Le coup de la panne

J’étais en manque d’inspiration. Plus les jours passaient, plus je barrais mentalement les sujets qui abondaient à mon esprit : soit j’avais déjà écrit dessus, soit ledit sujet m’énervait trop et je risquais de partir en yecou dès les premières lignes, soit le sujet me semblait nullissime.

Je me disais que j’écrirais pendant les vacances, tu sais, les vacances, ce temps hors du temps, ce temps où tu prends le temps, ce temps si précieux. Mon cul vieille morue. Depuis le début des vacances, je me suis transformée en animatrice de quartier, cuisinière et femme de ménage à mes heures perdues (et lingère aussi, mais ça c’est la nuit).

Bref, je suis seule avec mes gosses.

J’aurais pu m’inspirer d’eux pour écrire. Parce que chacun est un vrai billet sur pattes.

Entre l’une qui passe son temps à crier d’un coup, au milieu de n’importe quelle action : « REGARDE, JE SAIS FAIRE LA SOUPLESSE ARRIÈRE » et qui se mange le carrelage juste après (ou aussi qui s’amuse à parler avec la bouche pleine de glaires après avoir toussé), sa soeur qui passe le plus clair de son temps en robe de princesse à préparer sa crise d’ado de façon maléfique et le dernier qui se prend pour Jamie (de Fred et Jamie) et qui te raconte la vie des volcans, de l’intérieur du cerveau (qu’est ce qui se passe dans le cerveau quand on fait caca?) et de la vie des mammifères marins, autant dire que les sujets ne manquent pas.

Mais la vérité, c’est tellement banal que je préfère me garder mes anecdotes de maman poule pour moi seule.

Nous sommes partis 4 jours dans le Vaucluse (va voir les beeeeeeelllllllles photos sur mon compte Instagram, en bas, à droite, tu peux même t’abonner c’est très malin). Et je me suis dit que je trouverais l’inspiration dans ces décors superbes et paisibles.

Au bout de deux jours, un sujet m’est venu. En observant mes enfants d’abord et puis aussi à la suite de plusieurs conversations avec des copines, ou des posts sur Facebook (tiens, d’ailleurs, tu peux aussi suivre La Chronique Qui Pique sur Facebook, tu savais?), je tenais un sujet sur les enfants différents. J’allais donc vous pondre un sujet bien polémique, bien comme je les aime au sujet des enfants haut potentiels, des enfants TDA-H, des enfants DYS, des enfants en retard et compagnie (et aussi un peu de leurs parents)… QUAND SOUDAIN, UNE AVENTURE S’EST PRÉSENTÉE.

Par un bel après-midi ensoleillé, nous voilà partis dans le break de mon oncle, à 7 : ma tante (une force de la nature âgée d’environ 94 ans et demi, mon oncle, la personne la plus gentille de l’univers et de la galaxie, âgé d’environ 85 ans, oui ma tante est une cougar, mon mari (qui a mal à la gorge, je crois que je vais écrire un rap à ce sujet, ça m’inspire), mes enfants (voir plus haut), et moi (tu peux aussi t’abonner à ce blog regarde à droite, ça pourrait me remonter le moral, tu sais). Nous partons donc à la découverte d’une petite partie du Vaucluse, parce qu’au bout d’environ 15 km de voiture, je commence à avoir clairement la gerbe. Oui, je suis dotée d’une oreille interne particulièrement pourrie, que j’ai généreusement offert à ma descendance.

Nous traversons l’Isle-sur-Sorgue, nous montons jusqu’à Gordes, superbe, belles photos, beaux paysages, c’est joli, attends je vais m’acheter du coca ça apaise un peu la gerbe. Ma tante me propose de monter devant, elle insiste. Je crois qu’elle a peur pour son brushing. J’accepte, même si elle a environ 94 ans et demi.

Nous décidons de passer par l’abbaye de Sénanque (ouh les jolis jolis tout petits virages). Mais je suis devant avec du coca et je reprends tranquillement mes esprits. Et tout à coup, en pleine montée, un truc lâche. Et quand je te parle d’un truc, aucun rapport avec un cassoulet et une mauvaise interprétation intestinale, non. Je parle d’un truc de voiture. Qui fait que la voiture, la putain de voiture, elle avance plus. En plein milieu d’un trou du fion du Vaucluse.

Nous voilà sortis, tous les 7, avec 3 mioches surexcités à l’idée d’être en panne. Ils s’imaginaient déjà dans la dépanneuse, sans réhausseur et sans ceinture (c’est ça leur idée de l’aventure la plus risquée du monde, ils ne connaissent pas Koh Lanta).

Bon, à ce stade du récit (ah oui y’a aussi le compte Twitter), je vais faire quelques raccourcis parce que ce billet commence à être honteusement long. Donc :

  • Sur 3 portables, 2 n’avaient aucun réseau (évidemment, celui de mon oncle le plus gentil de l’univers, âgé d’un certain âge qui n’est pas un smartphone mais qui est chez Jaune est le seul qui passe. Mon mari et moi avons des smartfounes et sommes chez Libre, et ça ne passait pas);
  • Plein de voitures sont passées et ne se sont pas arrêtées (putes);
  • Les gosses étaient ravis, ils trouvaient plein de cailloux super jolis, avec lesquels ils ont pu, à tour de rôle, se couper;
  • Il était 17h.

Me voici donc, quelques temps plus tard, dans une voiture immatriculée en Belgique, conduite par un Bruxellois taiseux qui ne rétrograde jamais avant les virages, en pleine nuit (il était maintenant 19h) avec une de mes filles à l’arrière. Sur la route, devant nous, une voiture blanche roule et emporte mes deux autres enfants (qui me regardent comme des chiots qui vont à la fourrière) et ma tante. L’homme qui les conduit est un ami de ma tante et mon oncle, celui que me conduit est un voisin de l’ami.

Là, tu penses à The Walking Dead mélangé à Blair Witch et à Chucky (et aussi à Shining, tant qu’à faire je mets tout ce qui me fout le flippe) et aussi ce film là sur un enlèvement d’enfant avec des gros plans sur les parents et leurs yeux qui s’emplissent de larmes. Et aussi à ton mec et à ton oncle qui attendent une dépanneuse dans la nuit et dans le fion du monde et qui risquent quand même de se faire bouffer par un loup, un ours ou un iench affamé.

Et soudain, le gars qui conduit me dit : « Mais vous êtes qui en fait? ». Je pourrais user d’une pointe d’humour, prendre ma grosse voix et souffler : « JE SUIS TON PÈÈÈÈÈÈÈRE », mais je déteste Star Wars. Une fois que je me suis située sur l’arbre généalogique familial, il regarde ma fille dans le rétro et me demande si elle n’ a pas le mal au coeur, au moins.

L’histoire pourrait s’arrêter là, nous aurions pu rentrer tranquilles, parcourir les 30 bornes qui nous séparaient de la maison familiale, douceur, chaleur et compagnie. Mais, n’oublie pas que je suis un boulet, et que le boulet attire la poisse. Alors, évidemment, le voisin belge ne pouvait pas nous ramener chez nous, j’ai du laisser ma jolie tante seule avec mes trois gosses chez des gens que je ne connaissais pas pour partir avec le copain chercher le camion familial (re The Walking Dead+ Blair Witch + Chucky + Shining). Que j’ai donc conduit de nuit sur des micro-routes vauclusiennes pleines de sangliers et de lièvres prêts à te jaillir dessus à la moindre incartade.

Et c’est seulement une fois que j’ai récupéré le camion, que je suis retournée chercher la marmaille qui râlait parce que la dame venait tout juste de sortir les Legos, que j’ai fait le tour du pays pour récupérer les hommes que le dépanneur avait déposé dans le nombril du fion d’une zone industrielle du bled où nous étions, c’est seulement là (enfin après avoir envisagé ce que nous boufferions le soir), alors que je conduisais d’une main de maître le Multivan familial en me grattant les noix et en jettant des regards couveurs à mes enfants et à mes vieux compagnons de galère, que j’ai soupiré, et que je me suis dit que quand même, vous raconter tout ça serait bien plus intéressant que de vous foutre la rate au court-bouillon avec des histoires de gosses qui sont tous chelous.

Allez, salut.

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La chamade : un album jeunesse

Mercredi je ne travaillais pas. Disons pas devant les élèves mais j’avais prévu une liste de boulot longue comme le kiki. Je m’imaginais déjà calée dans mon lit, avec un thermos de tisane à portée de main, des grosses chaussettes en laine aux pieds et mon ordi sur les genoux. Je m’étais même dit que sur un malentendu, j’allais écrire.

Mais Otitos, le Dieu du microbe de l’oreille, en a décidé autrement, le salaud. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas frappé, et nous avions oublié qu’il ne frappait pas au hasard : les foudres divines s’abattent toujours sur notre petit dernier, celui qui hurle à la mort quand il a mal, celui pour qui tu finis aux urgences en évitant une crevaison de tympan (le tien) tellement il hurle, celui qui tient un top ten des pires douleurs de sa vie. Et visiblement, cette otite-là était la pire douleur de sa vie, même que « finalement, je préférais la piqûre de guêpe l’autre jour’. C’est dire.

Et pour rassurer le lecteur inquiet devant si peu de compassion maternelle, en général tu finis chez le doc et, là où tu attendrais un « OUH LALALALALALALA, c’est pas JOLI DU TOUT », tu récoltes un « oui, l’oreille est rouge ». Bref, pas d’adéquation entre la couleur et la douleur.

Alors en attendant que l’Advil fasse effet, j’ai lu. J’avais trouvé une oeuvre d’art prise à la volée à la médiathèque.
Un bel album sur la mort d’un grand-père, que tu devines au fi des pages.

Le titre c’est « J’ai laissé mon âme au vent », et les auteurs sont Roxane Marie Galliez et Eric Puybaret.

Avec Jojo, on a sélectionné nos illustrations préférées et on te les montre (en vrai c’est bien plus beau mais personne ne veut m’offrir un Iphone 12 alors je fais des photos de merde) :

Celle-ci fait l'unanimité

Celle-ci fait l’unanimité

Préférée de Jojo (il a des bonbecs dans la main, Jojo est un feru de bonbecs)

Préférée de Jojo (il a des bonbecs dans la main, Jojo est un feru de bonbecs)

Ma préférée

Ma préférée

Voilà, un mercredi niqué mais pas complètement.

La chamade : le blog de Zoé, illustratrice

Alors là, tu vois, voici un parfait exemple de ce qui me rappelle pourquoi j’aurais tellement aimé être douée en dessin (et que celui qui me dise « oh mais si, chuis sûr que t’es pas si mauvaise se souvienne de ça).

Parce que l’illustrateur est aussi auteur de ses textes. Et que l’inverse ne fonctionne pas. C’est pour ça que je bave pour écrire avec un illustrateur mais pour l’instant je trouve personne, parce que personne m’aime et que c’est la crise. Et aussi parce que ces salauds, ils ont pas besoin que t’écrives pour eux, ils savent tout faire les enfoirés.

Alors aujourd’hui je vous présente un blog, un chouette blog, le blog de Zoé qui cumule les centres d’intérêts selon moi, parce que :

a) Elle illustre
b) Elle est la maman d’une gogo. Et je trouve vraiment intéressant que des parents viennent renifler ici ce qui s’y passe, et nous donner leur point de vue de parent.

Tu sais pas ce que c’est qu’un gogo? Je n’en dis pas plus, va voir le blog de Zoé.

Allez, salut.

Rien

Rien

Cela fait un moment que je ne suis pas venue écrire ici. Je dois te l’avouer,  je suis en manque d’inspiration.

J’ai depuis la rentrée un nouveau poste. Je gère un dispositif spécialisé dans un collège, qui accueille des élèves atteints de troubles cognitifs variés.
Tout va bien, merci, si ce n’est que nous n’avons pas d’AVS depuis la rentrée. Des histoires de contrat, de paperasses.

Sujet polémique donc, puisqu’avec la rentrée, nous ne sommes pas un cas rare. Les témoignages de parents dont la scolarité des enfants ne tient que grâce à la présence de l’AVS à leurs côtés fleurissent sur la toile. Des enfants qui restent chez eux, parfois, des enfants qui pètent les plombs en classe, souvent.
Alors on crie au scandale, on s’offusque et c’est bien normal. La loi 2005 et la scolarisation des élèves handicapés, toussa. Et je suis bien placée pour savoir que sans l’AVS, en dispositif ou en classe, c’est vraiment compliqué.

Je pourrais faire un billet là-dessus. Mais la vérité, c’est que ça m’irrite.

Ce n’est pas l’absence d’AVS qui m’irrite, non, ça, ça me met le feu. C’est la pseudo révolte qui tourne autour. Le problème des AVS existe depuis que les AVS existent. Une riche idée, évidemment, mais à la française : sans moyens. Des gens qu’on paie comme des moins que rien, avec des contrats de 20 heures par semaine et à qui on demande d’être dispo pour s’adapter aux horaires des enfants (qui ont donc du mal à combiner cet emploi avec un autre), avec des CDD d’un an.
Étrange qu’on ait du mal à les recruter, non ?
Parce que souvent, c’est d’un problème de recrutement qu’il s’agit. Pas de candidats ou des candidats qui ne tiennent pas la route, des gens qui finissent des contrats en milieu d’année, des contrats différents selon les AVS … La croix et la bannière.
Les médias pondent donc leur sujet de rentrée, et la blogosphère s’indigne et crie au scandale. Et après ?

Après, seuls ceux qui ont les moyens (médiatiques, relationnels, intellectuels) auront leur AVS plus rapidement que les autres. Les autres ne diront rien. Les parents qui vivent dans ce qu’on appelle « les milieux défavorisés » et qui se battent déjà pour tellement de choses, ou qui ne savent pas qu’on peut se battre pour une AVS, que c’est un droit, ces parents, eux, n’auront pas leur AVS tout de suite. Ou pas du tout pour certains.

Ça me coupe l’envie d’écrire.

Dans les sujets polémiques (Victor) arrive évidemment celui des migrants. Je suis revenue de l’étranger cet été, coupée de l’actu, et je me suis pris de plein fouet cette vague médiatique. Les migrants par ci, les migrants par là. Un véritable phénomène de mode, amplifié par la célébrissime photo du petit mort sur la plage. On découvre subitement la réalité et la violence de la vie de milliers de gens qui fuient la guerre, la terreur ou la misère noire.
Les gens s’offusquent, se persuadant qu’ils sont à nouveau Charlie, alors qu’ils ne l’ont peut-être même jamais été. Et puis, quand ce phénomène de mode s’étiolera, qu’on passera au suivant, quid de la solidarité soudainement mise en place ?

Ça me coupe encore plus l’envie d’écrire.

Et d’ailleurs, quand on vient me parler de solidarité, je ris doucement. Je ris jaune fluo, hein. Parce que quand je vois le lynchage verbal dont a été victime Chag, une instit’ de CP qui n’a de tort que sa capacité décuplée à la déconne, ça me fait peur. Je vous le dis, les gens, vous me faites peur d’avoir la haine comme ça.

Un autre sujet polémique qui titille le blogomonde c’est celui des blogs qui deviennent payants. Pour toi qui n’est pas blogueur, je te dois une explication (les autres vous pouvez passer au point suivant = différenciation pédagogique). Certains blogueurs, et parmi eux de très bons, très très bons blogueurs, ont décidé de rendre leur activité de blogueur professionnelle. Ils ont décrété qu’après tout, c’était du travail et que tout travail mérite salaire et demandent une contribution à leurs lecteurs pour qu’ils puissent continuer à l’être (lecteurs). Bon, disons que chacun fait ce qu’il veut, chacun a sa propre conception du blog, de l’accès à la culture (quoi, ça s’trouve je finirai dans le dictionnaire) et compagnie. Une chose est sûre : si cette idée me vient, tirez-moi une balle dans la tête, comme dans The Walking Dead.

Point de billet là-dessus non plus.

Je pourrais écrire sur mes élèves, mais en général, je choisis des histoires moins fraiches, plus lointaines dans le temps, pour être sûre d’avoir le recul nécessaire avant de venir vous brosser ici le tableau de l’école d’aujourd’hui. Donc non, pas encore.

Je pourrais te dire que je me suis acheté un aspirateur DIZONE (oui acheté, 299 € même, ici point de sponso, point de cadeau, je te rappelle). Peut-être qu’on s’en fout, mais vu que je suis fonctionnaire, tu dois savoir où passent tes impôts. Dans la gestion de la poussière.

Intéressant comme sujet, mais qui ne mérite tout de même pas un billet de blog. Quoique.

Et aussi on pourrait parler de The Walking Dead, une série vraiment très très sale. J’ai toujours flippé ma race devant les films d’horreurs et je ne voulais pas voir cette série. C’était sans compter sur mon geek de mari qui est revenu du boulot en décrétant qu’on ne pouvait pas vivre dans ce siècle sans avoir vu la série. A nous donc les soirées à base de coups de hache dans le crâne, de zombies qui bouffent les viscères des survivants et arrachent avec leurs dents la clavicule des gens. Bon y’a quand même une intrigue. Mais franchement, c’est la palme du dégeu.

Rien à dire de plus la-dessus non plus.

Ah tiens, si, je pourrais écrire un truc sur les efluentmum4 auxquelles je ne participe évidemment pas, n’étant pas une blogueuse maman. Enfin je suis une blogueuse et une maman mais pas une blogueuse maman. C’est quoi une blogueuse maman?

Ah, ça, ça ferait un bon billet de blog, tiens.

Allez, salut.

Peace and love ma soeur

C’est la rentrée qu’on se le dise. Et qu’on se le dise aussi, la rentrée amène sur ses rives son lot de conflits, comme le ressac des sacs plastiques sur les plages (métaphore de chiottes de celle qui se voudrait bien encore un peu en vacances). Parmi eux, la bonne vieille guerre parent-instit qui, après une belle trêve de deux mois bien méritée, revient gonflée à bloc. Et, avant même que tu ne commentes, toi le cassebonbec qui lit pas les bio des gens, je te rappelle que je suis ET instit’ (enfin plus maintenant, j’ai d’autres chats à fouetter) ET parent (trois fois, même) et que même j’ai appris à faire les deux en même temps. Je suis donc légitime à écrire ce qui suit et en plus je suis chez moi, nanméo (d’abord t’as enlevé tes groles avant de marcher sur le tapis ?)

Revenons-en à là où nous étions avant de nous égarer dans les mises en garde d’avant propos.

C’est donc la rentrée, et toi, le parent, tu n’es pas content. Ton enfant, ton bébé, ton tout-petit rentre à l’école, ou y retourne, et va passer une année avec cette affreuse sorcière (ou connasse, selon certains commentaires FB) qui TU TE RENDS COMPTE ne t’écoute même pas quand tu lui dis que la prolongation de toi-même a son petit biberon d’eau dans son cartable et un petit paquet de mouchoirs au cas où parce que tu as remarqué que de son micro nez coulait une jolie morvounette ce matin après son petit déjeuner. Cette chèvre qui te fait une remarque sur le fait que le doudou en grande section ça ne va pas être possible ou encore qui te demande d’alléger un peu ses journées parce qu’elle trouve que garderie-école-cantine-école-périsco ça fait beaucoup pour un enfant de 3 ans. Cette enflure qui se permet de te rendre les putains de chaussons que tu as mis 5 heures à négocier avec ton lapinou meringué (devenu à cet instant précis de négociation pantouflarde « petit con » dans le rayon licence de la halle aux godasses qui pue le plastoc pétrolé) parce qu’ils ne sont pas facile à enfiler et que si les 35 viennent avec des croumirs Cars difficile à mettre (en qui foutent la gerbe rapport au plastique) on passe la matinée à mettre des chaussures.

L’ombre de toi-même va donc passer une année terrible avec cette grognasse, une année traumatisante, une année qui de toute façon ne lui apportera rien.

C’est donc la rentrée, et toi, l’instit’, tu n’es pas content. D’abord, malgré tes deux mois de vacances à te faire dorer la pilule aux maldives (on me dit plutôt au GCU de Pornic dans mon oreillette, rapport au porte-monnaie), tu n’as pas eu le temps d’aller acheter ta tenue de rentrée et ça, c’est très très contrariant. Tu n’es pas content parce que c’est reparti, les jérémiades parentales du matin. Le nez qui coule, la mauvaise nuit, le mal de ventre (pour lequel tu t’empresses de rappeler qu’un enfant malade n’a pas sa place à l’école, rapport au fait que t’en as marre de te faire gerber sur tes Kickers trois fois par an), le copain qui a tiré les cheveux hier en récré et que tu n’as pas vu, non pas parce que tu étais cachée en salle des maîtres mais parce que tu soignais le genou d’Enzo qui venait de se croûter sévère. Les parents en retard au portail, toujours les mêmes, les enfants absents réguliers (comment fait-on pour travailler dans ces conditions, je vous le demande ?), ceux qui ne savent pas s’ils mangent ou pas à la cantine. Les parents qui coupent la parole aux autres parents, les parents qui prennent des RV médicaux sur le temps scolaire, les parents angoissés. Les parents qui couchent tard leurs enfants, les parents qui les laissent à la garderie-école-cantine-école-périsco et qui pourraient sûrement faire autrement.
« Quand on voit les parents, on comprend mieux ».

Alors, approchez, tous les deux. Plus près, là.

Le parent, dis-toi bien que ton enfant, ton bébé ton tout-petit n’est pas toi. Que peut-être il aimera l’école cette année. Et peut-être même, comble de l’horreur, qu’il aimera sa maîtresse. Mais en cachette, hein, t’inquiète, il ne te le dira point, de peur de te décevoir ou te blesser. Dis-toi aussi que oui, toi seul sait faire parfaitement avec ton enfant, que toi seul sait ce qui lui convient, mais qu’il peut et qu’il va s’adapter forcément. Parce que la vie, c’est l’adaptation permanente. C’est vrai : il est difficile d’admettre que ton seul et unique devient subitement 1 parmi 30. Qu’il passe d’un être exceptionnel à tes yeux à un être ordinaire aux yeux d’un(e) autre.

Toi, l’instit’, tu n’as peut-être pas d’enfant. Ou bien si tu en as, tu oublies parfois de réfléchir à la vie des gens. Chacun fait comme il peut, avec les moyens qu’il a. Moyens financiers, moyens humains, et parfois, moyens intellectuels. Ne juge pas, mets-toi à la place des gens et demande-toi comment tu ferais, toi.

Parce qu’en fait, vous n’êtes que la continuité l’un de l’autre, hein. Vous avez le même objectif : faire grandir ce petit être. Et que vous battre pour de telles conneries risque simplement d’entraver cette belle entreprise.

Allez en paix, mes amis. Peace and love mon frère. Peace and love, ma soeur.

Le retour du Projet Blair Witch

Tu vois, chaque année, c’est la rentrée. Comme disait Zizou dans une pub il y a quelques années (à la même époque que « d’abord la jambe goche » ) : « Et oui, c’est la reprise ». Et on va pas en faire un patacaisse, chaque année c’est la même chose, foi de grosse glandeuse de prof qui vient de se taper deux mois de vacances même pas méritées parce que toute l’année déjà elle glande (autoflagellation = anticipation = ça m’évite de virer des commentaires à la con = je gagne du temps pour mieux glander).

Je m’égare.

À chaque rentrée, donc, son lot d’organisation (après avoir acheté ton organisateur familial placardé dans ta cuisine), de négociations d’activités avec tes gosses (maman, je veux faire du rugby, oh pis non, de la piscine, oh pis non, de la danse, oh pis non, du karaté, oh pis non, du cirque, oh pis non, de la gym. Bref, tu vois le tableau), et, et, ô combien importantes, les bonnes résolutions de rentrée. Dont la récurrente, la plus importante :

LE SPORT

J’ai d’ailleurs à ce sujet entendu un sondage (ça fait sérieux de foutre un peu des stats dans les billets, ça crédite) comme quoi que y’aurait 60 % des français qui abandonneraient son sport de rentrée (et le pire c’est les parisiens, BOUH LA LATCHE) au bout de 3 ou 4 mois.

Pour illustrer ce sondage extrêmement sérieux et ô combien emblématique, nous allons donc aujourd’hui parler de ma copine que nous appellerons Ingrid, pour préserver son anonymat et rendre hommage aux pays scandinaves qui m’ont tellement séduite cet été.

Ma copine Ingrid, donc, fait partie des 60 % de français vilains vilains. Et cette année, pour se motiver (car la quarantaine commence doucement à gratter à la porte avec son ongle crochu (et sale), je lui ai proposé de venir participer aux cours de Cuissots. Nous en discutions donc, le pas alerte et les alvéoles pulmonaires allègrement dilatées, à l’occasion d’une promenade sportive mémorable. Nous avions en effet décidé d’aller consumer quelques calories post barbecucu tout en parcourant d’un pas léger les monts vallonnés qui entourent notre chère ville.

BW2

Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme)

Lyon et sa région (appelle-moi BTS Tourisme). Comme quoi que y’a pas que des fumées chimiques vers chez nous, hein.

Après avoir sélectionné une randonnée dans un guide spécialisé (qui s’avère être de merde) sur les randonnées autour de Lyon, nous voilà parties, gourdes et sac à dos, chaussées de nos plus belles Quechua, en voiture.

On aurait du flairer l’odeur de la merde quand, après 30 km de rase campagne à se dire « Allez,  on a assez d’essence dans la réserve, t’inquiète, y’a sûrement une pompe à Fionfion », on a fini par arriver au point de départ de la rando avec le réservoir de bagnole plus que vide (non, ne cherche pas le rapport avec le réservoir de la bagnole et le fait qu’on est censées marcher à ce stade de l’histoire).

Le début de la ballade flairait mauvais aussi, puisqu’au pied du fléchage de départ, guide à la main, nous sommes restées un bon quart d’heure à chercher le bon chemin pour partir.

Nous voici donc, à 16h27 de l’après-midi (tout le monde ne sait pas lire l’heure en 24 heures), en plein mois d’Août, un guide (de merde) à la main, prêté par une bonne amie commune qui a pour principal défaut d’être maniaque des livres. Détail qui a son importance, la vérité.

Après une montée de la mort durant laquelle, à tour de rôle, il nous a fallu trouver des prétextes bidons pour s’arrêter et respirer (genre : « Fais voir ce qu’ils disent sur le guide ? T’as vu comme c’est joli ? Oh, des moutons, là, en bas! ! »), nous voilà lancées, fières et alertes, à deviser justement sur notre sujet de départ qui nous amène à ce point de l’histoire : le sport de rentrée. Et à dire qu’on irait à l’aquasport, et puis tiens, si on se planifiait une rando par mois ? Viens on cale des dates en rentrant, comme ça on est sûre de s’y tenir. Ah oui, tu vas t’acheter un bâton de marche ? Tu crois que ça marche les bâtons de ski ? Et on est bien d’accord, hein, s’il fait froid, on y va quand même. Seulement s’il pleut on fait sauter.

Ouais, trop bien, trop motivées, les sportives du mois d’Août.

Et puis, on aurait dû se rendre à l’évidence quand, ayant entendu un grattement de mulot au pied d’un tronc d’arbre nous nous sommes conjointement mises à hurler : nous sommes des flippettes.

Des flippettes qui sont parties en rando à 16h30 de l’aprem, fières d’avoir sélectionné une ballade balisée et fières de suivre le balisage comme des grandes depuis le début presque sans problème (le démarrage ne compte pas), fières mais sans boussoles, avec peu de batterie de téléphone et évidemment point de carte IGN. Très mal équipées en somme.

Si bien qu’après un malentendu entre le guide (de merde) et le balisage du sentier, nous nous sommes retrouvées dans un cul de sac paysan (un champ dans lequel nous ne trouvâmes plus une once de sentier) qui nous a conduites à rebrousser chemin et à prendre un autre sentier. Et à nous enfoncer un peu dans les sous-bois.

« Toute façon, on est niquel, la voiture elle est par là. »

Ne voyant aucun balisage durant les 3/4 d’heure suivants, nous avons commencé à douter quand même. A penser que peut-être, nous étions sorties du sentier, et que nous ferions mieux de nous repérer différemment. Avec un GPS par exemple. Enfin l’appli Maps du téléphone. Ah ? Pas de 3G ? Ah, bon, d’accord. Viens, on regarde la mousse des arbres.

« Tu sais, c’était écrit 2h sur le livre, et ça fait bientôt deux heures. Sauf que là, on n’est pas du tout vers la voiture hein. Tiens, j’ai plus d’eau. »

Et petit à petit, le sous-bois s’est épaissi. Nous étions donc en pleine forêt. Le soleil déclinait sérieusement, et aucun fléchage n’existait plus. Il était l’heure de la pause pipi.

Après avoir fait pipi chacune dans notre coin (épreuve qui nous a fait nous sentir prêtes pour Koh Lanta, puisque nous n’avions pas de mouchoirs), je n’ai plus vu Ingrid. Je n’ai plus vu que ça :

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Oh my god, elle a disparu. Seules ses affaires subsistent.

Là, j’ai balancé à voix haute : « Putain, on dirait Le Projet Blair Witch * », ce qui a eu pour effet de rendre ma copine hystérique mais en même temps, elle est sortie de son buisson derrière lequel elle n’avait tout simplement pas fini de s’égoutter.

Nous continuâmes quelques temps. Tout de même, aucun balisage, c’était peu commun.

J’avais alors retrouvé du réseau, et contacté mon cher et tendre mari pour lui expliquer que nous venions de traverser pour la 5ème fois l’épreuve de la patte d’oie sans fléchage, où tu choisis ton chemin au petit bonheur la chance et que non, nous ne serions pas à l’heure pour la séance de ciné de 19h30 étant donné qu’il était 19h.

"Moi je dirais à gauche." "Et moi je dirais à droite."

« Moi je dirais à gauche. »
« Et moi je dirais à droite. »

Après quelques centaines de mètres et quelques craquages de branches bien flippants, nous voici saines et sauves sur la route principale ( la D113 mon cul).

Et là, tu sens poindre ce moment mémorable de ta vie où tu as bien conscience que tu joues un truc de dingue en pire, ce moment dont tu te souviendras toujours. Ce moment où au lieu de suivre la route principale tu choisis de te ré-enfoncer dans la forêt parce que le fléchage, réapparu comme par miracle t’indique « Malval », et que ta bagnole est garée au « Col de Malval », et que tu crois que c’est kif kif.

Sans trop rentrer dans les détails, nous voilà parties pour une heure et demie de flippe intense. Traverser une forêt en fin de journée, être seules au monde, croiser un motard (cross) en tenue de ville (suspect, non ?) et hésiter à l’arrêter pour lui demander ton chemin. Moi, hein, parce que ma copine Ingrid, elle, ne le voyait pas de cet oeil-là :

« S’il s’arrête et s’il nous parle, je lui fracasse le crâne à coups de caillou .»

Se mettre à hurler comme des dingues terrorisées parce que mon téléphone sonne un sms.

Marcher sans parler et sentir que tu t’éloignes, loin, loin de la direction que tu devrais prendre. 

Voir le soleil décliner.

On s’est dit que quand même, on n’était pas très raisonnables de partir comme ça, sans rien, même pas une couverture de survie pour pas crever là, seules, bouffées par les loups (te fous pas de ma gueule, on était à 10 bornes d’un parc animalier de loups, alors si y’en avait un qui s’était échappé, on était dans la merde, on peut jamais savoir).

Le pire, c’est en cherchant un truc dans le sac à dos on a vu que ma gourde s’était vidée et que le livre de ma copine était tout niqué. Là, j’ai vraiment commencé à avoir des sueurs froides.

On sait pas comment, mais on a fini par arriver à la voiture saines et sauves, après 4 heures de marche. J’étais tellement soulagée que j’ai failli lui rouler une pelle à ma voiture.

On mettra de côté le fait qu’on soit restées en roues libres un bon moment histoire d’éviter le stop en micro short à la nuit tombante aux abords de la forêt de la sorcière de Blair.

Hier, j’ai reçu un sms de ma copine Ingrid qui me propose d’aller marcher le 15 septembre. Le 15 septembre? Non, je peux pas, j’ai un truc. Les autres jours non plus d’ailleurs. Lui dîtes pas, hein, sinon elle va croire que je fais partie des 60 %.

*Le pire film de ma vie, ever ever ever.

Un jour en colonie, la si la sol.

4h du matin, avant-veille du départ, dans ma tête :

  • Relire encore la liste du trousseau des affaires à préparer pour être sûre qu’elles auront tout;
  • Préparer dans des sacs plastiques une tenue par jour. Comme ça elles ne mélangeront pas le linge sale et le linge propre. Et bien penser à mettre « Jour 1 », « Jour 2 » sur chaque sac;
  • D’ailleurs, penser à leur mettre un sac spécial linge sale. Et écrire dessus « Linge sale ». Si jamais elles oublient l’utilité du truc;
  • Ajouter une ou deux culottes en plus en cas de « petit accident », et aussi un peu des chaussettes. Et un ou deux pantalons, un short et deux vestes, au cas où elles aient froid;
  • D’ailleurs, leur mettre aussi une grosse paire de chaussettes pour la nuit;
  • Penser à la crème solaire. Ils ont oublié de l’écrire sur le trousseau, mais avec leur peau fragile, hein, on n’est jamais trop prudent;
  • Leur rappeler d’oser dire aux animateurs si quelque chose ne va pas, et aussi de pourvoir compter l’une sur l’autre. S’entraider, pas se crapuler. Si tu n’as plus de pantalon et que ta soeur en a un en trop, elle te le prête, ou encore partage la crème solaire ou le démêlant;
  • Leur faire répéter notre adresse, plusieurs fois. Pour la carte postale. Papi et mamie ? Non, pas la peine, concentre-toi su la notre, tu ne pourras pas retenir les deux…;
  • Penser à la tenue de fête; c’est pas écrit sur le trousseau mais si jamais vous faites une boum le dernier soir, au moins vous serez jolies. La classe en toute circonstance, disais-je ;
  • Ne pas pleurer au départ du car, ne pas harceler l’animatrice sur les moustiques, l’heure du coucher, la mixité, le fait qu’elles portent des lunettes, leurs histoires de transit…;
  • Peu à peu, leur lâcher la grappe.

Et pour le cadeau de fin, tiens pour ta journée : « Un jour en colonie, la si la sol, un jour en colonie la si la sol fa mi. On sautait sur les lits, la si la sol, on sautait sur les lits la si la sol fa mi… »