Le radeau – Introduction

En arrivant, je pensais trouver des élèves limités, neuneus comme ils disent, bêtes parfois, stupides d’autres fois. Certains d’ailleurs sont très limités en compréhension, c’est vrai, et c’est ce qui les empêche de progresser normalement. Ils sont là pour que malgré cela, je puisse les aider à apprendre et se construire.

Ce n’est pas le cas de tous. D’autres ont des troubles de la mémoire, une carte mère qui n’imprime pas. D’autres ont des troubles du langage écrit (que tout le monde connaît sous le nom de dyslexie), associés avec des troubles de la mémoire et des difficultés de compréhension.

Joli package.

Et puis il y a les autres. Ceux que je ne pensais pas trouver là, et qui sont une rencontre explosive pour moi. Explosion nerveuse, explosion de sentiments, explosion de colère parfois, explosion d’amour. Ce sont ceux qu’on appelle les « empêchés de penser », ceux que la situation familiale ou environnementale a laissés sur le carreau, parce qu’ils n’avaient pas les ressources pour lutter. Ceux qui ont la « pensée figée ». Frozen. Ceux pour qui apprendre, c’est se mettre en danger, et qui ne travaillent plus, ne progressent plus, n’apprennent plus. À tel point qu’on a pu les trouver déficients pour des tests. Et qu’ils sont aujourd’hui ici.

Les voici tous sur mon radeau.
Les déficients, les multi-dys, les figés.

Une partie des éclopés de l’école, en somme.

Sur mon radeau, on rame ensemble.
On rame en Français. On rame en Maths. Surtout moi, en vrai.
On rame en Histoire. On rame en Géo. On rame en Sciences Physiques. Surtout moi encore.

Et puis on parle, beaucoup. Eux parlent surtout, et moi j’écoute. L’injustice, la souffrance, la stigmatisation.
« Ils disent qu’on est handicapés. Quand je viens ici, je me cache. »
« Je sais pas pourquoi je suis là. »
« Un jour, ma mère m’a dit que j’allais changer d’école. C’était en primaire. Et puis, un taxi est arrivé. Je suis monté dedans, et il m’ a emmené dans ma nouvelle école. Et là, je suis entré dans une classe où on n’était que 12. C’était une CLIS, et je comprenais pas pourquoi j’étais là avec ces élèves bizarres. »
« Le prof de techno, il m’a fânée, de toute façons, j’irai plus dans son cours de merde. J’y comprends rien. »
« J’ai rien compris à la leçon de physique et j’ai un contrôle demain. On peut la travailler ? »

J’écoute, je cajole, je recadre surtout. « L’étayage », dit-on en pédago.

Je sors ma boîte à outils, je bidouille, je répare, j’ajoute une rustine, je les regonfle un peu, je leur serre un peu la vis. Ils repartent un peu moins abîmés, au mieux. Jamais remis à neuf.

Je leur fabrique des outils, des aides, des béquilles qui leur permettent d’être moins bancals, au moins pour un instant. Le temps d’une lecture, d’une leçon, d’un exercice.

Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire, de partager ça avec vous, parce que je suis tellement avec eux. J’ai eu besoin de recul pour vous les raconter.

Et ouvrir une nouvelle rubrique que j’appellerai « Le radeau ».

À très vite, alors.

Allez, salut.

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Premier degré assumé

« Oh ça va, arrête de toujours tout prendre au premier degré . »

Cette phrase m’est revenue avant hier, alors que je lisais l’excellent article de Nadia Daam au sujet de la polémique Orelsan sur Slate. Lire la suite

Quelques grammes de culture

Suite à la ponte de mon dernier billet sur ma couleur de cheveux qui vous a diablement émoustillés, je souhaite relever le niveau intellectuel de ce blog en y apportant de temps en temps quelques grammes de culture, avant d’être proclamée blogueuse chiffons ou blogueuse koifur-estétchik (réponse préférée de quelques élèves à qui tu demandes ce qu’ils envisagent comme orientation après la 3ème). D’ailleurs, c’est drôle l’effet de ce billet sur les gens qui me connaissent en vrai et qui ne m’avaient pas vue depuis (« Ah, ben oui, EN EFFET, HEIN, HAHAHA tu m’as fait rigoler sur ton blog ! (oubliant d’ailleurs que je suis une taupe infiltrée dans la vraie vie, avec un pseudo et la majeure partie des gens qui m’entourent qui ne connaissent pas l’existence du blog) » ou encore « AH BEN C’EST SÛR QUE C’EST BAS BLOND VÉNITIEN HEIN ». Pire : ceux qui ne disent rien et semblent gênés en jetant de petits regards inquiets sur le haut de mon crâne).

Bref, relevons le niveau, nous courons à la catastrophe.

Cette année scolaire, en plus d’être marquée par le renouveau professionnel qui me permet de vivre une nouvelle naissance spirituelle parmi les Troubles des Fonctions Cognitives, est également placée sous le signe des concerts et spectacles en tous genres. Et quand je dis en tous genres, je déconne pas. En septembre, j’ai réservé des places pour plusieurs concerts et pour plusieurs spectacles « famille » (oui, en septembre je suis pétée de thunes, c’est comme ça), et je ne te parlerai ici que de la première partie, on n’est pas des blogueurs famille ici, merde.

Quatre concerts : Oxmo Puccino, Vianey, The Do (o barré mais j’ai pas trouvé la touche, sa race), et Charlie Winston.

Je commencerais donc par Oxmo Puccino, surnommé Ox’ (on s’en branle mais ça me fait zizir), qui fût la meilleure surprise de l’année pour moi.

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Je connais ce chanteur depuis looooongtemps, c’est à dire depuis l’époque où je remuais mon boule en boîte sans avoir des courbatures et des cernes-chaussettes pendant une semaine (RIP 1998-2004), et j’avoue que je n’aimais pas trop Ox’. J’ai pris des places car il était écrit sur le programme (oui, le programme, fuck you) « concert acoustique » et je me suis donc dit que « rap » + « concert acoustique » + « salle intime de Lyon » = forcément un truc qui claque. Et en effet, des textes, une prestance, du charme, du rythme, de la poésie. Voilà ce que nous avons trouvé ce soir-là. J’y suis allées alors que je n’écoutais pas les albums, maintenant j’écoute les albums et j’y retournerai. C’EST UN OUI.

Ensuite, dans l’ordre chronologique, je suis allée voir Vianey. Je ne sais pas pourquoi mais pour moi, Vianey, c’était bof, un truc bien connu, un air qui te trotte et puis voilà, pas de quoi casser deux pattes arrières à mémé. Et puis, Octobre approchant, l’anniversaire de ma soeur approchant, donc, elle me sort un jour, après trois pisse-mémé : « Rhoo là là là là, en ce moment j’écoute Vianey en boucle, j’a-dore, je connais tout par coeur ».

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Si jamais tu connais pas Vianey (et que tu vis dans ton propre cul), c’est lui.

Ce soir-là, comme par hasard, j’ai ouvert mon programme (fuck you again), et j’ai vu que Vianey passait dans ma salle préférée deux semaines plus tard. BANCO.

Me voilà donc assise au millième rang (au début on était assises par terre, pas loin de la scène mais on avait mal au cul et on voyait rien, mais ma soeur, titulaire d’un BTS Mytho (mention excellent) a réussi à négocier l’affaire avec les vigiles). Alors Vianey, c’est pas mal si t’as envie de chanter, c’est de la chanson populaire mignonne (même s’il utilise « piquette séchée » dans ses textes, ce n’est pas non plus Renaud), qui rassemble les jeunes et les vieilles et nous offre un chamarré de couleurs capillaires ô combien chatoyantes dans ses salles de pestak.

J’ai donc passé une heure et demie à côté de ma soeur, transformée pour l’occasion en véritable groupie du pianiste :

« Rho, là, là, comme il est drôle! »
« Les poussins? C’est trop mignon, ils nous a appelés « Les poussins », il est vachement proche de son public »
« Qu’est-ce qu’il bouge bien… »

Tout ça ponctué de paroles qu’elle connaissait PAR COEUR. Toutes les chansons. La vérité ça m’a foutu un coup au coeur.
À la fin j’ai compris ce qui me gênait chez Vianey. J’ai compris quand il s’est mis à chanter ça :

Mais sinon, le jeu scénique est très bien, il occupe l’espace, le rendu est entraînant (blogueuse concerts, faut bien dire autre chose que des conneries). C’EST UN POURQUOI PAS.

Début décembre, je suis allée voir THE DO (o barré, souviens-toi), avec des copines. LE concert sur lequel je misais. Le groupe que j’ai réussi à écouter en boucle et en boucle dans ma bagnole sans m’en lasser, le groupe dont chaque enfant de ma famille possède une copie CD (pour pouvoir les rayer à loisir sans niquer le mien), mon coup de coeur 2016.

D’abord, on était beaucoup. Ensuite on était debout, tous debout. Et enfin, on était devant. Mais pas devant devant, pas très loin de devant. Avec, devant mon deux options : le grand frisé (je te hais, le grand frisé des concerts) ou le couple qui se galochait à bouche-que-veux-tu-je-veux-bien-ta-bave-sors-donc-ta-langue-que-tout-le-monde-la-voie-bien.

Bref, le concert qui te donne un arrière goût de sapin dans la gorge, le concert de mes 80 ans. Le concert de jeunes ou en tout cas de pas jeunes qui n’ont pas besoin d’être assis ni besoin de bouboules dans les oreilles (c’était fort, très fort).

Mais sinon, c’était super. Oui, à part la claustrophobie, le fait que je ne voyais pas la scène (chou frisé devant, galochage hyper salivique sur les côtés, remember), le fait que le son me vibrait dans l’estomac tellement c’était fort, oui, à part ça, c’était bien. Du rock, un côté Bjorg-japonais sympathique, un jeu de lumières inter galactique. C’EST UN OUI si tu es grand frisé et que tu as 25 ans (ou moins). Tiens, chouf :

Enfin, la semaine dernière, ma copine qu’on appellera Kristina parce que Carole c’est pas très exotique, m’a invitée au concert de Charlie Winston.
Tu dois d’abord savoir, avant de lire la suite, que Charlie et moi avons un passé commun : nous nous étions déjà vus à Vienne (tu sais, le festival de jazz qui fait mal au cul) il y a peut-être 5 ans, avec les copines avec qui je suis allée voir The DO (et qui elles, n’ont pas vieilli, du moins ont souffert en silence), et c’était vachement chouette.
Alors quand elle m’a proposé, et qu’en plus je ne l’avais pas vue (Kristina-Carole) depuis un moment, je me suis dit « Chouette ! Jacasseries + le petit cul remuant de CW = bonne soirée assurée ».

Et bien oui, sache que c’était super, que ce mec a une présence scénique de guedin (oui, je suis vieille, non les jeunes ne disent plus « guedin »), il a même passé un moment debout sur la chaise du mec qui fait le son et la lumière, en plein milieu de la foule, après avoir traversé celle-ci en dansant. Il a repris « Under pressure » de Freddy Mercury, et c’était très bien, il remue bien son bavoule, il joue de la gratte, il tente de parler français et c’est drôle, et tout ça mérite UN GRAND OUI. Chouf :

T’as remarqué le regard de la groupie du pianiste à la 40ème seconde ? On croirait ma soeur.

Bref, on laissera de côté le groupe de la 1ère partie qui nous a bien fait rire (et je crois que c’était pas leur but), que j’ai dû m’asseoir 10 fois parce que j’en pouvais plus et que j’ai perdu ma CB et que j’ai du faire opposition en rentrant (et là, je n’ai toujours pas de CB, imagine l’angoisse : obligée de faire des CHÈQUES. So 80’s.).

Voilà pour ma revue hautement culturelle. Pour les pestak famille, une autre fois, peut-être.

Si tu veux la prochaine fois j’irai voir Louane, sois pas triste.

Les photos et les vidéos ne sont pas de moi, désolée, mes photos de concert sont systématiquement pourries (si tu es une grande marque de téléphone qui fait des bonnes photos concert, je veux bien faire un écart dans ma ligne éditoriale pour toi. Sinon, dégage.)

Allez salut.

La tête à Régine

Pour une fois dans ma vie, on m’avait dit « Tu as de beaux cheveux, laisse-les longs ça te va bien. » Malheureusement , j’avais déjà amorcé le processus psychologique  du « Un an et demi sans coiffeur, je dois y aller pour ravaler tout ça » qui, une fois ancré, ne pourrait jamais plus sortir de ma tête.  Ma voisine m’avait conseillé un très bon coiffeur, cher mais tu t’y retrouves, regarde, au moins ils savent vraiment faire une coupe. Et c’est vrai que sa coupe était chouette à ma voisine, et que ça lui allait bien. Alors, je me suis lancée.

Me voilà partie, légèrement maquillée parce qu’ayant de gros antécédents coiffeur, il y a des erreurs que je ne souhaite plus commettre, parmi lesquelles le fameux « face to face avec ta gueule blafarde pendant 3 heures, à égrener tes rides naissantes et tes petites rougeurs une par une, sans parler des quelques chkoumabcs qui te décorent la tronche ». Assez sûre de moi quand même : on raccourcit un tout petit peu mais on structure, et on fait quelques mèches pour faire ressortir mon blond naturel. Garde bien ce concept en tête pour la suite, c’est TRÈS important, la vérité.

Je pénètre dans l’antre de la bourgeoise lyonnaise, et contrairement aux habituelles et bruyantes fourmilières que constituent les salons de coiffure en général, me voici projetée dans un monde feutré de beauté et de délicatesse . Un peu comme dans la pub Ferrero Rocher, tout blanc et tout doré, tu vois. Je suis prise en main dès mon arrivée, et on me présente MA coiffeuse.

« Bah, j’ai décidé d’y mettre le prix, alors, faut ce qu’il faut, hein. Imagine le pire des prix qui puisse t’arriver…Je sais pas, genre 150 euros. Nan mais quand même, ça n’ira pas jusque là. Détends-toi, laisse-toi guider, jette les dés, aléa jecta et compagnie. », songeai-je alors.

Tu parles, mektoub, oui.

Je raconte donc mes problèmes capillaires à MA coiffeuse, qui détache mes cheveux du bout des doigts, avec une once de dégoût, un peu comme si elle touchait de petits filaments de merde, et me dit, de sa douce voix qui sort de ce petit corps fin et fragile et bien habillé et trop bien coiffé avec une frange qui tue et que je n’aurais jamais pour cause de queues de rats frontales :

« Ah, mais là, c’est trop long, ça n’est pas possible, il n’y a plus rien là. Il faut couper d’au moins ça (et elle coupera évidemment plus, comme elles le font à chaque fois). Allez, on va faire un léger shampoing. »

« Léger shampoing ». Papam, papam, j’ai le portefeuille qui palpite. Je viens donc de passer la frontière et de pénétrer de l’autre côté, ce côté où des expressions telles que « Léger shampoing » règnent en maîtresses.

J’aurais dû partir de suite, en courant, avec mes cheveux sales détachés. Au lieu de quoi je me suis laissée légèrement shampouiner.

Arrive ensuite la coupe, et là je découvre que dans le salon Ferrero Rocher, on te coupe les chrals debout. En partie, du moins. Bref, elle coupe plus que promis, et me glisse d’un air complice : « Moi, j’aurais même coupé plus, non ? »

« Non. »

En quelques instants, je viens de perdre le compliment de l’année en même temps que 15 bons putains de centimètres. Elle fignole, elle sèche et m’accompagne au fond du salon pour rencontrer la « technicienne ». Celle-ci me regarde, et me demande : « Alors, on éclaircit un peu, c’est ça ? », parce que dans les salons Ferrero Rocher, on communique entre MA coiffeuse et LA technicienne, on souffle discrètement dans les couloirs les désirs des clientes. Elle est donc déjà au courant de mes projets capillaires avant même qu’ils n’aient eu le temps de sortir de ma bouche.

Et là, je ne sais pas ce qui me prend, une sorte de bouffée délirante peut-être, mais je tourne la tête et tombe nez à nez avec mon fantasme de longue date : avoir les cheveux roux. Enfin, roux blonds, genre vénitien, un peu plus fun que ma couleur blond lavasse qui accompagne mon teint blanc lavasse. Ma voisine de fauteuil, une délicieuse quadra Barbara Gould, arbore un très joli blond roux qu’elle s’apprête à massacrer en je ne sais quelle couleur. Je pointe mon doigt dans sa direction et je décrète : « En fait, je veux ça. Mais encore plus naturel. Comme mon fils, il est blond vénitien, vous savez. » Montée de lait et coeur qui bat.

Elle me regarde et hausse le sourcil, tu sais celui qui te signale « On s’en bat les glinches de ta vie », et se lance dans une tirade comme quoi c’est sûr qu’un ton plus foncé m’irait bien mieux, qu’avec mon teint triste, il me faut quelque chose pour rehausser tout ça, et qu’en effet on pourrait faire quelque chose de plus chaud, et blablabla. Et qu’ensuite on pourrait faire quelques mèches pour éclairer le tout et pour un effet plus naturel.

À ce stade de l’histoire, je précise une chose : « naturel » pour toi et « naturel » pour une coiffeuse n’est pas le même terme.

C’est parti pour une petite transformation. Après m’avoir enduit les cheveux du dernier produit qui, contrairement aux autres ne te nique pas les cheveux (dixit sa gueule), la technicienne décrète qu’il faut laisser poser 20 minutes.

Je me détends, me laisse porter. Une petite tuile aux amandes ? Oui, merci. Une mignardise ? Merci. Je savoure ces nombreuses vaselines, toutes plus délicieuses les unes que les autres. Putain, la note risque vraiment d’être salée.

Une élégante blonde décolorée vient me voir, s’enquiert de la couleur que j’ai choisie et me lance, un brin aguicheuse : « Blond vénitien? Excellent choix ! On se voit un peu plus tard pour le maquillage, il va falloir changer un peu des choses, parce que là… »

Sympa. Mais bon, quand tu as les cheveux en l’air couverts d’une pâte brune bien douteuse, tu n’es pas en position de l’ouvrir.

Je jète un oeil sur ma montre, et je constate qu’on y est presque.

Et deux minutes plus tard, on y est. Les vingt minutes sont bel et bien écoulées.

Et cinq minutes plus tard aussi.

Tu le vois le foirage capillaire? Le énième mother fucking foirage capillaire de ma vie ? Parce qu’en même temps que s’égrènent les secondes, et que je lorgne la technicienne qui termine de mécher une autre de ses fidèles clientes qui raconte qu’elle sera très certainement en même temps que Jean Étienne dans l’avion pour Marrakech demain, me reviennent à l’esprit le coup de la permanente qu’on avait trop laissé poser (en m’accusant ensuite d’avoir les cheveux qui prennent trop vite), ou le fameux auburn de l’adolescence censé disparaître en six shampoings et qui n’était jamais parti, me laissant des mois de repousse durant à l’état de malabar bigoût.

Enfin, on s’occupe de moi, on me rince et on m’enrubanne dans une serviette. On me dirige vers le séchage (deuxième fois), et c’est lorsque la petite stagiaire à qui on a confié cette ingrate étape de ne sécher qu’une partie de mon crâne enlève la serviette que je découvre la triste réalité malheureusement peu surprenante : j’ai les cheveux auburn. Ou rouge orangé. Je m’inquiète, on me dit que non, qu’au séchage ça va éclaircir, que les mèches blondes vont éclairer tout ça, et qu’au fil des shampoings la couleur va s’estomper, c’est une couleur qui part en cinq semaines putain mais vous déconnez on m’a déjà fait le coup des six shampoings et du Malabar bigoût, merde.

Je passe aux mèches, et je regarde mon bourreau, qui se gargarise d’avoir trouvé la couleur qui m’allait le mieux au monde, hein Nadine que c’est magnifique avec son teint ?

Mais, étrangement, elle laissera poser les mèches bien moins longtemps, et les surveillera de près, celles-ci. Nous finirons d’ailleurs par les surnommer « les mèches invisibles », le reste ayant tellement pris qu’il n’y avait plus d’écailles capillaires disponibles pour absorber le balayage.

Elle tartine donc, elle laisse poser vite fait, et puis, on rince, on shampouine normal, et à nouveau, on se dirige vers le séchage. Et tout en m’accompagnant vers mon destin roux, elle me glisse : « Vanessa va vous maquiller ».

PANIQUE.

Me viennent à la bouche :

« J’ai rien demandé, et j’ai une peau à problèmes »

«  C’est de la vente additionnelle ? »

« J ‘ai pas que ça à foutre »

« Vas-y, dégage, sèche moi vite tout ça, que je me casse et que j’aille chialer dans ma voiture tranquille mémère . »

Mais seuls les mots : « Il y en a pour longtemps ? Je suis un peu pressée, vous savez » sortent de ma bouche. Putain de formatage éducatif et de surpolitesse.

Alors là, c’est l’instant de gloire de Vanessa, qui se prend pour je ne sais quelle maquilleuse professionnelle d’une chiure de téléréalité, et qui te conseille, qui te raconte en gros qu’avec la gueule que t’as et tes rougeurs, tu ne PEUX pas te PERMETTRE de ne pas mettre de fond de teint.Quoi ? Une poudre seule ? Non mais c’est pas possible, regardez cette poudre-fond de teint, elle est magique, d’ailleurs elle ne met plus que ça, et blablabla, enroule-moi dans des couches et des couches de mythologie cosmétique.

La voilà donc, Vanessa la maquilleuse (qui visiblement n’est pas plus diplômée que moi mais occupe un emploi fictif pour cause de coucheries patronales), qui va en un éclair se transformer en Vanessa l’artiste peintre, ou encore en Vanessa Damidot. Et par là-même, transformer  ma gueule en toile de maître ou en mur recouvert de tadelakt. Tout en se trémoussant, et en me glissant des petits : « Mais, non, c’est léger, c’est hyper naturel ! ». Rappelle-toi ce que je t’ai dit sur le naturel et les coiffeuses, et ben ça marche pareil pour les maquilleuses.

Et me voilà donc, moi aussi, avec une gueule de panda dégoulinant, mais non c’est même pas noir, c’est prune (mon cul), et c’est si léger qu’on ne peut pas faire moins. « Hein Jacqueline, tu trouves pas que ça lui va super bien, avec ses yeux et sa nouvelle couleur ? Tu te souviens quand elle est arrivée…Franchement, c’est le jour et la nuit! ». Nous y voilà, quand je suis arrivée j’étais donc un cageot sans saveur, ennuyeux et insipide et me voilà enfin ressemblant à quelque chose. # BITCH.

Une furieuse envie de chialer me prend, d’essuyer ma gueule et d’arracher mes cheveux, et de retrouver celle que j’étais deux heures auparavant. Et alors qu’elles ne cessent de complimenter leur travail, la maquilleuse me sort : « Je suis sûre que dans votre quotidien, vous pouvez vous permettre de vous maquiller un peu plus, comme maintenant ». Hum.

MAIS TU SAIS QUEL EST MON JOB, HEIN ?

Me voyant au bord du gouffre, elle daigne en enlever un peu avec un mouchoir; selon ses dires, elle me fait une faveur. Sainte Vanessa.

L’instant de vérité approche : le séchage final. J’espère encore que ma couleur va éclaircir en séchant, que c’est une illusion d’optique et que tout ça n’est qu’un malentendu. Et non, j’ai bien cette tête :

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T’as vraiment cru que t’allais voir ma gueule ? Hé hé.

Ici s’achève mon histoire, et j’imagine que tu es taraudé-e par le coût de mon ravalement. Sache que ce petit divertissement m’a coûté la modique somme de 207 boules.

Non, tu ne rêves pas. Oui, le maquillage vilain était gratuit. Oui, les mèches invisibles ont coûté le même prix que la couleur . Oui, elles sont toujours invisibles. Non, les gâteaux-vaseline n’ont pas suffi, ça m’a fait bien mal.

La question primordiale est de savoir si le fait que la couleur s’estompe est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Thèse : c’est une bonne nouvelle car c’est trop foncé, on devrait alors s’approcher de la couleur visée.

Antithèse : ben putain, à 207 balles je devrais la garder ad vitam eternam.

Synthèse : la prochaine fois, j’irai chez Moreno putain.

Allez, salut.

La pénible histoire du pull de Noel, l’histoire de toute ma vie

Comme beaucoup de français en ces temps tristes et lugubres, Noël est une période qui me file les boulasses, le cafard, l’araignée, la muerte. Mais cette année, j’ai décidé de trouver un antidote, d’inverser la vapeur de Noël.

Voici donc une histoire, un petit conte de Noël, où tu apprendras pourquoi je risque de passer le Réveillon du jour J en pyjama blanc à rennes rouge.

Il était une fois moi (oui, autant d’égocentrisme appelle à la gerbe, mais que veux-tu, il n’est pas encore venu le temps des cathédrales où le poète me prît pour sa muse et qu’à mon sujet une histoire il écrivit, utilisant de fait le pronom personnel « elle »).

Bref, il était une fois ma gueule, qui, après avoir tenté de négocier une petite escapade de fin d’année en Suède avec son cher et tendre (tentative qui s’est avérée être un échec commercial bien plus important que celui d’Halloween cette année), décida d’affronter ses démons, de prendre le taureau par les burnes cornes, et de regarder Noël, les yeux dans les yeux, face to face, et de l’affronter comme personne. Comme l’autre là, avec le Minotaure.

Pour amorcer ce nouveau pan de ma vie d’adulte, j’ai décidé d’en faire des caisses à Noël cette année.

À commencer par inviter mes BP à bouffer le soir du Réveillon. Et si tu connaissais mes BP, je te jure que tu déclarerais que l’invitation aux BP pour le Réveillon est déductible des impôts, au même titre que filer des ronds à une asso cari (bah, si on dit asso, on dit cari, ou sinon on dit association caritative et c’est bien plus long et bien moins sexy). Pas rapport au fait qu’ils bouffent beaucoup, non… Rapport au fait qu’ils sont tellement … comment dire … je dirais … so (je cherche en anglais, I’m bilingual of course)…inqualifiables. Voilà.

Ne supportant plus les Noël chez eux, face to face avec mon plat surgelé, j’ai pris le taureau par tu sais quoi, et j’ai décidé d’affronter tu sais qui et de les inviter à bouffer (à moi le Paradis et les 36 puceaux érectiles).

Donc là je réfléchis jour et nuit au menu, je voudrais bien sûr leur donner une leçon de Noël. Je ne vois déjà jeter le plat sur la table en gueulant : « ÇA, C’EST DU PLAT DE NOEL MA RACE, C’EST POURTANT PAS COMPLIQUÉ PUTAIN ».

Dans un souci d’homogénéité, j’ai également viré toutes les décorations Noël-mais-pas-trop, comme les boules marron et les guirlandes violettes. Cette année, seuls le rouge, le blanc et le faux renne empaillé ont droit de séjour dans mon salon.

Pour continuer dans cette lignée (on remarquera que j’ai laissé tomber le style contique  du début, ça commence les bonnes résolutions qu’on tiendra jamais), j’ai décidé de fêter la présence de Primark à Lyon et Noël en même temps en m’y rendant la première semaine de l’ouverture (détail qui fait foi de ma motivation noëlique de cette année) et en en ressortant avec des pyjamas de Noël. Tradition de l’Avent oblige,  je les ai laissés rangés dans ma commode jusqu’au 1er décembre, date à laquelle je me suis mise à convulser en éructant « ÇA Y EST, ON A LE DROIT DE SORTIR SON PYJAMA DE NOEL ! TUTUTU TUTUTULUTU ! », comme les gosses, qui,eux, éructaient qu’ils pouvaient enfin ouvrir leur fucking calendrier de l’Avent. Ma commode était donc devenue une commode de l’Avent.

Et alors là, celui qui n’avait pas souhaité donner suite à ma proposition de départ (la Suède pour celui qui suit pas), a subi les foudres de ma vengeance au goût de pyjama en pilou comme jamais. Du renne, du houx, des boutons, de la flanelle, du col biais, du motif scandinave dans tous les sens. Tiens, have a look.

Tu t’attendais à des photos sexy Christmas Mother ? Héhé.

Je sais donc dans quelle tenue j’attendrai le vieux barbu dans la nuit du 24 au 25, et ça, c’est déjà quelque chose.

Mais voilà, il me manque LA pièce ultime, celle dans laquelle je me sentirai la plus rayonnante de toutes, la plus Noëlle des femmes, j’ai nommé : LE PULL DE NOEL. Parce que je sais pas si t’as remarqué, mais cette année, c’est la tendance. La tendance suprême étant de faire un article sur le pull de Noël. Tu sais, celui du mec de Bridget Jones, le plus kitch, le plus horrible, le plus inqualifiable des pulls, celui que tu ne ressortiras jamais de ton placard excepté dans un an, quand tu auras de nouveau oublié le goût de la dinde et du marron. Bref l’objet inutile par essence, l’objet mode de l’année.

Sache que ce pull, des semaines durant, je l’ai dénigré, méprisé, prétendant que j’étais bien au-dessus de ce type d’engouement, alors que je le voyais apparaître à tours de bras sur Twitter et Instagram.

Mais un matin, je me suis réveillée, avec une seule idée en tête, obsédante et tenace. Je devais me rendre à l’évidence : il me fallait un pull de Noël pour être complètement prête à passer le meilleur Noël de ma vie entière.

Me voilà partie sur Internet, à la recherche du pull parfait. Il y a trois jours.

Un pull de Noël, oui, mais en gardant un minimum d’élégance quand même. Exit donc les pages entières d’immondes rennes au nez rouge, coloris rouge, coloris vert forêt, coloris bleu nuit.

Hors de question aussi de ressembler à une soubrette du Père Noël et d’arborer un message de type «Cette fille AIME le Père Noël (= elle est prête à tout pour une papillote) », « Christmas  sexy bitch », ou encore «Do you want my candy stick ? »  qui me relèguerait au rang de pute de Noël. Non, Noël et sexe étant en inadéquation totale (cf le pyjama, tes cheveux qui fouettent le magret à l’orange, ta tension qui chute d’avoir passé la journée à cuisiner, ton mascara qui a coulé en cuisine, et tes auréoles décoratives), il n’est pas possible de laisser entendre la moindre partie de jambes en l’air post-réveillon.

Alors que, très fière de moi, j’avais trouvé un coquet pull rouge à message, mon cher et tendre me lança un « T’as qu’à écrire JE VOUS HAIS LES BP sur ton pull, tant qu’à faire », pas piqué des hannetons. À croire que le message « Merry F***ing christmas » n’était pas des plus positifs.

Je suis dans la merde. Tous les pulls potables sont en rupture de stock, ou trop loin et donc pas assez rapides pour APRÈS DEMAIN je te rappelle. J’ai même trouvé des tenues de Noël pour les lutins, mais rien pour moi.

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Pas de tenue de Noël, pas de cadeau cette année les enfants.

Il me reste deux jours. Two days. Two fucking days. Two mother fucking days après lesquels je menace officiellement de passer la journée du 24 et le Réveillon du 25 dans mon pyjama fétiche houx-rennes-col biais.

Remarque, je vais peut-être finir par m’en faire un moi-même. Un mashup spécial Bridget Jones / Père Noel est une ordure.

Le Père Noël est Bridget Jones.

Ou Bridget Jones est une ordure.

Bon, je file, je vais acheter de la laine.

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Juste une minute

Je suis là, avec mes larmes qui ne veulent pas couler, pleine de tristesse et de désespoir.

Je pense à vous, je pense à toi, qui es là-bas, en plein coeur du gouffre de folie qui anime Paris ces jours. Qui doit tellement pleurer. Et affronter des fantômes encore et encore, et encore pire aujourd’hui.

J’ai de la peine, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Mais mes larmes ne viennent pas.

Parce que tous les jours, je vois monter, je vois gronder, sous mon nez cette violence, cette haine, ces gamins laissés sur le bord de la route. Pire, ces gamins mis sur le bord de la route, et puis laissés. Et à qui on reproche d’y être.

Collège miteux, vétuste, des années 70, cubes en carton pâte mal insonorisés, salles de classe toutes petites. Ici, point d’ère numérique, écris et tais-toi, tu écris mal, tu parles mal, tu ne travailles pas, poil dans la main, quel niveau scolaire abominable, tu ne t’adaptes pas à l’école, qu’est-ce que tu viens faire ici, tu es vraiment un touriste.

Banlieue morte, pas de perspective, pas d’objectif à part se casser d’ici, c’est moche et ça pue. Se casser, sous n’importe quel prétexte.

On ne s’occupe pas de nos jeunes. Enfin si, de ceux qui sont bien nés. On ne s’en occupe pas, mais d’autres le font. Disons plutôt qu’ils leur font croire qu’ils s’occupent d’eux, qu’ils sont importants, pour une fois. Et qu’ils le seront encore plus quand ils seront morts, même en miettes.

Je me suis mise à espérer, à me dire : « Pitié, pas une minute de silence. Pitié, pas une énième minute de silence ».

Et hier, la nouvelle est tombée.

Et cet après-midi, ce soir, on se plaindra de ces jeunes à qui on a demandé d’observer une minute de silence, de rester une minute entière à penser à la mort sans ricaner, sans sourciller, de penser au Djihad comme à quelque chose d’abominable alors que pour certains il serait la porte de secours, la vraie, ici c’est pas la vie, c’est la mort, d’être emplis de compassion, et qui par opposition, malaise et pure adolescence, ricaneront, bougeront, provoqueront.

Et donneront du grain à moudre aux autres connards.