Ou comment je me suis faite adopter par la famille Crawley

Comme ça faisait un sacré bail que je n’étais venue poser mes mots par là, je me demandais comment j’allais renouer le contact. Le problème est que ce serait forcément avec un sujet grave. Parce que depuis la rentrée, c’est grave. Mes élèves, c’est grave, mon collège c’est grave, la vie, c’est grave.
Sans parler des élections. Que dire ? Rien, à part que tout cela tourne en blague capillaire mondiale et me pousse de plus en plus vers la désertion et l’abstentionnisme.
Mais passons, point de gravitude aujourd’hui, légéritude only.

Étant donné que je n’avais pas envie de venir vous plomber le moral et vous coller les deux pieds dans le ciment pour un bail, j’ai passé mon chemin.
Et puis me voilà, ce soir, à écrire ces bricoles en écoutant une playlist des années 80 qui me donne envie de sortir danser jusqu’au bout de la nuit et de picoler des litres de Whisky-Coca en suçant des glaçons jusqu’à la mort pour exorciser tout ça. Comme dans Polisse, t’as vu, Joey Starr c’est oim.

Je viens partager un remède aujourd’hui, quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, et tu vas voir que c’est peu dire.

Parce que j’ai trouvé le remède aux mots, aux maux qu’on encaisse toute la semaine. « Nous » sont ceux qui baignent dans l’agressivité verbale permanente, l’agitation et le brassage physique, les couloirs qui résonnent, les murs en cartons qui laissent entendre le collègue d’à côté qui se fait brasser par ses 4èmes, les portes qui claquent et les adultes qui poussent des gueulantes. Les « Nique ta vieille mère », et les « Ferme ta chatte », les « J’men bats les steaks » et les « Couilles », les « Tête de mon grand-père », et tous les membres des familles qu’on imagine sans tête, courant affolés comme des volatiles qu’on aurait décapités. Les « C’est pas moi », « J’ai rien fait », « Vas-y, j’l’ai pas », et tout le reste. Nous, donc.

Je ne travaille pas le lundi, j’ai condensé mes heures sur 4 jours. 4 jours intenses, 4 jours pendant lesquels je serre tout : des dents aux fesses, en passant par les noeuds que je finis par avoir dans les épaules. Mais le lundi, bordel…

Le lundi, c’est cup of tea. Parce qu’il y a peu, j’ai découvert, avec quelques années de retard, Downton Abbey. Une merveille.

Avec un Thermos de tisane, mes classeurs de boulot et mon ordi (oui je bosse pas mais je bosse, on dirait que je ferais du télétravail, ok ?), sous un plaid : que demander de plus ? Rien de tel que l’heure du thé, les femmes de chambre, les livrées, les changements de tenue pour descendre dîner, les bals, les courses de chevaux, les chapeaux, les toilettes, les gants, les ladies et les vieilles biques méchantes mais pas trop…pour me faire oublier les jets de chaise, ou les giclées de vernis à ongle dans la tronche des copains de mes élèves.

J’ai eu un peu de mal à tomber dedans, j’avais l’impression d’un téléfilm de la 6, tu sais ceux devant lesquels tu chiales ta race pendant tes grossesses mais que tu es tellement triste de quitter au bout de 9 mois. Donc si tu es « nous » ou que tu as besoin de quelques grammes de douceur, n’hésite plus.

J’ai découvert cette merveille reposante sur Netflix, qui ne diffuse que 5 saisons, avalées en quelques lundis, et puis, comme une camée, j’ai reniflé partout pour savoir s’il n’y avait pas une suite et j’ai découvert que ma médiathèque avait la 6ème, mais qu’il me fallait attendre car elle était déjà en prêt.

J’ai surveillé ma boîte mail, tous les jours, en reniflant les touches de mon clavier, le coeur battant et la bouche sèche. Et puis la nouvelle est tombée, comme un cadeau divin : « Votre réservation est disponible à partir d’aujourd’hui et durant 10 jours ». Des larmes de joie.

Lundi dernier, j’ai fini l’épisode final. Rideau.

Sauf que je ne suis pas prête. Un peu comme une rupture sentimentale avec laquelle tu n’es pas d’accord. Une frustration pas possible.

Qui va me raconter ses histoires arrosées de thé, de gens à la vie tellement douce qu’on dirait un conte, d’exotisme d’ailleurs et d’avant ? Qui va panser mes plaies au coeur, et me faire oublier la misère, la détresse et la colère de ces esprits perdus et torturés ?

Je vous le demande : qui ?

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Quand je bois le thé avec mon amie Violette. Wesh, Vio, kest’en dis ?

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Leçon de stylisme à l’égard des enseignants (et de tous ceux qui ont un jour fréquenté l’école et auraient bien envie de se fendre la poire)

L’autre jour, alors que je beurrais mes tartines en écoutant la radio, la voix suave de Catherine Boulet Boullay dans sa revue de presse m’annonçait que je trouverais aujourd’hui dans Le Parisien un article sur les choix vestimentaires des animateurs Télé. Leurs choix vestimentaires ne sont pas simples, tout est lié à l’image qu’ils doivent ou ne doivent surtout pas renvoyer. Je ne précise pas plus, si ça t’intéresse et que t’as que ça à foutre, tu peux lire le bouzin ici. Et sinon tu peux rester dans mes parages, parce que tu me vois venir grosse comme une camionne, je me suis dit :

« ET LES PROFS, ALORS, ON POURRAIT PAS EN PARLER DE LEUR TENUE VESTIMENTAIRE UN PEU DANS LE JOURNAL ? ÇA C’EST UN VRAI PROBLÈME DE SOCIÉTÉ, MERDE. ».

Parce que tu sais bien que nous, les profs, on aime que se plaindre, alors tu vois, je vais mettre encore 10 balles à la machine. D’avance, je présente mes excuses aux profs mecs, peu concernés par le contenu, parce qu’ils ne sont tenus que par un dilemme, toujours le même et que personne n’a encore résolu : t-shirt ou chemise ? (megalolilol)

Tous les jours, depuis maintenant 11 ans, je me demande comment je vais me saper. Paie ton calvaire. Voici donc quelques conseils avisés, à toi qui débutes, ou qui changes de classe d’âge, ou encore à toi, qui souhaites, une fois de plus te foutre de notre gueule en te rappelant les bons souvenirs de Mme Guillet, ta prof d’Histoire du collège, toujours habillée en violet de la tête aux pieds et qui sentait le patchouli, et l’oignon de sous les bras.

1) L’enseignante en maternelle 

Pour travailler en maternelle, « confort » est le maître mot : tu passes ta vie assise sur des chaises de nains et des bancs minuscules : exit donc le taille basse qui dégage ton string ficelle et ton bourrelet ventral, voire dorsal par la même occasion. Ou alors, si comme moi à l’époque, tu viens juste d’accoucher, tu peux tenter n’importe quel futal, mais avec tunique longue O-BLI-GA-TOIRE. Petites bottines ou ballerines (OUI, SI TU VEUX, DES CAMPERS), ou basket type Converse si tu n’as pas le pied plat, contrairement à moi encore (je pense qu’à la fin du billet, je pourrai te donner comme consigne : « Dessine Léonie d’après l’autoportrait physique qu’elle propose dans ce texte », ça pourrait être flatteur.)

Ton accessoire fétiche : le paquet de mouchoirs, essentiel en cas de pénurie de boîtes (au mois de Novembre, donc) (oui, parent, tu en donnes beaucoup des boîtes à morve, mais eux en produisent des litres, le stock est donc vite écoulé).
Ta coiffure : les cheveux attachés, tout le temps, parce que d’une, tu te baisses sans arrêt et que tu risques de bouffer tes veuchs, et que de deux, tu vas pécho des poux.
Ton parfum : l’huile essentielle de lavandin (pour la même raison que ci-dessus).

2) L’enseignante en primaire, version CP

Pour le CP, les règles sont les mêmes que pour les mater (ouais, on dit MATER dans le boulot, prononce MATÈRE).
Non, tu n’es pas obligée de ressembler à un étudiant en école d’Arts avec des collants de couleurs, des jupes à fleurs, des bottes Kickers et des trucs chelous dans les cheveux. Tu peux tenter le jean, le pull loose, voire la chemise, la veste sympa, les bottines. Exit toujours le taille basse, on se baisse encore pas mal sur les petits bureaux.

Ton accessoire fétiche : la boîte à dents qui tombent, pour éviter les pertes catastrophiques et les arnaques à la souris.
Coiffure et parfum : idem que pour la mater, pour les mêmes raisons (les poux ADORENT les CP, va savoir pourquoi, y’a peut-être un rapport avec les dents de lait qui tombent).

3) L’enseignante en primaire, version CE1-CE2

Alors toi, tout dépendra du profil de ta classe : ou tes élèves seront de bons lourdingues bien bébés, auquel cas retourne au point 2, ou bien ils sont en pénultièmadolescence et tu te diriges direct vers le point suivant.

4) L’enseignante en primaire, version CM1-CM2

Alors là, attention, c’est du sérieux. Au sujet du sérieux, d’ailleurs, les instits de cycle 3 ont la réputation d’’être les plus rabat-joie de la bande (du primaire, je précise, parce que plus ça avance et plus la rabat-joierie s’accentue).
Bref, ta tenue vestimentaire devient à partir de maintenant ta carte d’identité aux yeux des élèves. Oui, parce qu’avant ça, quoi que tu fasses où que je sois, tu étais trop belle, maîtresse. Maintenant, il va falloir faire un effort pour conserver ton statut de « belle maîtresse » (oui, on se branle de la pédago, là, arrête de râler, on cause mode). Soit tu choisis d’être une maîtresse trop cool, t’as vu, soit tu décides qu’ils te considèrent comme ta grand-mère. Tu peux également influer sur leur bon goût, et leur transmettre l’envie de se saper correctement. Bon, j’avoue que la limite très vite atteinte quand tu es une prof trop tendance, c’est le risque que tes élèves te demandent : « Wah, Maîtresse, vous avez acheté où vos nouvelles baskets, elles claquent ! ». Pas très professionnel.
Revenons à nos tenues. En cycle 3, deux choix (la tenue grand-mère n’est pas un choix possible) :

  • Soit ta classe est chaude comme la braise, et contient quelques cas qu’il est parfois nécessaire de courser jusque dans la rue*, voire de ceinturer au sol* pour stopper une bagarre : tu devras te munir de baskets.
  • Soit ta classe est plutôt calme, et tu peux te permettre ce que tu veux : jean, pantalon, jupe (et collants opaques, ce qui règle le problème de la longueur de la jupe qui ne fera plus ni tepu ni mémé ), bottes, bottines, baskets, etc. Non, tu n’es pas obligée de porter du Desigual. Non, même pas « juste le sac ».

Toujours pas de taille basse, hein, on sait jamais, si tu dois ceinturer. Évite aussi les décolletés, car si jusque là ils pouvaient juste te dire « On voit tes nénés, maîtresse », là ils risquent de ne pas s’en remettre de suite et de passer quelques nuits agitées. Car oui, les hormones sont déjà bel et bien présentes. D’ailleurs, tu ne te permettras plus de ne pas t’épiler pour les accompagner à la piscine, ou tu feras comme moi : tu préfèreras une tenue confortable au maillot de bain, avec un rechange au cas où tu sautes pour en sauver un.

Ton accessoire fétiche
: ton téléphone, pour la menace hebdomadaire : « TU VEUX QUE J’APPELLE « MAMAN « POUR LUI DIRE QUE TU METS DES PUNAISES DANS LE PAIN ?* »
Ta coiffure : toujours les cheveux attachés, la même histoire.
Ton parfum : tu peux commencer à sentir toi-même, les élèves se frottent moins.

5) L’enseignante au collège

Là, fais bien gaffe, tu vas forger ta réputation pour TOUTE ta carrière. Mais une chose est sûre, il te faut imposer le respect. La tenue est selon moi un bon moyen de prouver qu’on en a, avant même d’ouvrir la bouche. Depuis que je travaille au collège, j’ai découvert les talons. Je ne ceinture plus (pour le moment), je ne cours pas après les élèves, je ne surveille pas de récréation. Je peux donc m’habiller comme je le souhaite, et mettre des talons. Il va de soi qu’après des années de chaussures plates, je ne mets pas n’importe quels talons, hein, il me faut faire une analyse comparative rapport confort-qualité-prix-esthétique-confort. Autant dire que le choix est restreint.
Tu peux porter des jupes, des tailleurs, des jeans. Mais attention aux jeans troués, qui peuvent être LA bête noire de ton Principal, pire que l’absentéisme. Le mien, par exemple, renvoie systématiquement les élèves chez eux lorsqu’ils portent un jean troué.
En parlant de trou, tu seras prévoyante : tu mettras une paire de collants neufs de rechange dans ton casier ; en cas de filage, ils te sauveront. Crois-moi, j’en ai fait les frais, et j’ai fini la journée grimée en punk des années 90. Parce que là, on n’est plus « entre nous ». On est dans la jungle de la réputation.

Ton accessoire fétiche : un carnet de correspondance; entre ceux que tu prends aux élèves, ceux qu’on te rend, ceux que tu oublies de rendre, tu en as toujours un à la main. À porter sous le bras, c’est LE geste fashion.
Ta coiffure : peu importe, mais impeccable et travaillée.
Ton parfum : un parfum bien fort, bien capiteux. Le parfum qu’on pourrait nommer « Castration ».

Voici donc quelques conseils qui ne mangent pas de pain. Je m’arrête au collège, car je n’ai pas encore étudié l’espèce des profs de lycée.

Je soumettrai une grille de tenue vestimentaire aux inspecteurs qui serviront d’évaluation lors des inspections, alors faisez gaffe.

Allez.

* Véridique