La chamade : le blog de Zoé, illustratrice

Alors là, tu vois, voici un parfait exemple de ce qui me rappelle pourquoi j’aurais tellement aimé être douée en dessin (et que celui qui me dise « oh mais si, chuis sûr que t’es pas si mauvaise se souvienne de ça).

Parce que l’illustrateur est aussi auteur de ses textes. Et que l’inverse ne fonctionne pas. C’est pour ça que je bave pour écrire avec un illustrateur mais pour l’instant je trouve personne, parce que personne m’aime et que c’est la crise. Et aussi parce que ces salauds, ils ont pas besoin que t’écrives pour eux, ils savent tout faire les enfoirés.

Alors aujourd’hui je vous présente un blog, un chouette blog, le blog de Zoé qui cumule les centres d’intérêts selon moi, parce que :

a) Elle illustre
b) Elle est la maman d’une gogo. Et je trouve vraiment intéressant que des parents viennent renifler ici ce qui s’y passe, et nous donner leur point de vue de parent.

Tu sais pas ce que c’est qu’un gogo? Je n’en dis pas plus, va voir le blog de Zoé.

Allez, salut.

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Rien

Rien

Cela fait un moment que je ne suis pas venue écrire ici. Je dois te l’avouer,  je suis en manque d’inspiration.

J’ai depuis la rentrée un nouveau poste. Je gère un dispositif spécialisé dans un collège, qui accueille des élèves atteints de troubles cognitifs variés.
Tout va bien, merci, si ce n’est que nous n’avons pas d’AVS depuis la rentrée. Des histoires de contrat, de paperasses.

Sujet polémique donc, puisqu’avec la rentrée, nous ne sommes pas un cas rare. Les témoignages de parents dont la scolarité des enfants ne tient que grâce à la présence de l’AVS à leurs côtés fleurissent sur la toile. Des enfants qui restent chez eux, parfois, des enfants qui pètent les plombs en classe, souvent.
Alors on crie au scandale, on s’offusque et c’est bien normal. La loi 2005 et la scolarisation des élèves handicapés, toussa. Et je suis bien placée pour savoir que sans l’AVS, en dispositif ou en classe, c’est vraiment compliqué.

Je pourrais faire un billet là-dessus. Mais la vérité, c’est que ça m’irrite.

Ce n’est pas l’absence d’AVS qui m’irrite, non, ça, ça me met le feu. C’est la pseudo révolte qui tourne autour. Le problème des AVS existe depuis que les AVS existent. Une riche idée, évidemment, mais à la française : sans moyens. Des gens qu’on paie comme des moins que rien, avec des contrats de 20 heures par semaine et à qui on demande d’être dispo pour s’adapter aux horaires des enfants (qui ont donc du mal à combiner cet emploi avec un autre), avec des CDD d’un an.
Étrange qu’on ait du mal à les recruter, non ?
Parce que souvent, c’est d’un problème de recrutement qu’il s’agit. Pas de candidats ou des candidats qui ne tiennent pas la route, des gens qui finissent des contrats en milieu d’année, des contrats différents selon les AVS … La croix et la bannière.
Les médias pondent donc leur sujet de rentrée, et la blogosphère s’indigne et crie au scandale. Et après ?

Après, seuls ceux qui ont les moyens (médiatiques, relationnels, intellectuels) auront leur AVS plus rapidement que les autres. Les autres ne diront rien. Les parents qui vivent dans ce qu’on appelle « les milieux défavorisés » et qui se battent déjà pour tellement de choses, ou qui ne savent pas qu’on peut se battre pour une AVS, que c’est un droit, ces parents, eux, n’auront pas leur AVS tout de suite. Ou pas du tout pour certains.

Ça me coupe l’envie d’écrire.

Dans les sujets polémiques (Victor) arrive évidemment celui des migrants. Je suis revenue de l’étranger cet été, coupée de l’actu, et je me suis pris de plein fouet cette vague médiatique. Les migrants par ci, les migrants par là. Un véritable phénomène de mode, amplifié par la célébrissime photo du petit mort sur la plage. On découvre subitement la réalité et la violence de la vie de milliers de gens qui fuient la guerre, la terreur ou la misère noire.
Les gens s’offusquent, se persuadant qu’ils sont à nouveau Charlie, alors qu’ils ne l’ont peut-être même jamais été. Et puis, quand ce phénomène de mode s’étiolera, qu’on passera au suivant, quid de la solidarité soudainement mise en place ?

Ça me coupe encore plus l’envie d’écrire.

Et d’ailleurs, quand on vient me parler de solidarité, je ris doucement. Je ris jaune fluo, hein. Parce que quand je vois le lynchage verbal dont a été victime Chag, une instit’ de CP qui n’a de tort que sa capacité décuplée à la déconne, ça me fait peur. Je vous le dis, les gens, vous me faites peur d’avoir la haine comme ça.

Un autre sujet polémique qui titille le blogomonde c’est celui des blogs qui deviennent payants. Pour toi qui n’est pas blogueur, je te dois une explication (les autres vous pouvez passer au point suivant = différenciation pédagogique). Certains blogueurs, et parmi eux de très bons, très très bons blogueurs, ont décidé de rendre leur activité de blogueur professionnelle. Ils ont décrété qu’après tout, c’était du travail et que tout travail mérite salaire et demandent une contribution à leurs lecteurs pour qu’ils puissent continuer à l’être (lecteurs). Bon, disons que chacun fait ce qu’il veut, chacun a sa propre conception du blog, de l’accès à la culture (quoi, ça s’trouve je finirai dans le dictionnaire) et compagnie. Une chose est sûre : si cette idée me vient, tirez-moi une balle dans la tête, comme dans The Walking Dead.

Point de billet là-dessus non plus.

Je pourrais écrire sur mes élèves, mais en général, je choisis des histoires moins fraiches, plus lointaines dans le temps, pour être sûre d’avoir le recul nécessaire avant de venir vous brosser ici le tableau de l’école d’aujourd’hui. Donc non, pas encore.

Je pourrais te dire que je me suis acheté un aspirateur DIZONE (oui acheté, 299 € même, ici point de sponso, point de cadeau, je te rappelle). Peut-être qu’on s’en fout, mais vu que je suis fonctionnaire, tu dois savoir où passent tes impôts. Dans la gestion de la poussière.

Intéressant comme sujet, mais qui ne mérite tout de même pas un billet de blog. Quoique.

Et aussi on pourrait parler de The Walking Dead, une série vraiment très très sale. J’ai toujours flippé ma race devant les films d’horreurs et je ne voulais pas voir cette série. C’était sans compter sur mon geek de mari qui est revenu du boulot en décrétant qu’on ne pouvait pas vivre dans ce siècle sans avoir vu la série. A nous donc les soirées à base de coups de hache dans le crâne, de zombies qui bouffent les viscères des survivants et arrachent avec leurs dents la clavicule des gens. Bon y’a quand même une intrigue. Mais franchement, c’est la palme du dégeu.

Rien à dire de plus la-dessus non plus.

Ah tiens, si, je pourrais écrire un truc sur les efluentmum4 auxquelles je ne participe évidemment pas, n’étant pas une blogueuse maman. Enfin je suis une blogueuse et une maman mais pas une blogueuse maman. C’est quoi une blogueuse maman?

Ah, ça, ça ferait un bon billet de blog, tiens.

Allez, salut.

Si tu viens en IME…

classe

A toi qui a eu un IME au mouvement et qui flippes.
A toi qui compte y aller un jour.
A toi qui compte ne jamais y mettre un pied (ce sera peut-être toujours le cas mais au moins tu sauras pourquoi)
A toi qui connait un gosse en IME, si tu te demandes ce qu’il fait de son temps, là-bas.
A toi qui a déjà renversé un gamin d’IME en passant devant un jour (rigole, elle se reconnaîtra).
A toi que ça intéresse, un point c’est tout.

Voilà ce que c’est.

D’abord, IME = Institut Médico Educatif. C’est donc un institut dans lequel on accueille des enfants ou des ados, déficients légers, moyens ou sévères et à l’intérieur duquel il y a une école (une Unité d’Enseignement pour être précis, mais ne jargonnons pas trop), mais aussi des éducateurs (ou assimilés) et un service de soin.
L’IME dans lequel je travaille accueille des adolescents déficients légers avec troubles de la personnalité, troubles du psychisme et troubles du comportement. Oui, j’ai le combo gagnant. Non je ne m’ennuie pas.

Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est que dans un IME, tu travailles avec d’autres gens que des enseignants. Et ça, pardon pour ceux qui me lisent, mais c’est pas mal du tout. Ils se carent de la « zone proximale de développement » et autres pédagogismes, et t’apprennent grave à te décentrer. Le premier truc que tu apprends quand tu arrives, c’est que non, l’école n’est pas le centre du monde de tout le monde, et que oui, certains enfants, certains ados progressent dans d’autres domaines, là où l’école les laisse parfois minable.
Le seul truc avec ces gens (les EDUCATEURS pour ne pas les nommer), c’est qu’ils font parfois des trucs bizarres.
Genre ça :

poules

En IME, il y a des ados qui ne savent pas lire. Et sans rire, ce n’est pas en sortant ta méthode Gaffimoncul que ça va fonctionner. Non, ce sont de vrais défis ces gosses. Tu lui sors la totale, les syllabes en couleur, les gestes de Borel Machinchose et Aloavero, mais non, le gosse ne sait toujours pas lire. Par contre, il peut, parfois, sur un malentendu, te sortir une bulle comme :
« On mange dans 12 minutes.
– Ah ? Et comment tu le sais, M.?
– Ben, c’est écrit sur ta montre ».

Ah oui. Sauf que sur ma montre, il est écrit 11h48. C’est comme le nombre d’allumettes dans la boîte.

En IME, il m’arrive de travailler les maths avec ça :

maths

Et j’ai aussi des élèves qui n’écrivent pas. Alors on utilise ça :

lettres

Mais attention, je t’arrête, ce ne sont pas des maternelles. Même si certains outils rappelleront quelque choses aux maîtres de moyenne et grande section, comme celui-ci :

catego

Non, ici, on écoute Jul aussi, ainsi que Maître Gims et Vitaa, et bien d’autres festivités sympathiques (j’en ai même un qui connaît Lacrim par coeur). Et ici comme ailleurs, on a des histoires de coeur, on a des papillons dans le ventre (et aussi dans la culotte, hein, déficient ou pas, c’est le printemps chez tout le monde en ce moment).

En IME on travaille avec des outils visuels; par exemple, jamais une fois de ma carrière je n’ai utilisé les tableaux de comportements et autres permis à points et ceintures. Là, je n’ai pas eu le choix. Dès la première demi-journée de classe, un gamin m’a dit : « Alors, c’est vert ? ». J’ai fait style : « Non, mais tu sais, on n’a pas besoin de mettre un point pour voir qu’on s’est comporté comme il faut, qu’on a fait le travail demandé, et tout ça. »

Ah tiens ?

Au bout de trois jours, les gamins étaient tellement agités que j’ai mis en place le tableau, avec des gros pictos pour les non-lecteurs. Bon, ça fait une peu pas taper – pas cracher – pas crier – pas manger, mais c’est efficace (point rouge = Père Fouettard puissance 1 000).

reglesvie

En IME, il y a certaines habitudes de classe qui se perdent. Je n’utilise ceci que pour décorer la classe :
bibliothèque

Parce qu’il y a une bibliothèque et une ludothèque dans l’institut. Et aussi parce que j’ai 4 non lecteurs sur 8 élèves.

En IME, il y a beaucoup de souffrance. Souffrir d’être là, avec « tous ces mongols », ou « cette bande d’handicapés ». Souffrir de se sentir différent. Souffrir d’avoir une école qui ferme les portes à clefs. Mais aussi souffrir de situations personnelles insupportables, d’abandons, de rejets. La déficience n’est pas toujours de naissance, sache-le, et quand ce n’est pas le cas, ça fait vraiment mal.
Mais il y a aussi beaucoup d’amour.

Un cadeau pour la maîtresse.

Un cadeau pour la maîtresse.

En IME, on affiche tout : dès qu’on réussit, on affiche, on met en avant, on encourage, on félicite.

affiches

Pour finir, voici mon kit de survie, la base à avoir dans ta classe.

Feutres, crayons, calculette à grosses touches, ardoises, Timer, et  caféééééé (la came du prof, après le chocolat).

Voilà, j’espère t’avoir rendu service. Je tairais le salaire et les conditions de travail, soyons décents, mais c’est indécent.
Pour ma part, d’autres horizons s’ouvrent à moi (n’essaie pas de savoir, je ne parle que sous tablette de chocolat), je quitterai l’IME l’an prochain.