Le blues du cendrier

Parfois, je me dis que j’en fumerais bien une, là, tout de suite. Ça m’arrive de moins en moins souvent, mais quand même. C’était fréquent lorsque mes enfants étaient en plein terrible 2 (qui dure 10 ans) et que j’étais épuisée, énervée et que je me fâchais après eux pour si peu. Je me disais systématiquement que si j’étais sortie fumer une clope à ce moment-là, j’aurais pu reporter ma colère.

J’ai aussi envie de fumer en soirée, avec des amis. Je bois rarement, et très peu ; que voulez-vous, je roule sous la table après deux bolées de cidre doux. Mais une petite clope avec un petit Perrier Citron, rien de tel pour se sentir insouciante et légère. Libre. De façon plus classique, je songe à fumer après un bon repas aussi, évidemment.

Il y a aussi les jours où je monte sur la balance, et alors je me souviens avec nostalgie de toutes les fois où j’apaisais ma gourmandise avec une cigarette. Pas de carreaux de chocolat après le repas, mais une bonne vieille tige. Pas de prise de poids (mais une bonne vieille toux).

Je cultive une sorte de mirage quant à ma vie de fumeuse pourtant révolue depuis 11 ans. J’ai arrêté de fumer parce que j’étais enceinte et que je suis tellement touchée par la peur du gendarme, tellement bonne élève, que j’aurais pu crever de culpabilité à l’idée de d’enfumer deux bébés in utero. Je n’ai donc pas arrêté de fumer pour les « bonnes » raisons : j’ai arrêté par culpabilité, non par envie, ni raison.

Un arrêt difficile, très difficile, à base d’acupuncture inefficace et de gommes à gerber mâcher, de nerfs à vifs, et de passe temps favori = renifler les clopes des autres.

J’ai commencé à 14 ans, et j’aime autant vous dire que la cigarette a été mon tuteur, j’ai grandi autour d’elle. À 14 ans, tu es en pleine construction ; j’ai appris à penser, à vivre, à aimer avec elle. Alors forcément, quand il a fallu arrêter, j’ai dû apprendre à vivre différemment. J’ai vraiment réalisé ma dépendance psychologique à ce moment-là  : toute ma putain de vie tournait autour d’un mantra :

NE JAMAIS TOMBER EN PANNE

Ce qui signifie que le bureau de tabac était le premier commerce que je repérais lorsque j’ arrivais en vacances. Que la première pensée quand je changeais de boulot était : « À quelle heure est la pause (clope) ? ». Et que quand j’ étais invitée chez des potes non fumeurs pour la première fois, la pensée qu’ils puissent avoir un balcon ou non m’obsédait.

Toxico.

Je ne sais donc pas pourquoi cette nostalgie, un bon vieux « c’était mieux avant » peut-être. Oubliées les quintes de toux matinales, oubliée l’haleine qu’il faut masquer en permanence, oubliés les cheveux qui sentent, oubliés les doigts jaunis, oubliée la panique du manque, oubliées les dépenses cramées.

La réalité déformée de feu ma vie de fumeuse.

Comme toute réalité déformée, fantasmée, il arrive parfois qu’elle te saute aux yeux brutalement, dans toute sa vérité. C’est ce qui m’est arrivé le mois dernier.
J’étais à la piscine municipale avec mon fils, (qui pour sa part rejoue Le Monde Parfait d’Oedipe à chaque été passé à mes côtés tellement il est en fusion), histoire de venir glaner quelques verrues plantaires et champignons (ceux de cette affreuse pub pour les champs sous les ongles, tu vois ?), et nous nous faisions délicieusement sécher au soleil.

Un papa arrive, avec sa petite fille. On sentait le papa qui avait pris sa journée pour la passer avec sa fille, et qui avait bien décidé que rien n’entacherait cette journée spéciale. Il commentait tout, tout serait merveilleux, très bien ma puce, oui ma puce tu peux mettre ta serviette là, si tu veux, comme tu veux. Bref, comme on appelle ça avec mes gosses, c’était la « journée du oui ». Elle pourrait lui demander de faire m’importe quoi, un pacte avait été passé : ils passeraient aujourd’hui une très bonne journée (on laissera de côté le fait que la fillette a attendu environ 2 heures sur sa serviette à regarder les autres gosses jouer pendant que papa faisait sa sieste. Mais là, n’est pas le propos, je cesse de laisser aller ma langue de pute venimeuse).
Bref, ils s’installent, parlent du programme, établissent l’ordre dans lequel ils enchaîneront la baignade, le pique-nique, le trampoline et cie. Et puis, le papa demande à la fillette 5 minutes, parce qu’avant d’attaquer ce programme formidable, papa va fumer une petite cigarette.
La gosse fait preuve de patience par anticipation, puisque j’en connais plus d’un qui t’auraient fait comprendre que tu pouvais aller te faire taper avec ta clope, on était venu se baquer, oui ou merde. Mais elle, non.

Sauf que le papa devient tout blanc. Il ouvre la bouche, et avec une angoisse non dissimulée, il dit à sa fille (de 4 ans environ) :

« Merde, j’ai oublié mes cigarettes. »

Il regarde autour de lui, paniqué, fouille ses poches pour la 3ème fois, et laisse la panique le gagner.

« Putain, comment je vais faire…C’est pas possible…Fais chier de merde putain. » (Quand tu penses à tous les efforts que je fais pour éviter tout gros mot devant mes enfants, je me dis que je lâcherais un petit « merde » de temps à autre j’aurais encore quelques points pour le Paradis sous le pied).

La gamine regarde son père, et lui dit que quand même c’est pas grave. Il lui répond que si, c’est grave, c’est même très très grave.
On pouvait lire sur son visage qu’il se demandait même s’il pouvait décemment annuler la piscine pour retourner chercher ses clopes, ou même payer à nouveau l’entrée, après avoir fait habiller la gosse, rangé la glacière et tout le bordel. Il semble s’être ensuite souvenu du pacte de la super journée, pour laisser de côté ces idées saugrenues.

« Bon, je vais demander une cigarette à quelqu’un . »

C’est ainsi que la gamine a accompagné son père taxer des clopes à plusieurs reprises dans la journée, pour que le pacte soit.

Précisons une chose : point de jugement ici, évidemment. Tu sais pourquoi ?
Parce que que je ne me suis pas dit : « Rho là là quand même il exagère, hein, il peut bien s’en passer une journée. » Ni : « Non mais vraiment, devant la gosse il pourrait faire un effort. »
Je me suis surtout dit que si jamais je fumais encore, ça aurait pu être moi, là, exactement à sa place. À croire que j’avais oublié mon bien le plus précieux chez moi, et à ne pas pouvoir profiter de la journée sans. À imaginer les plans les plus fous pour apaiser cet état de stress et d’anxiété affreux. J’étais très mal à l’aise devant cette situation ; pas parce que je le trouvais minable, lui, ce papa qui faisait tant d’efforts pour donner le change devant sa fille, mais parce que je le comprenais que trop bien.

Ça a mis un sacré coup à mon fantasme tout ça.

Je me dis que ne plus fumer c’est avoir quelque chose en moins à penser, une aliénation de moins à gérer dans nos vies qui en sont déjà pleines. Un peu comme quand tes enfants sont suffisamment grands pour ne plus sortir avec ton sac à langer et tes couches alors que ça fait 10 ans que tu te trimballes ta vie (enfin leur vie) dans ce sac immonde.

Reprendre la clope, ce serait comme reprendre le sac à langer, alors que tu n’en n’as plus besoin.
Non merci.

Allez, salut !

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Au camping avec ta grand-mère (la prof)

Cela fait quelques années que nous partons en camping pour les vacances d’été. Et pas n’importe quel camping : les campings GCU.
Les campings où tu nettoies les chiottes.
Je vais t’expliquer tout ça. On n’en arrive pas là d’un coup, ça se fait par étapes.

Au commencement de la génèse du début se situe l’envie de partir en vacances avec trois enfants en bas âge, sans avoir les moyens d’une location pour 6. À la recherche du bon plan que toi seule connait, évidemment. C’est comme ça que de fil en aiguille tu te retrouves à taper « camping de prof » sur Gougle, parce que tu te souviens que tu t’es grave foutue de la gueule de ta copine instit’ quand elle est rentrée de vacances et qu’elle t’a raconté qu’elle payait moins cher son camping (de prof, donc) en échange de menus services.

Dont celui de nettoyer les chiottes.

Et là, tu te revois, en poufiasse professionnelle, prendre un air hy-per dégoûtée et lâcher un :

 « Ah mais moi, never je nettoie les chiottes des autres ! »

Mais quand même, quand j’ai vu le prix d’un mobilhome par rapport au prix habituel, j’ai regardé de plus près les conditions. Et vu que pour les gens qui sont en mobilhome (qui n’utilisent donc pas les chiottes) sont des bourges (rigole mais c’est comme ça qu’ils sont perçus, t’as qu’à voir le degré d’open mind), ils ne font qu’un petit service d’accueil. Genre accueillir les gens, leur dire de remplir la fiche, bref, se prendre pour un chef pendant deux heures. J’ai signé direct. D’autant qu’en réalité, que les mauvaises langues se ravisent : ce ne sont plus des campings réservés aux profs mais ouverts à tous.

On a passé un super premier séjour, dans un camping très calme et en pleine nature, sur la plage. Et ça, si tu es parent ou que tes souvenirs d’enfance sont limpides, tu noteras que c’est LE bon plan. Parce que perso, le seul fait de préparer son monde pour la plage, puis essuyer 35 chougnes, se taper un quart d’heure de bagnole en pleine canicule, marcher un autre quart d’heure chargé-e comme une mule sous la même canicule, peut me dégoûter à vie des vacances.

Et comme notre séjour fût fort agréable, on a voulu recommencer l’année d’après. Après quelques calculs, on a opté pour la version en-dessous du mobilhome : le bungalow-toile. Bien moins cher, plus spacieux, presque aussi confortable. Mais sans les chiottes, donc retour à la case départ.

Là, j’ai cessé de dire « never », j’ai opté pour « maybe ». Ensuite j’ai envoyé le meilleur mari du monde s’occuper du « service » ( = nettoyer le caca des gens).

Cette année nous avons sauté le grand pas et sommes devenus les heureux propriétaires d’un Van. Mais, là n’est pas la question, parce que la question c’est pas moi, la question de ce billet, c’est les gens du dedans du camping. Eux sont drôles, moi non.

Alors déjà, quand tu arrives, tu remarques le nombre incalculable de grands-parents qui gardent leurs petits enfants et les emmènent donc en vacances. Deux ou trois petits enfants, hein, pas un seul, sinon c’est pas du jeu. Et là, ça fout la chiale à chaque fois. Ça nous rappelle à notre condition non-grandparentale, et que c’est dommage et compagnie. En plus, ce sont souvent des profs retraités, pleins de patience et de pédagogie, qui vont partager avec eux la pêche à la crevette ou à la palourde (ou aux couteaux, j’en connais !) , les parties de belote endiablées, et les engueuler en levant l’index. Très important l’index, levé bien droit (des fois un peu crochu quand même) vers le ciel. Avec les sourcils froncés et la bouche en fion galinacéen.

Puis, tu te retrouves vite confronté au fameux problème transiso-intestinalo-honteux. L’envie de chier, quoi. Je ne parlerai pas de la mienne, non, moi je ne fais pas caca. Enfin si, que des pépites d’or quand je veux remercier quelqu’un. Non, je veux parler du jeu qui s’installe au fil des semaines, des années, je veux parler de « Dis moi comment tu chies et je te dirais qui tu es ». Et au simple bruit, tu t’amuses à dresser le portrait de l’auteur de cette production sonore. Le mieux serait ensuite d’être suffisamment couillu(e) pour l’attendre et comparer avec la réalité.

Un autre truc frappant, c’est la gentillesse des ados de ces campings. Les filles passent en ricanant et en chuchotant devant toi. Toi, pour qui ta propre adolescence te fait froid dans le dos à ton propre dos, tu t’imagines qu’elles sont en train de raconter leur dernier pelotage fantastique sur la plage ou combien de temps elles ont chronométré leur dernière galoche sur la dune. Mais non, elles parlent de comment leur prof d’allemand est trop sympa, quoi, elle a même donné son numéro de portable à ses élèves en fin d’année.
Ici, les ados sont en bandes mais jouent au ping-pong, au volley ou font du vélo, sont très sympas avec les petits, et plus que serviables avec les vieux. Ah, et aussi, ils SOURIENT.
Des faux ados en somme.

Un dernier truc qui m’a surprise la première fois : les gens passent leur vie sur leur vélo. Un genre d’Amsterdam en tongs et en maillot. Au début, je trouvais ça ridicule, le côté « je vais me laver les dents en vélo », « je vais faire chichi en vélo » (on dit chichi en portugais, j’ai appris ça il y a une semaine, j’avais besoin de le ressortir), « je vais voir ma copine en vélo », « je vais jeter la poubelle en vélo ».
Autant dire qu’aujourd’hui je chevauche moi-même mon vélo pour aller rassembler la tribu avant de manger. Sans parler du petit rouleau de PQ caché dans mon panier de vélo pour toutes les circonstances.

Ah et aussi, je suis toujours aussi surprise d’entendre les gens lancer le même « Bonjour ! » plein d’entrain (ou de désespoir d’ailleurs) quand ils déboulent au coin vaisselle que celui qu’ils lâchent quand ils débarquent en salle des profs.

Alors tout ça, c’est pour de rire, parce que parfois, c’est risible. Mais je dois t’avouer, lecteur juilletiste que le camping, ou plutôt ces campings-là m’ont réconciliée avec les vacances. Parce qu’à un moment, quand mes enfant étaient âgés entre 1 et 4 ans, j’avoue que les vacances me faisaient l’effet d’une énorme et longue piqûre de taon qu’il fallait en plus préparer comme si on partait en guerre et qu’il fallait ranger ensuite pendant des semaines.

Au camping avec ta grand-mère la prof, les enfants sont libres, ils vont et viennent à leur guise (avec des règles, hein c’est pas non plus la fête du slip), et dons ILS TE LÂCHENT LA TOUFFE. Et moi, ben je peux faire ce que tu es en train de lire, par exemple. Ou les ongles des pieds, ou encore fignoler mon maillot. Bref, un tant soit peu de liberté dans ce monde de brutes.

La majorité des adultes se connaissent depuis fort longtemps, ils viennent parfois depuis qu’ils sont enfants eux-mêmes. Ici, pas de méga piscine ni de méga soirée, pas de bracelets ni de conso à gogo. Beaucoup de vieux, des habitués, mais aussi des jeunes qui ont traîné leurs couches ici quand ils étaient marmots, et qui font traîner les couches (lavables, évidemment) de leurs propres marmots aujourd’hui. On retrouve dans ces campings tous les ingrédients de la vie des profs, finalement : des gosses partout, des soirées picole, des tournois et des jeux (oui cette année, la tendance chez les profs bourrés, c’est le Molkky), des soirées picole, encore des soirées picole, et…des réunions. Parce qu’une fois par semaine a lieu « l’assemblée de camps », savant mélange de conseil des maîtres et d’assemblée générale de copropriété, assemblée forcément nécessaire dans des campings autogérés.

Bref, ici règne un air de liberté et une ambiance bon enfant.

Bon nous, on parle à personne, hein. Faut pas déconner, on voudrait quand même pas être obligés de revenir l’année prochaine parce qu’on se serait fait des potes.

PS : En cadeau de ce billet, un conseil mode :
En bonne citadine qui te respecte, même au camping, essaie de garder la classe en toute circonstance. Tantôt mystérieuse sous ton chapeau de paille à larges bords et derrière tes lunettes fumées, tantôt joueuse avec ton petit panier secret, tantôt sportive avec tes méduses de star. Séduction assurée.
Crédit photo : Magueule

Méduses de mannequin

Méduses de mannequin

Mais qu'est-ce qui se cache dans mon petit panier secret?

Mais qu’est-ce qui se cache dans mon petit panier secret?

 

Je reprendrais bien un peu de vaseline…

Il y a un an, mon employeur m’a annoncé que mes horaires de travail allaient changer. Je travaillerais toujours le même nombre d’heures, mais étalées différemment sur la semaine. Je travaillerais donc le mercredi matin. Je suis instit’ (oui, je sais que tu sais, mais pense aux petits nouveaux qui ne savent pas.).

Il fallait donc qu’ailleurs, l’amplitude horaire change; nous finirions 3/4 d’heures plus tôt les autres soirs. Bon.

Au début, les « gens » étaient ravis : « Ben quoi, le prof, je vois pas pourquoi ça te conviendrait pas, moi je bosse le mercredi depuis toujours et je fais pas chier le monde. Tu vas enfin bosser un peu plus. » Admettons. Mais les gens se sont avérés aussi être des parents (d’ailleurs, petite parenthèse : beaucoup de profs sont des parents, vous le saviez vous? Et ils ont aussi des nounous, des cantines, des centres de loisirs. Et aussi, ils font caca (note pour les enfants qui n’en reviendraient pas…) Et puis, les parents se sont demandés comment ils feraient le soir pour récupérer leurs enfants plus tôt. Ils étaient fâchés finalement.

Sont ensuite arrivées les nounous, remontées comme des pendules molles car leurs horaires allaient changer; et puis à leur suite, les associations sportives  et culturelles inquiètes quant à l’éventuelle désertion des enfants de leurs cours les mercredis. Et puis les maires, fâchés de ce que ces nouvelles réformes allaient leur coûter.

Peu importait pour le ministre, les écoles, toutes les écoles devraient se plier à cette nouvelle réforme (qui coûte cher à tous, sauf à l’éducation nationale, notons-le au passage), sous peine de se voir infliger une amende juteuse. La ville dans laquelle je travaille a décidé de reporter cette réforme, mais mes collègues et moi savions que nous allions y passer à la rentrée 2014.

J’avais alors pour projet à moyen terme une formation qui entraînait un changement de poste et de ville; je me suis dit que tant qu’à passer à 4,5 jours, autant changer de lieu. J’ai donc décidé d’avancer ce projet et de le concrétiser à la rentrée prochaine.

C’était sans compter qu’aux dernières élections municipales, la droite passerait. La droite qui n’aime pas la réforme des rythmes scolaires non plus. Et qui a donc décidé de payer la forte amende (en plus d’être instit’ et parent, je suis aussi contribuable…je paie donc un poil la douloureuse). Et mes enfants, qui vont à l’école dans laquelle je travaille ?
« Vous n’avez qu’à les inscrire au centre de loisirs le mercredi matin, puisque vous travaillerez, et eux non. »
« Gratos? »
« Tu rêves. »

Ah.

Bon.

Enfin, cette semaine avaient lieu les inscriptions aux centres de loisirs pour l’été dans ma commune. J’y ai donc inscrit mes enfants une semaine début Juillet, et une semaine fin Aôut, pour travailler pour la rentrée. Et oui, car la pré-rentrée pour les instit’ aurait lieu le vendredi 29 Aôut. J’avais donc besoin d’un mode de garde pour préparer la rentrée.

J’apprends hier, par la radio (oui, car mon employeur ne m’annonce jamais les nouvelles lui-même, il préfère les projecteurs…et les commentaires à la con en direct qui les accompagnent), que la rentrée des élèves aurait lieu le 2 Septembre et celle des enseignants (pour leur faire plaisir car ces gros fainéants n’aiment pas bosser en Août) le 1er Septembre. Alors là, tollé général, gens en mode « Coupez-leur la tête  » devant les grilles de Versailles avec leurs fourches. Il paraît qu’on aurait demandé à rentrer plus tard (journée qui nous sera d’ailleurs demandé de récupérer sur des mercredis aprem), alors on n’a qu’à fermer nos gueules et être contents. Un con d’un syndicat du secondaire (collège / lycée) a dit que « Travailler en Août était psychologiquement insupportable pour les enseignants. » Hum.

Ah, je n’ai donc plus besoin d’un mode de garde pour préparer la rentrée.

On passe une fois de plus pour des gros glandeurs geignards (d’ailleurs, à propos de geignards, un jour on fera un débat salaire sur le blog, ça vous tente? Avec plein de sang et de fiches de paie déchirées).

Alors, oui, au risque de paraître un poil insistante, je reprendrais bien un peu de vaseline.

Ahmed, Luigi et la salade suspendue.

Si La Chronique Qui Pique est restée en sommeil ces deux dernières semaines, c’est parce que nous étions parisiens pour les vacances.
Là-bas, nous avons pique-niqué, beaucoup. Le plus pittoresque pique-nique que nous avons fait était à Porte de Clignancourt, au pied des H.L.M. Nous avons sorti, puis mangé notre repas. Au bout d’un moment, nous n’avions plus faim. Il nous restait alors sur les bras une salade de concombre, et un morceau de pain. Nous étions à côté de la poubelle….Mais face à Ahmed et Luigi, deux S.D.F. qui faisaient une sieste alcoolisée bien méritée…ou pas.

Que faire?

Leur demander s’ils en voulaient? Je ne te cache pas que j’étais impressionnée…Ce n’est pas parce que les gens sont dans la misère qu’ils se doivent d’être courtois. Et puis, j’étais en famille…Et ils avaient picolé. Ahmed, d’ailleurs, semblait s’être endormi au milieu de la conversation à bâtons rompus qu’il avait avec Luigi.

Envoyer les enfants leur proposer la salade et le pain? Franchement peu couillu comme attitude…

Alors, on a laissé là, sur le banc, notre salade de concombres avec sa petite fourchette blanche et son ami le morceau de pain. En nous disant que cela permettrait à Ahmed et à Luigi de manger au moins un légume par jour (pour qu’ils puissent manger-bouger un peu, eux aussi). Ou de la laisser là. Bref, d’être libre de refuser. D’être libre de trouver les concombres dégueu. .

C’est pas parce qu’on est SDF qu’on est obligé d’aimer les concombres, merde.

En même temps, si tout le monde fait ça, imagine le bordel...

En même temps, si tout le monde fait ça, imagine le bordel…

 

 

Amnésie nationale

Hier, ils ont voté. Et certains ont oublié. Ils ont voté Front National.

Peut-être qu’ils ne savent pas que Front National et Parti Nationaliste ont quelques similitudes?
Peut-être ont-ils oublié que la haine raciale est ce qui a motivé la création même de ce parti?
Peut-être ne savent-ils pas que s’ils sont déçus, ils peuvent voter blanc?
Peut-être encore croient-ils que « Mais non, le FN n’est pas un parti raciste, ça c’était du temps de Le Pen père… » (qui n’était « pas raciste non plus », rappelons-nous).
Ou peut-être encore sont-ils de gentils naïfs, qui s’imaginent que le recentrage sur son propre nombril, en fermant les frontières, la porte aux autres et en se débarrassant des différents est sûrement la solution qui sortira notre pays de la crise? « Gazons-les », dirait Dieudonné  à propos des Autres, des Différents et des Migrants, en pensant faire un trait d’humour…Ah, ah, ah.

Tiens, parlons de Lamine, qui habite Forbach et qui se gausse sur Europe 1 d’avoir voté FN. Lamine, tu déconnes, mec. Tu es vraiment sérieux quand tu dis : « La gauche, ils ont rien fait. Moi je suis radiologue et je suis au chômage. Ils n’ont pas arrangé ça ». Et le journaliste qui conclut : « Lamine, pourtant descendant de l’immigration, a placé tous ses espoirs dans les mains du Front National ». Tu déconnes, tu Dieudonnises, ou tu y crois?

TU CROIS VRAIMENT, LAMINE, QUE LE FN VA SE DÉCHIRER POUR TE TROUVER DU BOULOT EN PRIORITÉ À TOI, « DESCENDANT DE L’IMMIGRATION »?

Je crois vraiment qu’ils ont oublié qui était le FN.

Vous vous êtes faits endormir les gars. Réveillez-vous, vous devenez dangereux et flippants. Putain.

 

J’aurais pu vivre (et mourir) en 1979

Pour :

  • La musique : le disco,  les grands-parents de Daft Punk (Morroder and co), Bob Dylan, Les Pink Floyd, Aretha Franklin, Bob Marley.
  • Les films  : Love Story (mon côté mièvre), Le Parrain (mon côté mafieux), Apocalypse now (mon côté antimilitariste), Vol au-dessus d’un nid de coucou (mon côté chtarbée), Taxi Driver (mon côté « You fuck my wife? »), Midnight Express (mon côté camelarde).
  • Les comédies musicales : Hair,Grease .
  • Les bouquins : Flash ou le grand voyage, La nuit américaine.
  • Le boulot : même si choc pétrolier oblige, on ne croulait pas sous les propositions de travail, on avait quand même le choix. Je me serais peut-être tirée de l’E.N….quoique, être insti’ aujourd’hui et l’avoir été dans les seventies n’est pas le même métier. Peut-être aurais-je travaillé pour un journal parisien, façon La Nuit américaine, en fumant clopes sur clopes et en enquillant les interviews de vedettes plus vraies que nature (le plastique n’était pas encore fantastique).
  • Les idéologies : on y croyait et surtout la jeunesse…les vieux avaient fait la guerre, ils n’étaient pas très drôles. Bref, mais 68 et tout ça…j’aurais fait un malheur. Je me serai battue becs et ongles pour la pilule, l’avortement et contre la peine de mort. Et les cons.
  • Les fringues.
  • Le formica et les tabourets Tam Tam orange.

Malheureusement pour moi, 1979 c’est la date à laquelle je suis née.