai plus vu que ça :

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Là, j’ai balancé à voix haute : « Putain, on dirait Le Projet Blair Witch * », ce qui a eu pour effet de rendre ma copine hystérique mais en même temps, elle est sortie de son buisson derrière lequel elle n’avait tout simplement pas fini de s’égoutter.

Nous continuâmes quelques temps. Tout de même, aucun balisage, c’était peu commun.

J’avais alors retrouvé du réseau, et contacté mon cher et tendre mari pour lui expliquer que nous venions de traverser pour la 5ème fois l’épreuve de la patte d’oie sans fléchage, où tu choisis ton chemin au petit bonheur la chance et que non, nous ne serions pas à l’heure pour la séance de ciné de 19h30 étant donné qu’il était 19h.

"Moi je dirais à gauche." "Et moi je dirais à droite."

« Moi je dirais à gauche. »
« Et moi je dirais à droite. »

Après quelques centaines de mètres et quelques craquages de branches bien flippants, nous voici saines et sauves sur la route principale ( la D113 mon cul).

Et là, tu sens poindre ce moment mémorable de ta vie où tu as bien conscience que tu joues un truc de dingue en pire, ce moment dont tu te souviendras toujours. Ce moment où au lieu de suivre la route principale tu choisis de te ré-enfoncer dans la forêt parce que le fléchage, réapparu comme par miracle t’indique « Malval », et que ta bagnole est garée au « Col de Malval », et que tu crois que c’est kif kif.

Sans trop rentrer dans les détails, nous voilà parties pour une heure et demie de flippe intense. Traverser une forêt en fin de journée, être seules au monde, croiser un motard (cross) en tenue de ville (suspect, non ?) et hésiter à l’arrêter pour lui demander ton chemin. Moi, hein, parce que ma copine Ingrid, elle, ne le voyait pas de cet oeil-là :

« S’il s’arrête et s’il nous parle, je lui fracasse le crâne à coups de caillou .»

Se mettre à hurler comme des dingues terrorisées parce que mon téléphone sonne un sms.

Marcher sans parler et sentir que tu t’éloignes, loin, loin de la direction que tu devrais prendre. 

Voir le soleil décliner.

On s’est dit que quand même, on n’était pas très raisonnables de partir comme ça, sans rien, même pas une couverture de survie pour pas crever là, seules, bouffées par les loups (te fous pas de ma gueule, on était à 10 bornes d’un parc animalier de loups, alors si y’en avait un qui s’était échappé, on était dans la merde, on peut jamais savoir).

Le pire, c’est en cherchant un truc dans le sac à dos on a vu que ma gourde s’était vidée et que le livre de ma copine était tout niqué. Là, j’ai vraiment commencé à avoir des sueurs froides.

On sait pas comment, mais on a fini par arriver à la voiture saines et sauves, après 4 heures de marche. J’étais tellement soulagée que j’ai failli lui rouler une pelle à ma voiture.

On mettra de côté le fait qu’on soit restées en roues libres un bon moment histoire d’éviter le stop en micro short à la nuit tombante aux abords de la forêt de la sorcière de Blair.

Hier, j’ai reçu un sms de ma copine Ingrid qui me propose d’aller marcher le 15 septembre. Le 15 septembre? Non, je peux pas, j’ai un truc. Les autres jours non plus d’ailleurs. Lui dîtes pas, hein, sinon elle va croire que je fais partie des 60 %.

*Le pire film de ma vie, ever ever ever.

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