Ou comment je me suis faite adopter par la famille Crawley

Comme ça faisait un sacré bail que je n’étais venue poser mes mots par là, je me demandais comment j’allais renouer le contact. Le problème est que ce serait forcément avec un sujet grave. Parce que depuis la rentrée, c’est grave. Mes élèves, c’est grave, mon collège c’est grave, la vie, c’est grave.
Sans parler des élections. Que dire ? Rien, à part que tout cela tourne en blague capillaire mondiale et me pousse de plus en plus vers la désertion et l’abstentionnisme.
Mais passons, point de gravitude aujourd’hui, légéritude only.

Étant donné que je n’avais pas envie de venir vous plomber le moral et vous coller les deux pieds dans le ciment pour un bail, j’ai passé mon chemin.
Et puis me voilà, ce soir, à écrire ces bricoles en écoutant une playlist des années 80 qui me donne envie de sortir danser jusqu’au bout de la nuit et de picoler des litres de Whisky-Coca en suçant des glaçons jusqu’à la mort pour exorciser tout ça. Comme dans Polisse, t’as vu, Joey Starr c’est oim.

Je viens partager un remède aujourd’hui, quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, et tu vas voir que c’est peu dire.

Parce que j’ai trouvé le remède aux mots, aux maux qu’on encaisse toute la semaine. « Nous » sont ceux qui baignent dans l’agressivité verbale permanente, l’agitation et le brassage physique, les couloirs qui résonnent, les murs en cartons qui laissent entendre le collègue d’à côté qui se fait brasser par ses 4èmes, les portes qui claquent et les adultes qui poussent des gueulantes. Les « Nique ta vieille mère », et les « Ferme ta chatte », les « J’men bats les steaks » et les « Couilles », les « Tête de mon grand-père », et tous les membres des familles qu’on imagine sans tête, courant affolés comme des volatiles qu’on aurait décapités. Les « C’est pas moi », « J’ai rien fait », « Vas-y, j’l’ai pas », et tout le reste. Nous, donc.

Je ne travaille pas le lundi, j’ai condensé mes heures sur 4 jours. 4 jours intenses, 4 jours pendant lesquels je serre tout : des dents aux fesses, en passant par les noeuds que je finis par avoir dans les épaules. Mais le lundi, bordel…

Le lundi, c’est cup of tea. Parce qu’il y a peu, j’ai découvert, avec quelques années de retard, Downton Abbey. Une merveille.

Avec un Thermos de tisane, mes classeurs de boulot et mon ordi (oui je bosse pas mais je bosse, on dirait que je ferais du télétravail, ok ?), sous un plaid : que demander de plus ? Rien de tel que l’heure du thé, les femmes de chambre, les livrées, les changements de tenue pour descendre dîner, les bals, les courses de chevaux, les chapeaux, les toilettes, les gants, les ladies et les vieilles biques méchantes mais pas trop…pour me faire oublier les jets de chaise, ou les giclées de vernis à ongle dans la tronche des copains de mes élèves.

J’ai eu un peu de mal à tomber dedans, j’avais l’impression d’un téléfilm de la 6, tu sais ceux devant lesquels tu chiales ta race pendant tes grossesses mais que tu es tellement triste de quitter au bout de 9 mois. Donc si tu es « nous » ou que tu as besoin de quelques grammes de douceur, n’hésite plus.

J’ai découvert cette merveille reposante sur Netflix, qui ne diffuse que 5 saisons, avalées en quelques lundis, et puis, comme une camée, j’ai reniflé partout pour savoir s’il n’y avait pas une suite et j’ai découvert que ma médiathèque avait la 6ème, mais qu’il me fallait attendre car elle était déjà en prêt.

J’ai surveillé ma boîte mail, tous les jours, en reniflant les touches de mon clavier, le coeur battant et la bouche sèche. Et puis la nouvelle est tombée, comme un cadeau divin : « Votre réservation est disponible à partir d’aujourd’hui et durant 10 jours ». Des larmes de joie.

Lundi dernier, j’ai fini l’épisode final. Rideau.

Sauf que je ne suis pas prête. Un peu comme une rupture sentimentale avec laquelle tu n’es pas d’accord. Une frustration pas possible.

Qui va me raconter ses histoires arrosées de thé, de gens à la vie tellement douce qu’on dirait un conte, d’exotisme d’ailleurs et d’avant ? Qui va panser mes plaies au coeur, et me faire oublier la misère, la détresse et la colère de ces esprits perdus et torturés ?

Je vous le demande : qui ?

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Quand je bois le thé avec mon amie Violette. Wesh, Vio, kest’en dis ?

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ITW politico-psychanalytique : le système scolaire français

C’était la rentrée, et pour fêter ça, je n’ai pas eu envie de te coller la photo de mon dernier affublé de son cartable Toun’s tout neuf (qui pourtant est entré au CP, j’en ai les ovaires tout retournés) et de mes deux grandes qui réclament un déo parce qu’elles sont en CM2. Non, j’avoue ne pas avoir le pas et la conscience légère cette année encore. Des envies d’ailleurs me traversent chaque été, même si je me sens aujourd’hui à la bonne place professionnelle, ou du moins à celle qui me sied le mieux dans un système qui me contrarie de plus en plus. Cela faisait longtemps que je projetais d’écrire un billet sur le système scolaire français, mais il me paraissait insurmontable, tant de choses à dire, tant de points à améliorer, à effacer et à recommencer. Je suis donc tombée sur cette vidéo qui raconte le système éducatif finlandais, et je l’ai suivie point par point pour dépeindre le nôtre. Alors, je vais évidemment prendre les précautions d’usage, hein, une fois de plus, je ne parle que de mon vécu, bla bla bla et tout le reste.

D’abord, regarde ça :   Vidéo sur l’école en Finlande

Parlons maintenant de notre système scolaire. J’ai repris des mots du journaliste qui pose les questions, mais aussi des personnes interrogées pour m’ exprimer. Toute ressemblance n’est donc absolument pas fortuite.

Comment décrire le système éducatif français ?
Beaucoup de bureaucratie, des tonnes. Les enseignants, les directeurs passent un temps fou à remplir des documents.
Le maître mot est la réussite scolaire.
Le ministère ne fait pas confiance aux autorités locales, qui ne font pas confiance aux enseignants. Nous avons des inspections (en théorie tous les 3 ans, mais en pratique tous les 4-5 ans), avec une visite de deux heures effectuée par un inspecteur et beaucoup de comptes à rendre par écrit (qui priment souvent bien plus que la pratique et la manière d’être avec les élèves).
On ne classe pas les écoles, mais les collèges et les lycées. D’ailleurs, on triche beaucoup pour maintenir ou relever les taux de réussite au Brevet et au Bac : dans le privé, on choisit les élèves qui présentent peu de risque d’échecs et dans le public, on demande à des élèves de ne pas se présenter le jour de l’examen.
Nous ne consacrons pas notre temps à enseigner, mais à évaluer. Les profs sont notés, les élèves sont notés. L’essentiel est d’être dans les cases. Les maîtres ont un master en 5 ans aussi, ils s’entraînent dans de vraies classes aussi (en REP, c’est plus riche), ils font des exposés sur les différentes pédagogies, ou des fiches, mais ne les travaillent pas vraiment. Ils étudient très peu la psychologie enfantine. On tient à leur apprendre qu’ils doivent se débrouiller seuls. En formation, on critique beaucoup les manuels, et on incite les futurs professeurs à construire tous leurs cours, à les fabriquer, laissant très peu de place à leur vie privée d’une part, et à la maturation des idées d’autre part.
Nous parlons beaucoup de différenciation pédagogique, de difficultés scolaires mais très peu, voire pas, des intelligences multiples. L’intelligence d’un enfant doit être scolaire, point. Bien sûr, les cas particuliers sont aidés. Le problème est qu’ils sont tellement nombreux, que parfois, dans des milieux difficiles, des classes entières deviennent des cas particuliers.
L’école ne gère plus les cas particuliers, elle met les élèves en situation de cas particuliers.

En France, il est important de bien se tenir en classe. On pense que si l’ambiance est très stricte, ça les rassure et ça leur permet de se concentrer.

Quelle est la différence entre l’école d’autrefois et celle d’aujourd’hui ?
Avant, ils étaient 40 par classe, et ils étaient assis en silence, comme des piquets pour ne pas se faire remarquer. Et le professeur faisait cour devant la classe. Aujourd’hui, ils sont 27 par classe en REP+, et ils sont assis en silence, comme des piquets pour ne pas se faire remarquer. Enfin, c’est ce que nous aimerions, mais les élèves ont changé, beaucoup viennent d’ailleurs et mènent des vies souvent très difficiles et mouvementées, et n’adhèrent pas du tout à ce fonctionnement. Ils le font savoir et s’opposent aux enseignants avec de plus en plus de virulence. Mais on persiste à leur demander de s’adapter à l’école comme le faisaient les générations des années 60 à 80.
Les élèves n’ont pas le droit de parler parce qu’ils deviennent vite « ingérables », ils n’ont pas le droit d’échanger par ce qu’on craint qu’ils trichent. Le professeur est une autorité, une sorte de Dieu.
Au collège, seules les matières comptent.
Au CP, chaque enseignant à sa méthode de lecture. Si l’élève ne sait pas lire à la fin de l’année, on lui proposera de refaire une année de CP (et de consulter un-e orthophoniste).  Le système éducatif français a bien conscience que tous les élèves sont différents mais son objectif est de les faire tous entrer dans le même moule, au même moment.

Les enseignants ne mangent plus à la cantine avec les enfants. Les enfants sont gérés par des animateurs parfois très jeunes, parfois très inexpérimentés. Le moment du repas pourrait être un moment partagé de détente.
En France, en étant si proche, on craint de perdre toute autorité. On pense que la seule la peur de l’adulte fait autorité.

Avant, entre 7 et 10 ans, l’école était entièrement gratuite (sauf pour la cantine). L’école fournissait la totalité des fournitures scolaires, excepté trousse et cartable. Aujourd’hui, quel que soit le milieu social des élèves, l’école demande une liste de fournitures en début d’année scolaire, avec plusieurs rappels dans l’année. La cantine scolaire coûte de plus en plus cher et propose une alimentation de moins en moins goûteuse.

En France, l’école est un enjeu politique. Après les élections, quand les gouvernements changent, on chamboule le système éducatif. De temps en temps, de façon aléatoire, les programmes changent et s’alourdissent. C’est toujours un bras de fer entre le ministère, les enseignants, et les parents.

L’objectif de l’école en France est de fabriquer des professions intellectuelles.  Excepté pour les parcours adaptés, les élèves français doivent attendre d’avoir 15 ou 16 ans pour sentir s’ils sont plutôt « intellectuels » ou « manuels » (l’élève « manuel » étant toujours considéré comme un élève de seconde zone), s’il a la chance d’avoir eu les capacités de tenir bon toutes ces années. 

Voilà ma Valda du jour.

Allez, salut !

Le radeau – Introduction

En arrivant, je pensais trouver des élèves limités, neuneus comme ils disent, bêtes parfois, stupides d’autres fois. Certains d’ailleurs sont très limités en compréhension, c’est vrai, et c’est ce qui les empêche de progresser normalement. Ils sont là pour que malgré cela, je puisse les aider à apprendre et se construire.

Ce n’est pas le cas de tous. D’autres ont des troubles de la mémoire, une carte mère qui n’imprime pas. D’autres ont des troubles du langage écrit (que tout le monde connaît sous le nom de dyslexie), associés avec des troubles de la mémoire et des difficultés de compréhension.

Joli package.

Et puis il y a les autres. Ceux que je ne pensais pas trouver là, et qui sont une rencontre explosive pour moi. Explosion nerveuse, explosion de sentiments, explosion de colère parfois, explosion d’amour. Ce sont ceux qu’on appelle les « empêchés de penser », ceux que la situation familiale ou environnementale a laissés sur le carreau, parce qu’ils n’avaient pas les ressources pour lutter. Ceux qui ont la « pensée figée ». Frozen. Ceux pour qui apprendre, c’est se mettre en danger, et qui ne travaillent plus, ne progressent plus, n’apprennent plus. À tel point qu’on a pu les trouver déficients pour des tests. Et qu’ils sont aujourd’hui ici.

Les voici tous sur mon radeau.
Les déficients, les multi-dys, les figés.

Une partie des éclopés de l’école, en somme.

Sur mon radeau, on rame ensemble.
On rame en Français. On rame en Maths. Surtout moi, en vrai.
On rame en Histoire. On rame en Géo. On rame en Sciences Physiques. Surtout moi encore.

Et puis on parle, beaucoup. Eux parlent surtout, et moi j’écoute. L’injustice, la souffrance, la stigmatisation.
« Ils disent qu’on est handicapés. Quand je viens ici, je me cache. »
« Je sais pas pourquoi je suis là. »
« Un jour, ma mère m’a dit que j’allais changer d’école. C’était en primaire. Et puis, un taxi est arrivé. Je suis monté dedans, et il m’ a emmené dans ma nouvelle école. Et là, je suis entré dans une classe où on n’était que 12. C’était une CLIS, et je comprenais pas pourquoi j’étais là avec ces élèves bizarres. »
« Le prof de techno, il m’a fânée, de toute façons, j’irai plus dans son cours de merde. J’y comprends rien. »
« J’ai rien compris à la leçon de physique et j’ai un contrôle demain. On peut la travailler ? »

J’écoute, je cajole, je recadre surtout. « L’étayage », dit-on en pédago.

Je sors ma boîte à outils, je bidouille, je répare, j’ajoute une rustine, je les regonfle un peu, je leur serre un peu la vis. Ils repartent un peu moins abîmés, au mieux. Jamais remis à neuf.

Je leur fabrique des outils, des aides, des béquilles qui leur permettent d’être moins bancals, au moins pour un instant. Le temps d’une lecture, d’une leçon, d’un exercice.

Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire, de partager ça avec vous, parce que je suis tellement avec eux. J’ai eu besoin de recul pour vous les raconter.

Et ouvrir une nouvelle rubrique que j’appellerai « Le radeau ».

À très vite, alors.

Allez, salut.

La tête à Régine

Pour une fois dans ma vie, on m’avait dit « Tu as de beaux cheveux, laisse-les longs ça te va bien. » Malheureusement , j’avais déjà amorcé le processus psychologique  du « Un an et demi sans coiffeur, je dois y aller pour ravaler tout ça » qui, une fois ancré, ne pourrait jamais plus sortir de ma tête.  Ma voisine m’avait conseillé un très bon coiffeur, cher mais tu t’y retrouves, regarde, au moins ils savent vraiment faire une coupe. Et c’est vrai que sa coupe était chouette à ma voisine, et que ça lui allait bien. Alors, je me suis lancée.

Me voilà partie, légèrement maquillée parce qu’ayant de gros antécédents coiffeur, il y a des erreurs que je ne souhaite plus commettre, parmi lesquelles le fameux « face to face avec ta gueule blafarde pendant 3 heures, à égrener tes rides naissantes et tes petites rougeurs une par une, sans parler des quelques chkoumabcs qui te décorent la tronche ». Assez sûre de moi quand même : on raccourcit un tout petit peu mais on structure, et on fait quelques mèches pour faire ressortir mon blond naturel. Garde bien ce concept en tête pour la suite, c’est TRÈS important, la vérité.

Je pénètre dans l’antre de la bourgeoise lyonnaise, et contrairement aux habituelles et bruyantes fourmilières que constituent les salons de coiffure en général, me voici projetée dans un monde feutré de beauté et de délicatesse . Un peu comme dans la pub Ferrero Rocher, tout blanc et tout doré, tu vois. Je suis prise en main dès mon arrivée, et on me présente MA coiffeuse.

« Bah, j’ai décidé d’y mettre le prix, alors, faut ce qu’il faut, hein. Imagine le pire des prix qui puisse t’arriver…Je sais pas, genre 150 euros. Nan mais quand même, ça n’ira pas jusque là. Détends-toi, laisse-toi guider, jette les dés, aléa jecta et compagnie. », songeai-je alors.

Tu parles, mektoub, oui.

Je raconte donc mes problèmes capillaires à MA coiffeuse, qui détache mes cheveux du bout des doigts, avec une once de dégoût, un peu comme si elle touchait de petits filaments de merde, et me dit, de sa douce voix qui sort de ce petit corps fin et fragile et bien habillé et trop bien coiffé avec une frange qui tue et que je n’aurais jamais pour cause de queues de rats frontales :

« Ah, mais là, c’est trop long, ça n’est pas possible, il n’y a plus rien là. Il faut couper d’au moins ça (et elle coupera évidemment plus, comme elles le font à chaque fois). Allez, on va faire un léger shampoing. »

« Léger shampoing ». Papam, papam, j’ai le portefeuille qui palpite. Je viens donc de passer la frontière et de pénétrer de l’autre côté, ce côté où des expressions telles que « Léger shampoing » règnent en maîtresses.

J’aurais dû partir de suite, en courant, avec mes cheveux sales détachés. Au lieu de quoi je me suis laissée légèrement shampouiner.

Arrive ensuite la coupe, et là je découvre que dans le salon Ferrero Rocher, on te coupe les chrals debout. En partie, du moins. Bref, elle coupe plus que promis, et me glisse d’un air complice : « Moi, j’aurais même coupé plus, non ? »

« Non. »

En quelques instants, je viens de perdre le compliment de l’année en même temps que 15 bons putains de centimètres. Elle fignole, elle sèche et m’accompagne au fond du salon pour rencontrer la « technicienne ». Celle-ci me regarde, et me demande : « Alors, on éclaircit un peu, c’est ça ? », parce que dans les salons Ferrero Rocher, on communique entre MA coiffeuse et LA technicienne, on souffle discrètement dans les couloirs les désirs des clientes. Elle est donc déjà au courant de mes projets capillaires avant même qu’ils n’aient eu le temps de sortir de ma bouche.

Et là, je ne sais pas ce qui me prend, une sorte de bouffée délirante peut-être, mais je tourne la tête et tombe nez à nez avec mon fantasme de longue date : avoir les cheveux roux. Enfin, roux blonds, genre vénitien, un peu plus fun que ma couleur blond lavasse qui accompagne mon teint blanc lavasse. Ma voisine de fauteuil, une délicieuse quadra Barbara Gould, arbore un très joli blond roux qu’elle s’apprête à massacrer en je ne sais quelle couleur. Je pointe mon doigt dans sa direction et je décrète : « En fait, je veux ça. Mais encore plus naturel. Comme mon fils, il est blond vénitien, vous savez. » Montée de lait et coeur qui bat.

Elle me regarde et hausse le sourcil, tu sais celui qui te signale « On s’en bat les glinches de ta vie », et se lance dans une tirade comme quoi c’est sûr qu’un ton plus foncé m’irait bien mieux, qu’avec mon teint triste, il me faut quelque chose pour rehausser tout ça, et qu’en effet on pourrait faire quelque chose de plus chaud, et blablabla. Et qu’ensuite on pourrait faire quelques mèches pour éclairer le tout et pour un effet plus naturel.

À ce stade de l’histoire, je précise une chose : « naturel » pour toi et « naturel » pour une coiffeuse n’est pas le même terme.

C’est parti pour une petite transformation. Après m’avoir enduit les cheveux du dernier produit qui, contrairement aux autres ne te nique pas les cheveux (dixit sa gueule), la technicienne décrète qu’il faut laisser poser 20 minutes.

Je me détends, me laisse porter. Une petite tuile aux amandes ? Oui, merci. Une mignardise ? Merci. Je savoure ces nombreuses vaselines, toutes plus délicieuses les unes que les autres. Putain, la note risque vraiment d’être salée.

Une élégante blonde décolorée vient me voir, s’enquiert de la couleur que j’ai choisie et me lance, un brin aguicheuse : « Blond vénitien? Excellent choix ! On se voit un peu plus tard pour le maquillage, il va falloir changer un peu des choses, parce que là… »

Sympa. Mais bon, quand tu as les cheveux en l’air couverts d’une pâte brune bien douteuse, tu n’es pas en position de l’ouvrir.

Je jète un oeil sur ma montre, et je constate qu’on y est presque.

Et deux minutes plus tard, on y est. Les vingt minutes sont bel et bien écoulées.

Et cinq minutes plus tard aussi.

Tu le vois le foirage capillaire? Le énième mother fucking foirage capillaire de ma vie ? Parce qu’en même temps que s’égrènent les secondes, et que je lorgne la technicienne qui termine de mécher une autre de ses fidèles clientes qui raconte qu’elle sera très certainement en même temps que Jean Étienne dans l’avion pour Marrakech demain, me reviennent à l’esprit le coup de la permanente qu’on avait trop laissé poser (en m’accusant ensuite d’avoir les cheveux qui prennent trop vite), ou le fameux auburn de l’adolescence censé disparaître en six shampoings et qui n’était jamais parti, me laissant des mois de repousse durant à l’état de malabar bigoût.

Enfin, on s’occupe de moi, on me rince et on m’enrubanne dans une serviette. On me dirige vers le séchage (deuxième fois), et c’est lorsque la petite stagiaire à qui on a confié cette ingrate étape de ne sécher qu’une partie de mon crâne enlève la serviette que je découvre la triste réalité malheureusement peu surprenante : j’ai les cheveux auburn. Ou rouge orangé. Je m’inquiète, on me dit que non, qu’au séchage ça va éclaircir, que les mèches blondes vont éclairer tout ça, et qu’au fil des shampoings la couleur va s’estomper, c’est une couleur qui part en cinq semaines putain mais vous déconnez on m’a déjà fait le coup des six shampoings et du Malabar bigoût, merde.

Je passe aux mèches, et je regarde mon bourreau, qui se gargarise d’avoir trouvé la couleur qui m’allait le mieux au monde, hein Nadine que c’est magnifique avec son teint ?

Mais, étrangement, elle laissera poser les mèches bien moins longtemps, et les surveillera de près, celles-ci. Nous finirons d’ailleurs par les surnommer « les mèches invisibles », le reste ayant tellement pris qu’il n’y avait plus d’écailles capillaires disponibles pour absorber le balayage.

Elle tartine donc, elle laisse poser vite fait, et puis, on rince, on shampouine normal, et à nouveau, on se dirige vers le séchage. Et tout en m’accompagnant vers mon destin roux, elle me glisse : « Vanessa va vous maquiller ».

PANIQUE.

Me viennent à la bouche :

« J’ai rien demandé, et j’ai une peau à problèmes »

«  C’est de la vente additionnelle ? »

« J ‘ai pas que ça à foutre »

« Vas-y, dégage, sèche moi vite tout ça, que je me casse et que j’aille chialer dans ma voiture tranquille mémère . »

Mais seuls les mots : « Il y en a pour longtemps ? Je suis un peu pressée, vous savez » sortent de ma bouche. Putain de formatage éducatif et de surpolitesse.

Alors là, c’est l’instant de gloire de Vanessa, qui se prend pour je ne sais quelle maquilleuse professionnelle d’une chiure de téléréalité, et qui te conseille, qui te raconte en gros qu’avec la gueule que t’as et tes rougeurs, tu ne PEUX pas te PERMETTRE de ne pas mettre de fond de teint.Quoi ? Une poudre seule ? Non mais c’est pas possible, regardez cette poudre-fond de teint, elle est magique, d’ailleurs elle ne met plus que ça, et blablabla, enroule-moi dans des couches et des couches de mythologie cosmétique.

La voilà donc, Vanessa la maquilleuse (qui visiblement n’est pas plus diplômée que moi mais occupe un emploi fictif pour cause de coucheries patronales), qui va en un éclair se transformer en Vanessa l’artiste peintre, ou encore en Vanessa Damidot. Et par là-même, transformer  ma gueule en toile de maître ou en mur recouvert de tadelakt. Tout en se trémoussant, et en me glissant des petits : « Mais, non, c’est léger, c’est hyper naturel ! ». Rappelle-toi ce que je t’ai dit sur le naturel et les coiffeuses, et ben ça marche pareil pour les maquilleuses.

Et me voilà donc, moi aussi, avec une gueule de panda dégoulinant, mais non c’est même pas noir, c’est prune (mon cul), et c’est si léger qu’on ne peut pas faire moins. « Hein Jacqueline, tu trouves pas que ça lui va super bien, avec ses yeux et sa nouvelle couleur ? Tu te souviens quand elle est arrivée…Franchement, c’est le jour et la nuit! ». Nous y voilà, quand je suis arrivée j’étais donc un cageot sans saveur, ennuyeux et insipide et me voilà enfin ressemblant à quelque chose. # BITCH.

Une furieuse envie de chialer me prend, d’essuyer ma gueule et d’arracher mes cheveux, et de retrouver celle que j’étais deux heures auparavant. Et alors qu’elles ne cessent de complimenter leur travail, la maquilleuse me sort : « Je suis sûre que dans votre quotidien, vous pouvez vous permettre de vous maquiller un peu plus, comme maintenant ». Hum.

MAIS TU SAIS QUEL EST MON JOB, HEIN ?

Me voyant au bord du gouffre, elle daigne en enlever un peu avec un mouchoir; selon ses dires, elle me fait une faveur. Sainte Vanessa.

L’instant de vérité approche : le séchage final. J’espère encore que ma couleur va éclaircir en séchant, que c’est une illusion d’optique et que tout ça n’est qu’un malentendu. Et non, j’ai bien cette tête :

cheveux

T’as vraiment cru que t’allais voir ma gueule ? Hé hé.

Ici s’achève mon histoire, et j’imagine que tu es taraudé-e par le coût de mon ravalement. Sache que ce petit divertissement m’a coûté la modique somme de 207 boules.

Non, tu ne rêves pas. Oui, le maquillage vilain était gratuit. Oui, les mèches invisibles ont coûté le même prix que la couleur . Oui, elles sont toujours invisibles. Non, les gâteaux-vaseline n’ont pas suffi, ça m’a fait bien mal.

La question primordiale est de savoir si le fait que la couleur s’estompe est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Thèse : c’est une bonne nouvelle car c’est trop foncé, on devrait alors s’approcher de la couleur visée.

Antithèse : ben putain, à 207 balles je devrais la garder ad vitam eternam.

Synthèse : la prochaine fois, j’irai chez Moreno putain.

Allez, salut.

La pénible histoire du pull de Noel, l’histoire de toute ma vie

Comme beaucoup de français en ces temps tristes et lugubres, Noël est une période qui me file les boulasses, le cafard, l’araignée, la muerte. Mais cette année, j’ai décidé de trouver un antidote, d’inverser la vapeur de Noël.

Voici donc une histoire, un petit conte de Noël, où tu apprendras pourquoi je risque de passer le Réveillon du jour J en pyjama blanc à rennes rouge.

Il était une fois moi (oui, autant d’égocentrisme appelle à la gerbe, mais que veux-tu, il n’est pas encore venu le temps des cathédrales où le poète me prît pour sa muse et qu’à mon sujet une histoire il écrivit, utilisant de fait le pronom personnel « elle »).

Bref, il était une fois ma gueule, qui, après avoir tenté de négocier une petite escapade de fin d’année en Suède avec son cher et tendre (tentative qui s’est avérée être un échec commercial bien plus important que celui d’Halloween cette année), décida d’affronter ses démons, de prendre le taureau par les burnes cornes, et de regarder Noël, les yeux dans les yeux, face to face, et de l’affronter comme personne. Comme l’autre là, avec le Minotaure.

Pour amorcer ce nouveau pan de ma vie d’adulte, j’ai décidé d’en faire des caisses à Noël cette année.

À commencer par inviter mes BP à bouffer le soir du Réveillon. Et si tu connaissais mes BP, je te jure que tu déclarerais que l’invitation aux BP pour le Réveillon est déductible des impôts, au même titre que filer des ronds à une asso cari (bah, si on dit asso, on dit cari, ou sinon on dit association caritative et c’est bien plus long et bien moins sexy). Pas rapport au fait qu’ils bouffent beaucoup, non… Rapport au fait qu’ils sont tellement … comment dire … je dirais … so (je cherche en anglais, I’m bilingual of course)…inqualifiables. Voilà.

Ne supportant plus les Noël chez eux, face to face avec mon plat surgelé, j’ai pris le taureau par tu sais quoi, et j’ai décidé d’affronter tu sais qui et de les inviter à bouffer (à moi le Paradis et les 36 puceaux érectiles).

Donc là je réfléchis jour et nuit au menu, je voudrais bien sûr leur donner une leçon de Noël. Je ne vois déjà jeter le plat sur la table en gueulant : « ÇA, C’EST DU PLAT DE NOEL MA RACE, C’EST POURTANT PAS COMPLIQUÉ PUTAIN ».

Dans un souci d’homogénéité, j’ai également viré toutes les décorations Noël-mais-pas-trop, comme les boules marron et les guirlandes violettes. Cette année, seuls le rouge, le blanc et le faux renne empaillé ont droit de séjour dans mon salon.

Pour continuer dans cette lignée (on remarquera que j’ai laissé tomber le style contique  du début, ça commence les bonnes résolutions qu’on tiendra jamais), j’ai décidé de fêter la présence de Primark à Lyon et Noël en même temps en m’y rendant la première semaine de l’ouverture (détail qui fait foi de ma motivation noëlique de cette année) et en en ressortant avec des pyjamas de Noël. Tradition de l’Avent oblige,  je les ai laissés rangés dans ma commode jusqu’au 1er décembre, date à laquelle je me suis mise à convulser en éructant « ÇA Y EST, ON A LE DROIT DE SORTIR SON PYJAMA DE NOEL ! TUTUTU TUTUTULUTU ! », comme les gosses, qui,eux, éructaient qu’ils pouvaient enfin ouvrir leur fucking calendrier de l’Avent. Ma commode était donc devenue une commode de l’Avent.

Et alors là, celui qui n’avait pas souhaité donner suite à ma proposition de départ (la Suède pour celui qui suit pas), a subi les foudres de ma vengeance au goût de pyjama en pilou comme jamais. Du renne, du houx, des boutons, de la flanelle, du col biais, du motif scandinave dans tous les sens. Tiens, have a look.

Tu t’attendais à des photos sexy Christmas Mother ? Héhé.

Je sais donc dans quelle tenue j’attendrai le vieux barbu dans la nuit du 24 au 25, et ça, c’est déjà quelque chose.

Mais voilà, il me manque LA pièce ultime, celle dans laquelle je me sentirai la plus rayonnante de toutes, la plus Noëlle des femmes, j’ai nommé : LE PULL DE NOEL. Parce que je sais pas si t’as remarqué, mais cette année, c’est la tendance. La tendance suprême étant de faire un article sur le pull de Noël. Tu sais, celui du mec de Bridget Jones, le plus kitch, le plus horrible, le plus inqualifiable des pulls, celui que tu ne ressortiras jamais de ton placard excepté dans un an, quand tu auras de nouveau oublié le goût de la dinde et du marron. Bref l’objet inutile par essence, l’objet mode de l’année.

Sache que ce pull, des semaines durant, je l’ai dénigré, méprisé, prétendant que j’étais bien au-dessus de ce type d’engouement, alors que je le voyais apparaître à tours de bras sur Twitter et Instagram.

Mais un matin, je me suis réveillée, avec une seule idée en tête, obsédante et tenace. Je devais me rendre à l’évidence : il me fallait un pull de Noël pour être complètement prête à passer le meilleur Noël de ma vie entière.

Me voilà partie sur Internet, à la recherche du pull parfait. Il y a trois jours.

Un pull de Noël, oui, mais en gardant un minimum d’élégance quand même. Exit donc les pages entières d’immondes rennes au nez rouge, coloris rouge, coloris vert forêt, coloris bleu nuit.

Hors de question aussi de ressembler à une soubrette du Père Noël et d’arborer un message de type «Cette fille AIME le Père Noël (= elle est prête à tout pour une papillote) », « Christmas  sexy bitch », ou encore «Do you want my candy stick ? »  qui me relèguerait au rang de pute de Noël. Non, Noël et sexe étant en inadéquation totale (cf le pyjama, tes cheveux qui fouettent le magret à l’orange, ta tension qui chute d’avoir passé la journée à cuisiner, ton mascara qui a coulé en cuisine, et tes auréoles décoratives), il n’est pas possible de laisser entendre la moindre partie de jambes en l’air post-réveillon.

Alors que, très fière de moi, j’avais trouvé un coquet pull rouge à message, mon cher et tendre me lança un « T’as qu’à écrire JE VOUS HAIS LES BP sur ton pull, tant qu’à faire », pas piqué des hannetons. À croire que le message « Merry F***ing christmas » n’était pas des plus positifs.

Je suis dans la merde. Tous les pulls potables sont en rupture de stock, ou trop loin et donc pas assez rapides pour APRÈS DEMAIN je te rappelle. J’ai même trouvé des tenues de Noël pour les lutins, mais rien pour moi.

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Pas de tenue de Noël, pas de cadeau cette année les enfants.

Il me reste deux jours. Two days. Two fucking days. Two mother fucking days après lesquels je menace officiellement de passer la journée du 24 et le Réveillon du 25 dans mon pyjama fétiche houx-rennes-col biais.

Remarque, je vais peut-être finir par m’en faire un moi-même. Un mashup spécial Bridget Jones / Père Noel est une ordure.

Le Père Noël est Bridget Jones.

Ou Bridget Jones est une ordure.

Bon, je file, je vais acheter de la laine.

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Le retour du Projet Blair Witch

Tu vois, chaque année, c’est la rentrée. Comme disait Zizou dans une pub il y a quelques années (à la même époque que « d’abord la jambe goche » ) : « Et oui, c’est la reprise ». Et on va pas en faire un patacaisse, chaque année c’est la même chose, foi de grosse glandeuse de prof qui vient de se taper deux mois de vacances même pas méritées parce que toute l’année déjà elle glande (autoflagellation = anticipation = ça m’évite de virer des commentaires à la con = je gagne du temps pour mieux glander).

Je m’égare.

À chaque rentrée, donc, son lot d’organisation (après avoir acheté ton organisateur familial placardé dans ta cuisine), de négociations d’activités avec tes gosses (maman, je veux faire du rugby, oh pis non, de la piscine, oh pis non, de la danse, oh pis non, du karaté, oh pis non, du cirque, oh pis non, de la gym. Bref, tu vois le tableau), et, et, ô combien importantes, les bonnes résolutions de rentrée. Dont la récurrente, la plus importante :

LE SPORT

J’ai d’ailleurs à ce sujet entendu un sondage (ça fait sérieux de foutre un peu des stats dans les billets, ça crédite) comme quoi que y’aurait 60 % des français qui abandonneraient son sport de rentrée (et le pire c’est les parisiens, BOUH LA LATCHE) au bout de 3 ou 4 mois.

Pour illustrer ce sondage extrêmement sérieux et ô combien emblématique, nous allons donc aujourd’hui parler de ma copine que nous appellerons Ingrid, pour préserver son anonymat et rendre hommage aux pays scandinaves qui m’ont tellement séduite cet été.

Ma copine Ingrid, donc, fait partie des 60 % de français vilains vilains. Et cette année, pour se motiver (car la quarantaine commence doucement à gratter à la porte avec son ongle crochu (et sale), je lui ai proposé de venir participer aux cours de Cuissots. Nous en discutions donc, le pas alerte et les alvéoles pulmonaires allègrement dilatées, à l’occasion d’une promenade sportive mémorable. Nous avions en effet décidé d’aller consumer quelques calories post barbecucu tout en parcourant d’un pas léger les monts vallonnés qui entourent notre chère ville.

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Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme)

Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme). Comme quoi que y’a pas que des fumées chimiques vers chez nous, hein.

Après avoir sélectionné une randonnée dans un guide spécialisé (qui s’avère être de merde) sur les randonnées autour de Lyon, nous voilà parties, gourdes et sac à dos, chaussées de nos plus belles Quechua, en voiture.

On aurait du flairer l’odeur de la merde quand, après 30 km de rase campagne à se dire « Allez,  on a assez d’essence dans la réserve, t’inquiète, y’a sûrement une pompe à Fionfion », on a fini par arriver au point de départ de la rando avec le réservoir de bagnole plus que vide (non, ne cherche pas le rapport avec le réservoir de la bagnole et le fait qu’on est censées marcher à ce stade de l’histoire).

Le début de la ballade flairait mauvais aussi, puisqu’au pied du fléchage de départ, guide à la main, nous sommes restées un bon quart d’heure à chercher le bon chemin pour partir.

Nous voici donc, à 16h27 de l’après-midi (tout le monde ne sait pas lire l’heure en 24 heures), en plein mois d’Août, un guide (de merde) à la main, prêté par une bonne amie commune qui a pour principal défaut d’être maniaque des livres. Détail qui a son importance, la vérité.

Après une montée de la mort durant laquelle, à tour de rôle, il nous a fallu trouver des prétextes bidons pour s’arrêter et respirer (genre : « Fais voir ce qu’ils disent sur le guide ? T’as vu comme c’est joli ? Oh, des moutons, là, en bas! ! »), nous voilà lancées, fières et alertes, à deviser justement sur notre sujet de départ qui nous amène à ce point de l’histoire : le sport de rentrée. Et à dire qu’on irait à l’aquasport, et puis tiens, si on se planifiait une rando par mois ? Viens on cale des dates en rentrant, comme ça on est sûre de s’y tenir. Ah oui, tu vas t’acheter un bâton de marche ? Tu crois que ça marche les bâtons de ski ? Et on est bien d’accord, hein, s’il fait froid, on y va quand même. Seulement s’il pleut on fait sauter.

Ouais, trop bien, trop motivées, les sportives du mois d’Août.

Et puis, on aurait dû se rendre à l’évidence quand, ayant entendu un grattement de mulot au pied d’un tronc d’arbre nous nous sommes conjointement mises à hurler : nous sommes des flippettes.

Des flippettes qui sont parties en rando à 16h30 de l’aprem, fières d’avoir sélectionné une ballade balisée et fières de suivre le balisage comme des grandes depuis le début presque sans problème (le démarrage ne compte pas), fières mais sans boussoles, avec peu de batterie de téléphone et évidemment point de carte IGN. Très mal équipées en somme.

Si bien qu’après un malentendu entre le guide (de merde) et le balisage du sentier, nous nous sommes retrouvées dans un cul de sac paysan (un champ dans lequel nous ne trouvâmes plus une once de sentier) qui nous a conduites à rebrousser chemin et à prendre un autre sentier. Et à nous enfoncer un peu dans les sous-bois.

« Toute façon, on est niquel, la voiture elle est par là. »

Ne voyant aucun balisage durant les 3/4 d’heure suivants, nous avons commencé à douter quand même. A penser que peut-être, nous étions sorties du sentier, et que nous ferions mieux de nous repérer différemment. Avec un GPS par exemple. Enfin l’appli Maps du téléphone. Ah ? Pas de 3G ? Ah, bon, d’accord. Viens, on regarde la mousse des arbres.

« Tu sais, c’était écrit 2h sur le livre, et ça fait bientôt deux heures. Sauf que là, on n’est pas du tout vers la voiture hein. Tiens, j’ai plus d’eau. »

Et petit à petit, le sous-bois s’est épaissi. Nous étions donc en pleine forêt. Le soleil déclinait sérieusement, et aucun fléchage n’existait plus. Il était l’heure de la pause pipi.

Après avoir fait pipi chacune dans notre coin (épreuve qui nous a fait nous sentir prêtes pour Koh Lanta, puisque nous n’avions pas de mouchoirs), je n’ai plus vu Ingrid. Je n’ai plus vu que ça :

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Là, j’ai balancé à voix haute : « Putain, on dirait Le Projet Blair Witch * », ce qui a eu pour effet de rendre ma copine hystérique mais en même temps, elle est sortie de son buisson derrière lequel elle n’avait tout simplement pas fini de s’égoutter.

Nous continuâmes quelques temps. Tout de même, aucun balisage, c’était peu commun.

J’avais alors retrouvé du réseau, et contacté mon cher et tendre mari pour lui expliquer que nous venions de traverser pour la 5ème fois l’épreuve de la patte d’oie sans fléchage, où tu choisis ton chemin au petit bonheur la chance et que non, nous ne serions pas à l’heure pour la séance de ciné de 19h30 étant donné qu’il était 19h.

"Moi je dirais à gauche." "Et moi je dirais à droite."

« Moi je dirais à gauche. »
« Et moi je dirais à droite. »

Après quelques centaines de mètres et quelques craquages de branches bien flippants, nous voici saines et sauves sur la route principale ( la D113 mon cul).

Et là, tu sens poindre ce moment mémorable de ta vie où tu as bien conscience que tu joues un truc de dingue en pire, ce moment dont tu te souviendras toujours. Ce moment où au lieu de suivre la route principale tu choisis de te ré-enfoncer dans la forêt parce que le fléchage, réapparu comme par miracle t’indique « Malval », et que ta bagnole est garée au « Col de Malval », et que tu crois que c’est kif kif.

Sans trop rentrer dans les détails, nous voilà parties pour une heure et demie de flippe intense. Traverser une forêt en fin de journée, être seules au monde, croiser un motard (cross) en tenue de ville (suspect, non ?) et hésiter à l’arrêter pour lui demander ton chemin. Moi, hein, parce que ma copine Ingrid, elle, ne le voyait pas de cet oeil-là :

« S’il s’arrête et s’il nous parle, je lui fracasse le crâne à coups de caillou .»

Se mettre à hurler comme des dingues terrorisées parce que mon téléphone sonne un sms.

Marcher sans parler et sentir que tu t’éloignes, loin, loin de la direction que tu devrais prendre. 

Voir le soleil décliner.

On s’est dit que quand même, on n’était pas très raisonnables de partir comme ça, sans rien, même pas une couverture de survie pour pas crever là, seules, bouffées par les loups (te fous pas de ma gueule, on était à 10 bornes d’un parc animalier de loups, alors si y’en avait un qui s’était échappé, on était dans la merde, on peut jamais savoir).

Le pire, c’est en cherchant un truc dans le sac à dos on a vu que ma gourde s’était vidée et que le livre de ma copine était tout niqué. Là, j’ai vraiment commencé à avoir des sueurs froides.

On sait pas comment, mais on a fini par arriver à la voiture saines et sauves, après 4 heures de marche. J’étais tellement soulagée que j’ai failli lui rouler une pelle à ma voiture.

On mettra de côté le fait qu’on soit restées en roues libres un bon moment histoire d’éviter le stop en micro short à la nuit tombante aux abords de la forêt de la sorcière de Blair.

Hier, j’ai reçu un sms de ma copine Ingrid qui me propose d’aller marcher le 15 septembre. Le 15 septembre? Non, je peux pas, j’ai un truc. Les autres jours non plus d’ailleurs. Lui dîtes pas, hein, sinon elle va croire que je fais partie des 60 %.

*Le pire film de ma vie, ever ever ever.

Vous avez UN nouveau message.

Ça fait un bail que je ne suis pas venue me poser par ici. Pour dire vrai, ça fait un bail que je ne me suis pas posée tout court. Et là, je suis en vacances alors je me pose. Et donc, je me pose ici.

D’abord, si tu me suis depuis un petit moment, tu sais que cette année était une année studieuse, et doublement. J’ai passé deux examens cette année, que j’ai réussis. Une année fructueuse, dit-on.

Et puis, j’ai passé une année en IME, une années mouvementée, une année riche. Une année à m’énerver aussi et à me battre contre des moulins. Les moulins étant donc les adultes; j’ai rarement vu un endroit où l’on brassait autant de vent. Et les gosses dans tout ça?  Les … quoi? Bref, j’ai fait le mouvement, j’ai demandé un poste en collège, que j’ai eu. Je garde un poste spécialisé, mais je reviens dans l’enseignement ordinaire.

Et puis, il y a l’écriture et ce blog. Il y a quelques temps, je rêvais d’être publiée. Et puis, j’ai touché de très près la réalité. Ce n’est pas si simple, ce n’est pas si rose, ce n’est pas si sain. Bref, un milieu décevant de plus. Et puis je n’ai pas le temps. Je n’arrive pas à raccrocher des chapitres, à me tenir à un thème. J’aime vraiment le format chronique. Depuis cette année, j’écris aussi ailleurs. Dans des lieux secrets que je tairais, question d’anonymat. L’anonymat c’est la vie de ce blog. C’est la liberté d’y écrire ce qui me chante, comme ça me chante.

Ceci dit, je me questionne vraiment quant à l’avenir de La Chronique Qui Pique. Bref, habituelle remise en question de blogueur, rien de spécial.

Et aussi, j’ai décidé de ne pas participer au concours E-crire aufeminin. Les sujets imposés me mettent dans un état de stress pas possible, la course aux votes et le reste c’est pas mon truc. Tant pis pour les cadeaux, la soirée classe et tout le reste. Toute façon, si j’avais gagné un jour, je me serais bandée la gueule pour pas qu’on me reconnaisse à la soirée, alors hein, ça vaut pas le coup.

Un petit billet pour donner des nouvelles, une sorte de parenthèse dans les textes de La Chronique, pas un vrai texte, mais quand même, j’allais pas vous laisser l’été mariner dans votre angoisse mes pauvres petits lapinous.

Je pose donc tout ça ici, avant de revenir poser des soit disant vrais textes très vite.

PS : faut vite que j’écrive un billet sur le camping, parce qu’au moment où j’écris, un connard chante « je t’aime à l’italienne » dans le micro d’un camping voisin.