ITW politico-psychanalytique : le système scolaire français

C’était la rentrée, et pour fêter ça, je n’ai pas eu envie de te coller la photo de mon dernier affublé de son cartable Toun’s tout neuf (qui pourtant est entré au CP, j’en ai les ovaires tout retournés) et de mes deux grandes qui réclament un déo parce qu’elles sont en CM2. Non, j’avoue ne pas avoir le pas et la conscience légère cette année encore. Des envies d’ailleurs me traversent chaque été, même si je me sens aujourd’hui à la bonne place professionnelle, ou du moins à celle qui me sied le mieux dans un système qui me contrarie de plus en plus. Cela faisait longtemps que je projetais d’écrire un billet sur le système scolaire français, mais il me paraissait insurmontable, tant de choses à dire, tant de points à améliorer, à effacer et à recommencer. Je suis donc tombée sur cette vidéo qui raconte le système éducatif finlandais, et je l’ai suivie point par point pour dépeindre le nôtre. Alors, je vais évidemment prendre les précautions d’usage, hein, une fois de plus, je ne parle que de mon vécu, bla bla bla et tout le reste.

D’abord, regarde ça :   Vidéo sur l’école en Finlande

Parlons maintenant de notre système scolaire. J’ai repris des mots du journaliste qui pose les questions, mais aussi des personnes interrogées pour m’ exprimer. Toute ressemblance n’est donc absolument pas fortuite.

Comment décrire le système éducatif français ?
Beaucoup de bureaucratie, des tonnes. Les enseignants, les directeurs passent un temps fou à remplir des documents.
Le maître mot est la réussite scolaire.
Le ministère ne fait pas confiance aux autorités locales, qui ne font pas confiance aux enseignants. Nous avons des inspections (en théorie tous les 3 ans, mais en pratique tous les 4-5 ans), avec une visite de deux heures effectuée par un inspecteur et beaucoup de comptes à rendre par écrit (qui priment souvent bien plus que la pratique et la manière d’être avec les élèves).
On ne classe pas les écoles, mais les collèges et les lycées. D’ailleurs, on triche beaucoup pour maintenir ou relever les taux de réussite au Brevet et au Bac : dans le privé, on choisit les élèves qui présentent peu de risque d’échecs et dans le public, on demande à des élèves de ne pas se présenter le jour de l’examen.
Nous ne consacrons pas notre temps à enseigner, mais à évaluer. Les profs sont notés, les élèves sont notés. L’essentiel est d’être dans les cases. Les maîtres ont un master en 5 ans aussi, ils s’entraînent dans de vraies classes aussi (en REP, c’est plus riche), ils font des exposés sur les différentes pédagogies, ou des fiches, mais ne les travaillent pas vraiment. Ils étudient très peu la psychologie enfantine. On tient à leur apprendre qu’ils doivent se débrouiller seuls. En formation, on critique beaucoup les manuels, et on incite les futurs professeurs à construire tous leurs cours, à les fabriquer, laissant très peu de place à leur vie privée d’une part, et à la maturation des idées d’autre part.
Nous parlons beaucoup de différenciation pédagogique, de difficultés scolaires mais très peu, voire pas, des intelligences multiples. L’intelligence d’un enfant doit être scolaire, point. Bien sûr, les cas particuliers sont aidés. Le problème est qu’ils sont tellement nombreux, que parfois, dans des milieux difficiles, des classes entières deviennent des cas particuliers.
L’école ne gère plus les cas particuliers, elle met les élèves en situation de cas particuliers.

En France, il est important de bien se tenir en classe. On pense que si l’ambiance est très stricte, ça les rassure et ça leur permet de se concentrer.

Quelle est la différence entre l’école d’autrefois et celle d’aujourd’hui ?
Avant, ils étaient 40 par classe, et ils étaient assis en silence, comme des piquets pour ne pas se faire remarquer. Et le professeur faisait cour devant la classe. Aujourd’hui, ils sont 27 par classe en REP+, et ils sont assis en silence, comme des piquets pour ne pas se faire remarquer. Enfin, c’est ce que nous aimerions, mais les élèves ont changé, beaucoup viennent d’ailleurs et mènent des vies souvent très difficiles et mouvementées, et n’adhèrent pas du tout à ce fonctionnement. Ils le font savoir et s’opposent aux enseignants avec de plus en plus de virulence. Mais on persiste à leur demander de s’adapter à l’école comme le faisaient les générations des années 60 à 80.
Les élèves n’ont pas le droit de parler parce qu’ils deviennent vite « ingérables », ils n’ont pas le droit d’échanger par ce qu’on craint qu’ils trichent. Le professeur est une autorité, une sorte de Dieu.
Au collège, seules les matières comptent.
Au CP, chaque enseignant à sa méthode de lecture. Si l’élève ne sait pas lire à la fin de l’année, on lui proposera de refaire une année de CP (et de consulter un-e orthophoniste).  Le système éducatif français a bien conscience que tous les élèves sont différents mais son objectif est de les faire tous entrer dans le même moule, au même moment.

Les enseignants ne mangent plus à la cantine avec les enfants. Les enfants sont gérés par des animateurs parfois très jeunes, parfois très inexpérimentés. Le moment du repas pourrait être un moment partagé de détente.
En France, en étant si proche, on craint de perdre toute autorité. On pense que la seule la peur de l’adulte fait autorité.

Avant, entre 7 et 10 ans, l’école était entièrement gratuite (sauf pour la cantine). L’école fournissait la totalité des fournitures scolaires, excepté trousse et cartable. Aujourd’hui, quel que soit le milieu social des élèves, l’école demande une liste de fournitures en début d’année scolaire, avec plusieurs rappels dans l’année. La cantine scolaire coûte de plus en plus cher et propose une alimentation de moins en moins goûteuse.

En France, l’école est un enjeu politique. Après les élections, quand les gouvernements changent, on chamboule le système éducatif. De temps en temps, de façon aléatoire, les programmes changent et s’alourdissent. C’est toujours un bras de fer entre le ministère, les enseignants, et les parents.

L’objectif de l’école en France est de fabriquer des professions intellectuelles.  Excepté pour les parcours adaptés, les élèves français doivent attendre d’avoir 15 ou 16 ans pour sentir s’ils sont plutôt « intellectuels » ou « manuels » (l’élève « manuel » étant toujours considéré comme un élève de seconde zone), s’il a la chance d’avoir eu les capacités de tenir bon toutes ces années. 

Voilà ma Valda du jour.

Allez, salut !

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Premier degré assumé

« Oh ça va, arrête de toujours tout prendre au premier degré . »

Cette phrase m’est revenue avant hier, alors que je lisais l’excellent article de Nadia Daam au sujet de la polémique Orelsan sur Slate. Lire la suite

Au doigt et à l’oeil

Tu es vraiment ma meilleure amie. Du moment, d’accord, mais quand même, avoue que c’est génial. On est dans le même camping, nos emplacements sont voisins, on a le même âge : 9 ans. Enfin, j’ai quelques mois de plus, je suis ton aînée.

D’ailleurs, tu me dois le respect. Et aussi l’obéissance, au doigt et à l’oeil. Toi et les deux autres, là.

J’aimerais que tu coures à côté de moi quand je suis sur mon vélo.

Tiens, si on fabriquait des colliers ensemble avec tes coquillages, pour les vendre ? Toi, tu portes la caisse avec le matériel, et moi je monte sur mon vélo. Et puis demain matin, tu mettras ton réveil à 8h pour aller sur la plage ramasser des coquillages. À marée basse, c’est là qu’on trouve les plus jolis.

Tu étais où aujourd’hui? Oui, c’est ça, toutes tes excuses sont bonnes. Tu étais à la plage, mais hier tu étais au marché et la veille à l’aquarium. Tu dois tenir le stand. Puisque c’est ça, tu es virée du stand. Tu n’as plus le droit de fabriquer et de vendre les colliers avec nous.

Bon, je te pardonne. Ma mère veut que je m’excuse aussi, alors voilà : pardon. Mais en échange, je veux que tu fasses tout ce que je te dis. Et que tu me suives partout : où que j’aille tu dois être.

Tu vas où ? Comment ça tu vas à la plage, tu as vu le temps qu’il fait ? Tes parents ont vraiment des idées bizarres.

Comment ça tu ne veux plus jouer avec moi ? C’est qui ces copines d’abord ? Elle est moche et celle-là est bête comme ses pieds. Tu t’en fiches ? Avec qui est-ce que je vais jouer si toi aussi tu me laisses tomber? Les deux autres sont parties déjà. Elles sont rentrées chez elles.

Attends ! Attends !

Si tu veux, je porte la caisse, monte sur ton vélo, je te suis.

Predator

Une à deux fois par semaine, je fais du sport. A cause du gras et des nerfs, pas parce que j’aime particulièrement ça.
Je me rends à la piscine pour pratiquer l’aquagym et ses variantes. La piscine que je fréquente est un centre aquatique avec différents bassins et un espace bien-être.
Après mon cours de vendredi, j’ai donc rejoint l’espace bien-être pour finir de cracher tout le stress restant dans mes veines malgré la séance de gym. Deux personnes, un homme et une femme bavardaient dans le jaccuzzi. Visiblement, ils ne se connaissaient pas et ils s’apprêtaient à partager une discussion des plus philosophiques.

Pour résumer, il lui racontait qu’il aimait se rendre en Espagne pour les vacances. Je suis arrivée à ce moment-là, et alors que je m’apprêtais à les rejoindre (sans pour autant souhaiter partager leur instant philo), son regard insistant m’a découragée. J’ai pris la direction du sauna. Je déteste le sauna, j’y ai trop chaud, mais j’aime l’odeur du bois brut sous l’effet de la chaleur. Et aussi mettre de l’eau sur les pierres pour fabriquer un nuage de vapeur.

Alors que je m’installais inconfortablement sur les banquettes du sauna, j’entendais parfaitement ce qu’ils racontaient.

Elle répondait que non, elle ne partait pas en Espagne. Lui continuait à faire l’éloge de ce merveilleux pays, où les gens sourient, sont ouverts, pas comme en France. Et parmi les gens, les femmes. En Espagne, il peut se permettre de sourire à une belle femme, elle lui répondra. Alors qu’en France ces grognasses mal baisées les femmes sont fermées. Il ne sait pas pourquoi les femmes françaises sont comme ça. Il est jeune, il donne l’impression qu’il veut apprendre.

Alors, elle lui répond : elle est journaliste, et elle a récemment lu un article sur le sujet. Elle lui explique que les femmes sont sur la défensive parce qu’il faut voir ce qu’elles se prennent dans la rue. Sans parler de la gêne à être en jupe, et de la porte qui s’ouvre sur toutes les fenêtres si elles répondent au sourire.
Lui acquiesce; il semble d’accord, il parle d’éducation et fait la différence entre lui qui aime regarder et sourire à une belle femme dans la rue, et le crevard de base qui te demande cash ton 06. Il dit que c’est un manque de respect.

J’ai dû me tromper à cause de son regard lourd et insistant. Finalement, il ne parait pas si con.

Je sors du sauna et me dirige vers la douche. À nouveau son regard, aussi lourd d’un sac de ciment sur le sommet de mon crâne.
Je traîne longuement sous la douche, et produis ainsi l’effet escompté : il me précède et se rend au vestiaire.
Je laisse passer un certain temps, et je prends également cette direction. Je me change et fais toutes mes petites affaires, je prends le temps en pensant qu’habituellement, les hommes se changent vite, et que plus je traîne, plus j’ai de chances pour qu’il soit sorti.

Quelle merveilleuse surprise lorsque je constate en rejoignant la zone des sèche-cheveux, de le voir, là, tranquille, tout prêt mais faisant mine de se coiffer.

Les crevards, j’en ai connu plein. Pendant des années, alors que j’étais ado, je prenais le bus tous les jours entre le coeur d’un quartier de ZUP et le centre ville de Lyon. Je sais que leurs yeux sont des hameçons, et que les tiens sont des poissons. Ne jamais leur permettre d’hameçonner, sinon c’est mort.
C’est pourtant ce qu’il tente de faire dans le miroir. Il me regarde fixement, pour me forcer à le regarder, et la micro fraction de seconde qui me voit glisser mon regard vers le sien me rend vulnérable. Il entame un sourire que je n’ai pas le temps de voir finir tellement je baisse vite les yeux.

Mais lui croit que c’est fait. Qu’il a pêché mon regard. Et qu’il va pouvoir pécho.

Je sors de la piscine, inquiète. Il est là. Il attend dans sa voiture. Je l’ignore. je me demande s’il va sortir de sa voiture ou s’il va démarrer. Je me suis peut-être fait des idées, avec ma capacités à pondre des nanars de série B à la pelle.
Il démarre, mais il attend. Il me regarde. Je me dirige droit sur ma voiture en suivant des gens, un homme et son fils. Viens on dirait qu’on est de la même famille.

Je grimpe, je ferme, je verrouille. Il part, passe doucement derrière ma voiture, puis tourne et repasse très lentement devant moi. Je mets mes lunettes de soleil, pour mieux le surveiller sans qu’il le voit. Il tourne la tête, et me fait un petit signe de la main. Un frisson me parcourt le dos. Il n’a pas le look du prédateur pourtant. Du crevard de boîte, oui, mais du prédateur qui te guette et te poursuit, non.

Et pourtant.

Je le laisse partir, soulagée. Je passe le portail, encore secouée mais tranquillisée.

Il est là, il est garé sur le côté. Et comme dans un méchant film, il attend que je passe devant lui, laisse une distance minimale entre nous. Et redémarre.

Nous y sommes. Un cauchemar, en vrai. Celui lors duquel tu te demandes s’il va prendre ta direction au feu. Celui lors duquel tu fais mine d’être détendue alors qu’en vrai tu flippes ta race. Celui lors duquel tu le surveilles dans ton rétro, sans bouger la tête, pour faire croire qu’en réalité tu regardes devant toi.

Il prend la même direction que moi. Clairement, il me suit.

C’est bizarre comme dans ce type de situation mon cerveau se met à délirer. Parce que concrètement, que peut-il m’arriver ? Je suis dans ma voiture, sur l’autoroute, et à moins qu’il ne me suive jusque chez moi et me saute dessus quand je descends de ma voiture (auquel cas soit je resterais dans la voiture jusqu’à dessèchement ultime, ou j’appellerais la police qui vendrait avec force de gyrophares, ou encore mon mec qui lui casserait les dents de devant en le tenant à pleins poignées par les cheveux), il ne peut pas m’attrapper ou me toucher physiquement en voiture.

Au lieu de ça, tu flippes, tu te demandes si sa voiture ne va pas se transformer en Monster Truck et avaler ta petite citadine en un seul coup de mâchoire. Ou se transformer en monstroplante. Au choix.

J’ai donc flippé sur 10 km, et puis il m’a doublée. Autant te dire que j’ai bien ralenti, je l’ai laissé partir loin, et j’ai fini par emprunter ce que les gosses et moi on appelle « les chemins secrets » (en vrai, un itinéraire bis).

Mais tout le long, alors même que je l’avais semé j’ai continué à regarder dans mon rétro. J’avais peur, j’étais inquiète. Et si, comme dans les films, il resurgissait de nulle part ? Et si c’était lui, là devant, au feu ? Et s’il m’attendait en bas de chez moi ?

Je suis enfin rentrée, chez moi, auprès de mon mec.

Ou comment en l’espace d’une heure tu passes d’un état de femme libre, sportive et émancipée à une bête traquée rassurée de retrouver son mâle et son terrier.

Colère, nom féminin, mais pas que.

Parce que quand je suis en jupe, je suis mal à l’aise dans la rue, alors j’évite.

Parce que’à force de m’être faite bassement accostée dans la rue, à maintes et maintes reprises, je marche le visage fermé, un point fixe en ligne de mire.

Parce que je me suis déjà pris une baffe à cause d’une cigarette, agrémentée d’un petit « sale pute ».

Et parce que je me suis déjà pris un « sale pute » à cause d’une  bouteille de limonade qui a giclé, alors que  j’étais serveuse. Cette pute de limonade.

Je soutiens l’ association « Colère, nom féminin ». Allez voir leur site ICI et leurs produits (graphisme sympa et logos piquants). Le tout vendu pour reverser les bénéfices utiles à payer des cours de mandale-dans-sa-gueule-bien-méritée.

Parce que quand j’imagine qu’une de mes filles va sûrement se retrouver dans la jungle masculine dans quelques années et que l’idée-même qu’elle puisse de faire insulter ou parler moche me donne envie de casser les pattes arrières de tout ce qui bouge.

Et en parlant de briser les pattes arrières, une petite anecdote qui j’espère va faire du bruit. En tout cas, je compte sur toi, ô lecteur averti, intelligent et engagé, pour en parler autour de toi.

Tu connais M6 ? Bon.

Tu connais l’émission « en famille » ? Non, toi non plus ? T’inquiète, tes enfants connaissent, au moins grâce à la cour de récré. Je ne mets pas de lien, ils seraient trop contents les cochons.

Et ben dans « en famille », ils ont salement pompé le fabuleux slogan « Ta main sur mon cul… », qu’ils ont salement imprimé sur des t-shirts cheaps (remarque, émission cheap, t-shirt cheap), et le tout, tranquille, décontractés du gland, sans en prévenir l’association. À l’aise. Décomplexion la plus totale du grand requin qui conchie le petit goujon.

Alors je le dis tout net : déjà que ça volait pas bien haut tout ça, mais si en plus cette émission, regardée par une tranche relativement âgée de la population et, bien plus inquiétant, par la moitié des CM1-CM2 du pays, commence à piétiner l’engagement des vrais gens, ce n’est pas possible.

Et tu veux que je te dise, en cherry-on-ze-cake de l’énervement ? En plus, M6 (ou la prof ou le CM de l’émission, on s’en fout qui) suppriment les commentaires « désagréables » sur leur page FB. Il assument grave leur rien du tout.

Moi je dis : courage, soutien, forza.

Déni de parents

Dédicace aux parents d’un enfant « différent ». Et aussi pour les autres, pour que germe en eux la graine du doute. Tiens, les profs, prenez-en de la graine (du doute).

« Les parents refusent qu’il soit « orienté »?
– Oui, mais faut pas se leurrer, leur gamin est en échec. Il va galérer d’année en année! Ils ne se rendent pas compte les parents, mais on n’est pas formés ! J’en n’ai pas qu’un de gamin, moi, ils sont 26…Et puis, il sait pas lire, il écrit pas, c’est tout juste s’il parle.
– Ouais, c’est sûr, ils sont dans le déni. »

Toc toc toc?
Qui est là?
C’est moi Cascouilla, la petite voix rabat-joie, qui s’immisce dans votre petite conversation pour vous poser quelques questions.

Oui, c’est vrai que le parent est souvent dans le déni. Rideau (musique):
Un couple, qui s’aime (ou pas, mais ça, c’est son problème) et qui fait un bébé. Qui le rêve d’abord, qui le fantasme. Et qui apprend au bout du premier trimestre de grossesse que ce bébé ne « va pas bien ». Qu’en tout cas il sera différent. Qu’il faut prendre une décision : le garder ou l’évacuer.

Ou pas. Certains parents le découvrent à la naissance.

Le couple décide de la garder.

Il arrive, il est mignon. Il pleure beaucoup, longtemps. Le jour et la nuit. Pendant des mois. Le cauchemar commence.
Arrivent les étapes des premiers apprentissages : les enfants des copines marchent à un an, tiennent assis depuis 6 mois. Et veulent manger seuls, et courent partout.

Pas lui. Il ressemble à un nourrisson.

Arrive plus tard l’entrée à l’école. Elle a cessé de travailler pour s’occuper de lui : il n’ira que le matin. Des séances de kiné, de psy, d’orthophoniste, d’orthoptiste viennent perler ses journées. Toutes ses journées.
A l’école, il mord. Il crie et tape les autres. La maîtresse, pourtant douce et expérimentée ne  sait que faire de ce petit « inadapté ». Avec les parents, ils obtiennent une aide, une EVS 6 heures par semaine. Deux matinées, donc. Le reste du temps, il ne fait presque rien
La mère, pour pallier à ce manque, propose elle-même de venir aider son fils en classe. On lui dit non, qu’elle n’est pas habilitée. Elle se sent exclue.
Arrive l’entrée au CP. Il connait quelques lettres, commence à savoir compter. Quant au reste, personne ne s’attend à ce qu’il puisse faire mieux. Il est toujours accompagné de son EVS. Des cris remplacent souvent les mots. Mais les mots ont fini par venir, petit à petit. Alors, il ne mord plus.

Au milieu du CP, on conseille aux parents un changement radical pour le CE1. On leur propose un institut spécialisé pour « ce genre d’enfants ». La mère, dont la vie entière tourne autour de son enfant (« Elle l’étouffe, elle ne le laisse pas vivre. »), est tétanisée à cette idée. L’enfermer dans un centre comme celui-ci risque de l’empêcher de progresser. Mais elle accepte d’aller visiter les lieux. Le père, lui, pense que ce serait une bonne chose que l’enfant soit pris en charge des journées complètes. Ils pourraient respirer un peu, se retrouver. Recommencer à s’aimer, peut-être.

Arrive alors la visite : la mère ne peut détacher son regard de ces enfants qui hurlent au lieu de parler, qui agressent, mordent et se mettent à courir sans aucune raison. Il y a aussi ceux qui ont le visage très marqué, et ceux qui parlent tout seuls. Et des enfants trisomiques. Elle est maintenant sûre que cet endroit n’est pas fait pour son fils. Le personnel est chaleureux, très prévenant. Mais n’empêche, ces barreaux aux fenêtres…

Non, c’est sûr, leur fils à eux n’est pas comme ça. Cet endroit n’est pas adapté pour lui.

« Les parents refusent qu’il soit « orienté »? demande Sabrina, l’EVS de la classe.
– Oui, mais faut pas se leurrer, leur gamin est en échec, répond la maîtresse. Il va galérer d’année en année! Ils ne se rendent pas compte les parents, mais on n’est pas formés ! J’en n’ai pas qu’un de gamin, moi, ils sont 26…Et puis, il sait pas lire, il n’ écrit pas, c’est tout juste s’il parle.
– Ouais, c’est sûr, ils sont dans le déni. »

Mais, BORDEL, qui, dans ce cas, ne serait pas dans le déni? A quel moment avons-nous oublié d’essayer de comprendre, de nous mettre à la place de celui qui a un enfant handicapé, un enfant dyslexique, un enfant précoce, un enfant gros, bref, un enfant différent? A quel moment le déni, forme primaire d’auto-protection humaine devient-il un délit?

Être dans le déni devient une sorte de faille. Mais ne pas l’être c’est aussi accepter. Et parfois, accepter signifie renoncer.

 

Des prisons et des hommes

Un billet pour réfléchir

J’ai toujours été attirée par l’univers carcéral. Pourtant, j’ai toujours été une enfant sage, très, voire trop respectueuse de la règle. Lorsque j’étais étudiante, j’ai fait partie un temps de l’association GENEPI qui propose aux détenus des activités organisées par les étudiants. J’ai aussi beaucoup lu sur le sujet lorsque j’étais en fac de socio (oui tu vois, j’ai fait une fac prestigieuse).

J’ai toujours été convaincue que l’incarcération telle qu’on la connaît en France n’avait qu’un seul but : punir, pas pour faire comprendre ni pour aider à changer, non. Punir pour faire souffrir. Comme une vengeance. Et pour moi, la vengeance concerne l’affect, elle ne devrait pas concerner la justice. Attention, je sens Monsieur Paul qui arrive avec son pote Mik (Paul et Mik = polémique, sympa le jeu du mot du soir, non?), alors je précise : oui si on touchait à une seule pointe du cheveu d’un de mes gosses, je pourrais tuer. Et donc punir pour faire souffrir l’autre. Réaction stérile dans le sens où elle ne changerait pas les choses, ni la personne en question, mais réaction humaine, de vengeance. Mais selon moi, ce n’est pas le rôle de la justice.

Bref, la prison en France détruit, rend bête et produit des assistés. Qui y retournent vite fait faute d’avoir appris à se débrouiller autrement.

Des prisons ou des cages?

Des prisons ou des cages? Photo Midi Libre

Je suis tombée sur un très bon reportage sur Arte que je te conseille vivement au sujet des prisons ouvertes : si tu veux faire un break avec la merde télévisuelle ambiante, va le voir en replay .
Il dépeint différentes prisons « ouvertes » c’est à dire qui ouvrent aux détenus une porte sur l’avenir, une formation, des conditions réelles pour changer. Et les chiffres sont là.
Pour exemple, la Finlande est excellente en matière de détenus, comme elle l’est en matière d’élèves à l’école (tiens, moi qui tends à bosser à l’école des prisons, je devrais peut-être aller travailler en Finlande…).
Pour contrexemple, la France est aussi mauvaise en matière de détenus qu’en matière d’Éducation Nationale. Mais ça, c’est un autre débat que je garde sous le coude pour très bientôt (j’entends des témoignages sur les profs en ce moment qui me donnent envie de casser le poste à coup de barre à mine…rien de moins).

Je pense donc que les prisons ouvertes sont une vraie solution pour faire baisser les taux de criminalité, et ce serait encore plus probant si on mettait le paquet sur la réussite scolaire des jeunes en France.
Je pense aussi que dans le cas d’un détenu incarcéré auparavant socialement intégré, une incarcération à temps plein classique ne peut que détruire la vie sociale et professionnelle du dit détenu. A qui on va ensuite demander de se réinsérer.
Sans le système de semi-liberté, une personne chère à mon coeur serait aujourd’hui SDF. Je lui dédie ce billet.