A bon entendeur…

Ni les lundis cup of tea, ni les thermos entiers de tisane sur mon canapé, ni les cours de yoga pris cette années n’auront eu raison de mon désarroi professionnel.
Des années que je cherche le lieu, ma maison professionnelle. Que j’essaie des écoles, des villes, des institutions.
Des années de chouettes rencontres, avec des gosses, des parents, des collègues devenus des amis.
Des années de questionnements, d’échecs scolaires essuyés, et quelques réussites aussi.
Mais de moins en moins.

Trois ans d’école extraordinaire. Et il faut dire que dans l’école extraordinaire, les élèves sont tellement extraordinaires qu’ils ne sont plus à portée de main de nous autres, enseignants. Plus clairement : les élèves dont j’ai eu la charge ces trois dernières années sont en errance dans notre système scolaire, qui, sous couvert de vouloir les inclure à l’école comme « les autres » les pulvérise intérieurement. Il est vrai que selon le point de vue, l’école inclusive fonctionne : les élèves porteurs de handicaps cognitifs scolarisés en REP+ (=mes élèves) échouent au moins aussi bien que leurs camarades, voire même mieux. A la différence près qu’ils sont montrés du doigt car différents. Beaucoup ne savent pas lire, ont d’importantes difficultés de compréhension, très peu d’autonomie, et un manque de confiance en eux intersidéral, agrémenté de quelques tocs et de bons gros troubles du comportement.

La difficulté majeure à ce stade de ma carrière, c’est que je n’ai pas la capacité à me dire que c’est comme ça, qu’on ne peut pas changer les choses, que je n’y suis pour rien. J’y suis pour quelque chose puisque l’institution scolaire, forcément, j’en fais partie.
Je suis prof. Enseignante spécialisée, fonctionnaire d’état. Membre à part entière d’un système scolaire qui me déplaît, qui brise les fragiles, enfants comme adultes. Et qui par dessus le marché mène depuis quelques années des campagnes de com’ ô combien maladroites quand elles ne sont pas ridicules.
Je suis entrée dans l’Educ’Nat’ en 2005. Ont suivi une année de congé mat’ et une année de stage. Puis Sarkozy. On sait tous que c’est la merde depuis tout ce temps.
On sait tous que même la gniaque de se battre contre les gouvernements successifs, on l’a perdue.

Et même la gniaque pour écrire, tu l’auras remarquée cette année, je l’ai perdue aussi.
Je n’ai plus envie que mon travail soit un combat, je suis fatiguée. J’ai envie d’enseigner, de partager, de voir l’étincelle. Avec les gamins, avec les parents, avec mes collègues. Des fêtes d’école, des beaux souvenirs. Des grands sourires et des éclats de rire derrière la porte de la classe. Des projets en gestation, les moyens de les réaliser. Les voir construire, fabriquer, raconter, montrer. Voilà ce que je veux.

J’ai choisi d’enseigner, et aujourd’hui je n’enseigne plus. Cette année, j’ai soutenu, consolé, protégé énormément, accompagné. Etayé comme on dit chez nous. Tenté d’éduquer. Apaisé les souffrances, en tout cas tenté de le faire. Une maman ? Une éduc’ ? Une infirmière ? Un travailleur social ? Tous ces métiers sont chouettes, mais ce ne sont pas les miens.

Je pourrais faire le mouvement, opter pour travailler dans d’autres milieux, plus « faciles », plus aisés. Je pourrais. Mais j’ai besoin de changement, et de faire concorder ma remise en question professionnelle avec l’entrée au collège de mes filles. Un virage serré en somme.

 

Alors voilà, je pars. Comprends-moi, je ne démissionne pas. Pas encore, j’ai besoin de recul d’abord. Je pars en famille, enseigner à l’étranger. Pas de cause noble, non, rien d’ambitieux. Les causes nobles m’ont tuée, alors si vous permettez, je vais me reposer un peu, psychologiquement du moins.

Demain, je pars pour un autre pays. Au moment où je te parle, deux armoires à glace s’affairent dans mon sous-sol en prononçant des mots incompréhensibles avec des « r » roulés et des « k » partout. Et qui grognent qu’il fait chaud chez nous.

Je vais peut-être fermer la porte de ce blog, car il me semble qu’en quittant l’école ici, ma matière première s’envole. J’en ouvrirai bien un autre sur la psychiatrie. Un truc avec le mot « chrysalide » dedans? Stay tuned les gars. Rappelez-vous, « Chrysalide ». Mais je vous préviens, si vous cherchez la poilade, passez votre chemin. Un autre combat, plus personnel cette fois, car les choses doivent être dites.

Dire qu’on va devoir apprendre le néerlandais, putain.

Allez, salut…

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#Guimauve

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Voilà, à peine le temps de se connaître, de dire ouf, et puis, ça y est, l’année est finie. Une année riche, dense, jalonnée par des rencontres denses, des amitiés naissantes (mes collègues), et puis surtout, vous, toi, les élèves.

À peine le temps de la rencontre, et voilà, il faut nous dire au revoir.

Toi, la roumaine aux cheveux noirs corbeaux, aux ongles longs, peints de façon … très personnelle. Toi qui lis bien, mais n’écris pas sur les lignes, déchire tous les papiers en petits, tout petits morceaux, toi qui fous de la colle partout, sur tes doigts et sur la table. Toi qui perds tous tes cahiers, tous les stylos, les tiens, les miens, et ceux des autres, mais après les avoir réduits en miettes, bien sûr. Toi qui avais mieux à faire que venir en cours : dormir, faire des courses, ou pas envie. Mais qui est venue en ULIS tout le temps, ou presque. Toi pour qui trouver un stage, et une orientation professionnelle a été un véritable casse-tête. Toi qui es si timide, et qui montre tout à la fois : le décolleté, le dos nu, la jupe si courte. Toi à qui personne n’a appris que non, ce n’est pas possible de s’habiller comme ça dans notre société et d’inspirer le respect, même si on est une toute petite fille en dedans, on n’en reste pas moins une jeune fille de 16 ans en dehors. Toi à qui il a fallu que j’explique comment tu devais t’habiller pour passer le CFG *, à qui j’ai donné RV devant le collège et qui est arrivée en bus, une minute trente avant l’heure indiquée sur ta convocation, essoufflée, paniquée, en stress complet, redevenue si fragile à nouveau, de devoir parler à un jury que tu ne connaissais pas, sans moi, non bien sûr, tu dois y aller seule, c’est ton examen, pas le mien.
Je ne t’ai pas appris grand chose, on partait de trop loin; arrivée en France et à l’école à 10 ans pour la première fois de ta vie, trois changements de collèges et de logements (Logements ? Habitations ? Cabanes).
Je t’ai montré des films que tu ne connaissais pas.
Et pour te dire au revoir, je t’ai offert un carnet pour griffonner, écrire, coller, faire ce que tu veux, et toi, tu m’as sauté au cou, avec des larmes plein les yeux. J’aurais tellement aimé avoir 10 ans devant moi avec toi, pour te montrer et pour t’apprendre. Recommencer du début : la maternelle, découper, déchirer, entourer, coller, se socialiser, rester assise, être à l’heure, être assidue, jouer, parler et tout le reste. Tu m’as sauté au cou, et râclé les fonds de tiroir pour m’offrir une énorme tablette de chocolat, avec des grosses noisettes, et une crème anti-âge pour homme (?). Oui.
Merci pour ce geste qui paraît peu, mais je sais à quel point il est coûteux, et important pour toi. Il l’est pour moi aussi.

À toi aussi, le grand timide, dyspepsique et désarticulé, je dois dire au revoir. Tu es bien entouré, ton année de 3ème a coulé, tranquillement, tout le monde t’aime, les profs et les élèves, tu iras en lycée pro l’an prochain, enseignement adapté aussi, tes difficultés sont trop nombreuses pour qu’il en soit autrement. Tu es si sage, si calme. Tellement jeune à l’intérieur que ta maman te protège tout serré.
Je t’ai un peu bousculé, moi. Parce que la vie, ça bouscule. On a parlé d’amour (quand ils s’embrassent dans Twilight, tu te souviens ?). On a parlé de sexe aussi. Élève multidys et prisonnier de ta propre tête, de ta propre bouche, à qui on a posé des questions sur la contraception le jour du CFG, tiens. J’étais avec toi, tu étais dans tes micro-souliers. Mais tu leur a quand même montré tes dessins, tes BD dont tu es si fier, et moi aussi, nous aussi, nous sommes tous fiers de toi.
Je t’ai offert un carnet pour dessiner, avec un crayon en velours, que j’avais rapporté du Danemark. Tu étais heureux, là, devant moi, à ne pas savoir comment dire merci. Tu ne savais pas si tu pouvais me faire la bise, ou me serrer la main, voire verser une petite larme. Tu es resté là, tout dégingandé que tu es, avec tes longs bras le long de ton long corps, embarrassé par toi-même. Et vu que je ne suis pas forte pour les grandes démonstrations, j’ai fait pareil, en moins dégingandée et avec plus de larmes dans les yeux.

Et enfin, il y a toi, dont on avait parlé ici, et dont on a parlé toute l’année tellement tu prends de place. Toi qui a trouvé un projet professionnel qui tient vraiment la route. Toi qui reviens de loin mais qui a tellement de route à faire encore pour entrer dans les cases de l’acceptable par notre société. Toi qui fais tellement de bruit et qui réponds à tout le monde, tout le temps.
Toi qui nous a dit que si tu croises ta mère, la vraie, hein, pas celle qui t’élève, celle qui t’a abandonnée, quoi, elle va « se manger une sifflante ». Mais qu’avant, tu lui poseras plein de questions. Tu m’as dit au revoir plein de fois, tu m’as écrit un poème, en cherchant minutieusement l’orthographe des mots sur l’ordinateur de la classe. Une déclaration d’amour terrible, comme tu sais les faire depuis peu, tu as ouvert les vannes et maintenant tu ne sais plus les refermer.
Je t’ai offert un carnet pour écrire des slams, parce que tu es forte en slams et pauvre en carnets, avec un stylo, minutieusement choisi pour te ressembler, un peu ado mais avec plein de coeurs. Ton père a pris le carnet en décrétant : « Toute façon, tu vas en faire quoi, toi? ». Il ne te l’a pas rendu. Si j’avais su qu’il serait jaloux, j’en aurais pris un pour lui. Mais ce qui t’importait, de toute façon, c’était d’avoir récupéré le mot à l’intérieur.
Merci de m’avoir entraînée à la patience, merci aussi pour tes leçons de vocabulaire. Grâce à toi, je sais aujourd’hui ce qu’est « un bigo de la gratte ». Et au passage, bien sûr que moi aussi, je t’aime, mais je ne pouvais pas te le dire comme ça, voyons.

Il est temps de se quitter, et pour vous de partir, de continuer à grandir, cheminer vers votre vie d’adulte qui se rapproche de plus en plus vite, aujourd’hui si près.
Moi je reste là encore un peu, au chaud, avec les autres, ceux qui restent et aussi ceux qui arrivent. Qu’il va falloir driver, cadrer, guider, aider, et aimer, aussi, un peu.
Même s’ils finiront, eux aussi, par partir.

 

 

Le radeau – Introduction

En arrivant, je pensais trouver des élèves limités, neuneus comme ils disent, bêtes parfois, stupides d’autres fois. Certains d’ailleurs sont très limités en compréhension, c’est vrai, et c’est ce qui les empêche de progresser normalement. Ils sont là pour que malgré cela, je puisse les aider à apprendre et se construire.

Ce n’est pas le cas de tous. D’autres ont des troubles de la mémoire, une carte mère qui n’imprime pas. D’autres ont des troubles du langage écrit (que tout le monde connaît sous le nom de dyslexie), associés avec des troubles de la mémoire et des difficultés de compréhension.

Joli package.

Et puis il y a les autres. Ceux que je ne pensais pas trouver là, et qui sont une rencontre explosive pour moi. Explosion nerveuse, explosion de sentiments, explosion de colère parfois, explosion d’amour. Ce sont ceux qu’on appelle les « empêchés de penser », ceux que la situation familiale ou environnementale a laissés sur le carreau, parce qu’ils n’avaient pas les ressources pour lutter. Ceux qui ont la « pensée figée ». Frozen. Ceux pour qui apprendre, c’est se mettre en danger, et qui ne travaillent plus, ne progressent plus, n’apprennent plus. À tel point qu’on a pu les trouver déficients pour des tests. Et qu’ils sont aujourd’hui ici.

Les voici tous sur mon radeau.
Les déficients, les multi-dys, les figés.

Une partie des éclopés de l’école, en somme.

Sur mon radeau, on rame ensemble.
On rame en Français. On rame en Maths. Surtout moi, en vrai.
On rame en Histoire. On rame en Géo. On rame en Sciences Physiques. Surtout moi encore.

Et puis on parle, beaucoup. Eux parlent surtout, et moi j’écoute. L’injustice, la souffrance, la stigmatisation.
« Ils disent qu’on est handicapés. Quand je viens ici, je me cache. »
« Je sais pas pourquoi je suis là. »
« Un jour, ma mère m’a dit que j’allais changer d’école. C’était en primaire. Et puis, un taxi est arrivé. Je suis monté dedans, et il m’ a emmené dans ma nouvelle école. Et là, je suis entré dans une classe où on n’était que 12. C’était une CLIS, et je comprenais pas pourquoi j’étais là avec ces élèves bizarres. »
« Le prof de techno, il m’a fânée, de toute façons, j’irai plus dans son cours de merde. J’y comprends rien. »
« J’ai rien compris à la leçon de physique et j’ai un contrôle demain. On peut la travailler ? »

J’écoute, je cajole, je recadre surtout. « L’étayage », dit-on en pédago.

Je sors ma boîte à outils, je bidouille, je répare, j’ajoute une rustine, je les regonfle un peu, je leur serre un peu la vis. Ils repartent un peu moins abîmés, au mieux. Jamais remis à neuf.

Je leur fabrique des outils, des aides, des béquilles qui leur permettent d’être moins bancals, au moins pour un instant. Le temps d’une lecture, d’une leçon, d’un exercice.

Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire, de partager ça avec vous, parce que je suis tellement avec eux. J’ai eu besoin de recul pour vous les raconter.

Et ouvrir une nouvelle rubrique que j’appellerai « Le radeau ».

À très vite, alors.

Allez, salut.

Sortie scolaire V. 2015

La sortie de fin d’année étant le billet incontournable de tout blogueur parent (enseignant qui plus est) qui se respecte, j’avais dans un premier temps décidé de ne pas le faire.

Et puis, je me suis soufflée à moi-même une idée que j’ai trouvée fort géniale (ça va, mes chevilles vont bien, trankil.) : on ferait un réseau de billets de blogs sur le thème de la sortie scolaire, avec plein de blogueurs drôles et intelligents, et on écrirait et on partagerait tout ça sur nos blogs respectifs. Un truc participatif quoi.

J’ai commencé à prospecter : « Salut, c’est moi, Léonie, bon je suis pas une iffluenteblogueuse mais quand même j’ai des lecteurs qui pètent leur mère, alors voilà, on s’est dit avec moi-même que si ça te disait on pourrait écrire un truc participatif ou même si t’as pas le temps d’écrire on pourrait ressortir un vieux billet drôle, et tout. ». Et on m’a répondu : « Non merci, ça ne m’intéresse pas. ».

Je me suis un peu sentie comme la fourmi qui se fait remballer par l’éléphant de la savane en un coup de queue, un seul.

Alors j’avais laissé béton.

Et puis, j’ai vécu la meilleure sortie de fin d’année de la vie de pour l’instant. Je me suis dit qu’il me fallait la partager, et venir vous la conter.

Sache d’abord qu’en IME la sortie est bien facile. Disons bien plus facile. Déjà on a moins d’élèves et un taux d’encadrement bien plus confortable : souvent, je sors avec 8 élèves et nous sommes 3 adultes (au moins). Ensuite, nous avons à disposition des véhicules de type camionnette estampillée « Association dont je tairais le nom à cause que je souhaite être anonyme », qu’il suffit de réserver une semaine à l’avance. Et enfin, sache que pas mal d’endroit sont gratuits pour les publics porteurs de handicap, et ça, la vérité si je mens, ça pète sa reum. De plus, en terme de paperasseries, tu remplis une fichounette quelques jours avant, tu fais signer ça par un chef et hop, emballez c’est pesé, bonne journée Mâame Qui Pique.

Ce qui ne signifie pas que les sorties se passent mieux. Par exemple, lors de mon avant-dernière sortie, un de mes élèves a tellement gonflé l’animateur du Planétarium que celui-ci l’a menacé (au micro, paie ta latche) d’appeler la sécurité pour le sortir. Et comme il continuait à faire des commentaires à voix haute pendant la projection du film sur la galaxie, ma collègue l’a sorti elle-même, et il a fini par hurler dans le hall du Planétarium : « VOUS ÊTES TOUS DES PUTES DANS CET IME DE MERDE ! BANDE DE PUTES ! CETTE ÉCOLE DE MONGOLES ! »

Hum hum.

Autant te dire que je flipouillais un peu de la sortie suivante. Et ben non, elle fût géniale. Et d’ailleurs, les copains-ines d’Instagrolles en ont vu quelques extraits.

D’abord, un temps mirifique. Et puis, 4 adultes pour 8 gamins. Tu as donc déduit un taux d’encadrement de 0,5 (Wow, fac de maths ?) ou en d’autres termes, un adulte pour deux enfants (pour les autres).

Vu que nous étions partis pour effectuer une sortie à visée hautement pédagogique, nous avons commencé par installer le matériel.

Là, on fait du calcul (dénombrement).

Là, on fait du calcul (dénombrement).

Pff, ça m’a crevée, alors j’ai bu un petit jus sur le fauteuil de camping que mes chers élèves et moi surnommons « la chaise à mémé » (en vrai, dans le texte ça donne « Pousse-toi, laisse la chaise à mémé pour la maîtresse, putain! »).

Fffffffff, c'est dur, là.

Fffffffff, c’est dur, là.

Nous avons ensuite mis en route l’atelier numéro 1 :

Là, on fait de l'Histoire (Cuture humaniste, se repérer dans le temps, la Préhistoire, l'histoire du feu)

Là, on fait de l’Histoire (Cuture humaniste > Se repérer dans le temps > la Préhistoire > l’histoire du feu)

Oui, parce que vois-tu, toi, le prof qui bave de jalousie, le gros gros taux d’encadrement a des avantages secondaires, comme la surveillance du barbecue que tu peux facilement coupler avec la surveillance du groupe. Tu peux même enseigner le barbecue.

La juste cuisson, c'est tout un art.

La juste cuisson, c’est tout un art.

Arrive alors l’atelier « Ouverture de paquets de chips en faisant péter » (sinon c’est pas une sortie scolaire) sans que tout tombe. D’un point de vue pédagogique, on pourrait facilement rattacher cela aux sciences (communément appelées « Culture Scientifique »), avec l’air, le gaz, tout ça, là.

Oui, saveur barbecue. ÇA VA HEIN C'EST PAS MOI QUI FAIS LES PICHNIK, NAMEO LÀ.

Oui, saveur barbecue. ÇA VA HEIN C’EST PAS MOI QUI FAIS LES PICHNIK, NAMEO LÀ.

Et puis, parmi les temps forts de la journée, celui-ci :

On n'est pas bien, là, décontractés du gland ?

On n’est pas bien, là, décontractés du gland ?

Tiens, un autre point de vue :

Où est Charlie ? (dans son cul n'est pas la réponse)

Où est Charlie ? (dans son cul n’est pas la réponse)

Bon en vrai, tu n’as pas le son, sache que c’était bien moins paisible qu’il n’y parait, et si tu doutes, dis toi que cette élève était présente (CLIQUE SUR « CETTE ÉLÈVE », C’EST UN LIEN) (On sait jamais, j’ai des potes pas très branchés nouvelles technologies).

Et en vrai bis, on a fini par faire du jardinage. 30 minutes, mais vu qu’il faisait chaud, ça compte double (des sciences et des maths dans la même phrase, ce billet est bon pour servir de projet pédagogique de sortie scolaire avec nuitée).

Et puis une bataille d’eau et un grand cache-cache (Où certains se sont vraiment perdus…Les troubles de la mémoire, ça pardonne pas.)

Personne n’a vomi. Je n’ai gueulé sur personne. Une sortie qui m’a même détendue.

C’est bien ce que je disais, la meilleure de toute ma vie de pour l’instant.

Et pour s’en remettre, une petite soirée détente :

Là aussi, on fait du calcul. On compte les calories (et les grammes).

Là aussi, on fait du calcul. On compte les calories (et les grammes).

Ma vie comme un tournage de «Mommy»

Où tu comprendras pourquoi quand je suis allée voir le film « Mommy » j’ai cru que je faisais des heures sup’.

Cesse de hurler, tu viens d’arriver, il est à peine 9 heures. Elle n’a pas appelé ? Donne-moi ton téléphone, on va le mettre dans la boîte. Tu sais que c’est pour éviter que ça ne te torture toute la journée. Allez, pose-le, que tu puisses t’asseoir et commencer ta journée plus calmement. Elle t’appellera ce soir.

Non, je n’en suis pas sure, mais je suppose.

Arrête de courir à l’intérieur, regarde : tu viens de faire tomber cette tasse. Aide-moi à la ramasser. Attention, ne te blesse pas. Et calme-toi, ce n’est pas grave. Je sais que quand tu ris aussi fort, c’est que tu es angoissée. C’est rien, c’est juste une tasse. Non, elle ne venait pas de mon mari. Si je dors avec lui ? Non, mais là tes questions sont trop personnelles, je n’y répondrai pas.

Allez, on va en classe. Prends ta pochette de travail et au boulot.

Oui c’est vrai que maman n’est pas là. Mais tu ne peux pas passer ta journée la-dessus, il faut essayer de passer à autre chose.

Non, non, arrête de crier comme ça, et on ne dit pas « Salope ! » en parlant de sa maman, non, ça ne se fait pas.

On ne dit pas « niquer » pour parler de son papa non plus.

C’est bien, je te félicite : cela fait 20 minutes que tu travailles sur ces calculs, c’est bien, regarde comme tu progresses. Souviens-toi, en début d’année il te fallait déjà une demi-heure pour entrer en classe et tu ne restais pas assise plus de 5 minutes.

Arrête de gratter ton poignet, là. Non mais ça suffit, c’est pas vrai, regarde, tu saignes. Oui va mettre un peu d’eau.
Comment ? Mais évidemment, c’est normal que ça inquiète les gens dans le bus le matin si tu te grattes fort les poignets avec tes ciseaux. D’ailleurs donne-les moi ces ciseaux, tu vas te blesser un jour en faisant un geste pareil. Je sais que tu n’es pas contente mais tant pis, tu ne repartiras pas avec ces ciseaux ce soir, c’est sûr.

Allez, viens t’asseoir, on va essayer de lire un peu ces mots qui sont au tableau.

Je sais que tu as mal aux pieds, mais franchement, tu as passé la récréation à mettre des coups de pieds dans le banc en fonte, c’est normal ma grande que tu aies mal maintenant.

Remets-toi au travail. Oui, c’est ça : « Aujourd’hui, « n » et « ou » ça fait ? Oui, « nou » !  Bien, le « s » est muet, tu as raison. « somme « , oui encore un « s » muet, et ce mot-là, c’est « m..a…r… » Oui ! Mardi. Nous sommes mardi. Voilà.

C’est bien, tu progresses en lecture.

Ah non, pas de gros mots, sinon je mets une croix dans le tableau des gros mots. Si, si, « Casse les burnes » c’est un gros mot et tu n’as pas le droit de dire ça en classe. Allez, viens, assieds-toi.

Je vais te donner un coloriage magique pour que tu puisses t’apaiser un peu. Tiens, je te prête ma calculatrice. Tu en prends soin, hein.

Je sais que tu es inquiète parce que tu as peur que maman ne vienne pas au rendez-vous le mois prochain. Oui, je sais, quand tu avais 8 ans. Et tu ne l’as pas vue pendant 5 ans. C’est vrai, c’est long. Oui, c’est vrai que ça fait trois fois qu’elle annule les week-end et que c’est ce qui t’inquiète. Tiens, prends la boîte de feutres.

« Maîtresse », oui. Non, pas « maîcresse », « maîtresse » , avec un « T » comme dans tapis. Tu es grande maintenant, tu as 14 ans, il faut que tu essaies de prononcer correctement. Oui, comme dans « taper » aussi, tu as raison. NON ! Tu n’as pas le droit de taper les autres, et moi non plus. Je sais que tu as besoin de toucher, tu as le droit de toucher mon bras, mais gentiment, pas de me faire mal. Oui, comme ça. Doucement.

On passe sur l’ordinateur ? Approchez-vous, on va faire de la géométrie tous ensemble.

Non, ce n’est pas le moment de faire des câlins, lâche mon bras, il faut travailler un peu maintenant. Oui, on est là pour ça.

Je sais…Je sais…Chhhhhhhhh…..Voilà, pose-toi, comme ça. Non, tu sais bien que ce n’est pas possible. Je ne peux pas.

Non, je ne peux pas être ta maman.