Juste une minute

Je suis là, avec mes larmes qui ne veulent pas couler, pleine de tristesse et de désespoir.

Je pense à vous, je pense à toi, qui es là-bas, en plein coeur du gouffre de folie qui anime Paris ces jours. Qui doit tellement pleurer. Et affronter des fantômes encore et encore, et encore pire aujourd’hui.

J’ai de la peine, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Mais mes larmes ne viennent pas.

Parce que tous les jours, je vois monter, je vois gronder, sous mon nez cette violence, cette haine, ces gamins laissés sur le bord de la route. Pire, ces gamins mis sur le bord de la route, et puis laissés. Et à qui on reproche d’y être.

Collège miteux, vétuste, des années 70, cubes en carton pâte mal insonorisés, salles de classe toutes petites. Ici, point d’ère numérique, écris et tais-toi, tu écris mal, tu parles mal, tu ne travailles pas, poil dans la main, quel niveau scolaire abominable, tu ne t’adaptes pas à l’école, qu’est-ce que tu viens faire ici, tu es vraiment un touriste.

Banlieue morte, pas de perspective, pas d’objectif à part se casser d’ici, c’est moche et ça pue. Se casser, sous n’importe quel prétexte.

On ne s’occupe pas de nos jeunes. Enfin si, de ceux qui sont bien nés. On ne s’en occupe pas, mais d’autres le font. Disons plutôt qu’ils leur font croire qu’ils s’occupent d’eux, qu’ils sont importants, pour une fois. Et qu’ils le seront encore plus quand ils seront morts, même en miettes.

Je me suis mise à espérer, à me dire : « Pitié, pas une minute de silence. Pitié, pas une énième minute de silence ».

Et hier, la nouvelle est tombée.

Et cet après-midi, ce soir, on se plaindra de ces jeunes à qui on a demandé d’observer une minute de silence, de rester une minute entière à penser à la mort sans ricaner, sans sourciller, de penser au Djihad comme à quelque chose d’abominable alors que pour certains il serait la porte de secours, la vraie, ici c’est pas la vie, c’est la mort, d’être emplis de compassion, et qui par opposition, malaise et pure adolescence, ricaneront, bougeront, provoqueront.

Et donneront du grain à moudre aux autres connards.

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